Dossier revue

Agroécologie

Letsproseed, une recherche tous azimuts pour améliorer les protéines de légumineuses

Entretien avec Karine Gallardo-Guerrero, généticienne, coordinatrice du projet Letsproseed. La directrice de recherche INRAE revient sur la raison d’être et les objectifs de cette initiative.

 

Publié le 04 février 2026

Comment est né le projet Letsproseed ? 

Les réflexions ont démarré en 2021 au sein d’un groupe de travail réunissant des chercheurs des 2 départements d’INRAE travaillant sur la génétique des plantes et la transformation des produits, à propos des enjeux de recherche autour des protéines végétales. Nous avons ensuite élargi nos échanges avec des chercheurs d’autres disciplines et des partenaires privés à différents niveaux de la filière. Cela a donné naissance en 2023 à ce projet Letsproseed, qui bénéficie d’un financement ANR de 3 millions d’euros pour 6 ans. Ce projet réunit 10 unités de recherche et 6 partenaires privés aux compétences complémentaires mais visant le même objectif : augmenter la consommation de légumineuses en améliorant la qualité des protéines sans compromettre le rendement.

L’approche se veut très transdisciplinaire. Pourquoi ?

Si l’on souhaite donner plus de place aux légumineuses au champ et dans les assiettes, il faut impérativement agir à plusieurs niveaux. Letsproseed mobilise ainsi des leviers génétiques et agronomiques, avec des volets consacrés à la fonctionnalité, la digestibilité, l’allergénicité et les propriétés sensorielles des graines. Cette approche « du champ à l’assiette » prenant en compte l’effet santé est très intéressante car tout le monde travaille ensemble sur les mêmes variétés. Si on découvre des molécules problématiques dans une variété, affectant par exemple leur digestibilité ou leur goût, on va pouvoir rectifier le tir en mobilisant le levier génétique ou celui de la transformation.

Trois ans après son lancement, quel est l’avancement du projet ? 

Cinq thèses très complémentaires sont en cours, portant sur l’identification et l’étude des molécules qui altèrent la qualité des graines et des protéines de pois ou de féverole. Nous travaillons beaucoup sur les métabolites spécialisés, qui ont un impact à des niveaux très divers : réponse au stress, propriétés des protéines, goût, digestibilité… Ainsi, des premiers prototypes de produits simili-laitiers ont été développés par nos partenaires agroalimentaires à partir d’une sélection de génotypes de féverole, et le semencier Agri Obtentions, filiale d’INRAE, a déjà commencé son travail de sélection pour améliorer la qualité des graines pour l’alimentation humaine.

Comment soutenir le développement de la filière légumineuse ?

Au niveau de la production, il faudrait que les agriculteurs ne soient plus uniquement rémunérés sur la quantité, mais aussi sur la qualité de ce qu’ils produisent, en élaborant des labels dédiés aux légumineuses pour valoriser cette qualité. Quand nous travaillons par exemple à améliorer le goût de certaines légumineuses, cela devrait pouvoir être pris en compte lors de l’inscription variétale, puis valorisé économiquement au niveau des producteurs.

« Il faudrait que les agriculteurs ne soient plus uniquement rémunérés sur la quantité, mais aussi sur la qualité de ce qu’ils produisent. »

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