Dossier revue

Agroécologie

Stratégie INRAE 2030 : la part belle aux légumineuses

Entretien avec Carole Caranta, directrice générale déléguée Science et Innovation d’INRAE.

Publié le 30 janvier 2026

Carole Caranta

Carole Caranta est responsable du pilotage de la stratégie scientifique et partenariale d’INRAE et de sa mise en œuvre. Elle nous éclaire sur l’ambition d’INRAE 2030.

Quelles sont les grandes lignes de la stratégie INRAE 2030 ? 

La stratégie d’INRAE, qui porte sur 10 ans, est notamment basée sur les conclusions convergentes de plusieurs groupes d’experts internationaux comme le GIEC pour le climat, l’IPBES pour la biodiversité ou encore le EAT-Lancet pour l’alimentation 1. Le fil rouge, c’est évidemment le changement climatique, qui réinterroge les modèles 
agricoles, les systèmes alimentaires, la protection de l’environnement, en lien avec le développement des sociétés humaines. INRAE 2030 donne un cadre pour définir nos recherches autour de l’agroécologie, l’alimentation, la bioéconomie, la santé et le numérique. Ces recherches répondent à des enjeux nationaux pour nos systèmes agricoles et alimentaires, mais aussi plus globaux : comment nourrir durablement la planète ?

Quelle est la place des légumineuses dans ces orientations stratégiques ? 

Avec leur capacité à capter l’azote atmosphérique, les légumineuses rendent un véritable service écosystémique. 

Elles jouent un rôle clé au sein de 3 piliers. Tout d’abord, la transition agroécologique. Avec leur capacité à capter l’azote atmosphérique, les légumineuses rendent un véritable service écosystémique en contribuant à la qualité des sols et en réduisant l’utilisation des intrants de synthèse, et donc les émissions de gaz à effet de serre. Ensuite, elles sont centrales dans la transition alimentaire, en permettant une forme de rééquilibrage nécessaire entre les protéines végétales et animales. Enfin, les légumineuses permettent de nourrir les animaux d’élevage, alors que 40 à 50 % des besoins protéiques pour l’alimentation animale sont importés comme c’est le cas des tourteaux de soja, avec les conséquences environnementales que l’on connaît, notamment une déforestation massive en Amérique du Sud. Ces différents aspects sont traités dans nos recherches et nos orientations 2030.

Quelles sont les actions concrètes autour des légumineuses ? 

Nous avons intégré en 2025 de nouveaux enjeux sous forme de défis Recherche et Innovation sur 5 ans. L’un d’entre eux porte justement sur les légumineuses à travers leur apport protéique pour l’alimentation animale. Ces défis nous permettent de soutenir des projets ayant un objectif d’impact visible à plus court terme, avec des livrables très concrets à destination du monde socioéconomique à un horizon de 5 ans seulement. Cette actualisation d’INRAE 2030 nous permet de réaffirmer clairement que les transitions alimentaires et agroécologiques sont totalement interconnectées. Les légumineuses, justement, illustrent parfaitement ce lien entre ces 2 transitions interdépendantes.

1. GIEC : Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat ; IPBES : Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques ; commission EAT-Lancet : équipe scientifique pluridisciplinaire fondée par la plateforme de recherche EAT et la revue médicale britannique The Lancet.