Dossier revue

Agroécologie

Les nombreux atouts des légumineuses fourragères

Le besoin de rééquilibrer la part entre protéines d’origine végétale et animales dans l’assiette des Occidentaux met sur le devant de la scène les légumineuses à graines destinées à l’alimentation humaine… au risque d’oublier les légumineuses fourragères. 
 

Publié le 30 janvier 2026

Trèfle violet ou blanc, sainfoin, vesce, lupin ou l’incontournable luzerne, toutes ces légumineuses sont destinées à l’alimentation des bovins, ovins et caprins, qui consomment la plante entière.

Une réponse adaptée aux besoins des éleveurs

Les légumineuses fourragères ont un rôle crucial à jouer dans la transition agroécologique. « Les éleveurs français dépendent encore énormément des tourteaux de soja américain à l’impact écologique souvent considérable, pour lesquels la demande mondiale, notamment chinoise, est en forte hausse », expose Bernadette Julier, chercheuse INRAE à l’unité Prairies et plantes fourragères.
Pour cette généticienne qui travaille sur la luzerne depuis plus de 30 ans, les légumineuses fourragères ont de nombreux atouts pour répondre aux besoins des éleveurs. Leur taux élevé de protéines et leur capacité à se passer d’engrais azotés bien sûr, mais aussi leur grande diversité qui, en association avec des graminées, s’adapte à tous les territoires : la grande résistance à la sécheresse de la luzerne lui offre une place de choix dans les régions françaises les plus méridionales, le trèfle blanc semble taillé pour les pâturages frais, quand le trèfle violet résiste aux sols humides et acides.

Offrir un marché aux légumineuses

Aujourd’hui, la plupart des légumineuses fourragères sont produites en circuit fermé, par les éleveurs eux-mêmes pour nourrir leurs animaux. « On voit cependant de plus en plus de céréaliers qui introduisent de la luzerne dans leurs rotations, en plante de couverture, afin d’enrichir le sol et limiter les adventices », observe Bernadette Julier. « Il faut maintenant leur offrir un marché, des débouchés, mais aussi de meilleures connaissances. » Car même si les légumineuses fourragères occupent déjà une superficie conséquente dans les champs français (plus de 650 000 hectares rien que pour la luzerne 1, soit 4 fois plus que le soja), leur intérêt économique et donc les recherches associées restent faibles, constate la généticienne. « La plupart de ces plantes sont pérennes : on achète des graines une fois tous les 3 ou 5 ans, il n’y a pas d’engrais azotés à ajouter et très peu de pesticides, cela intéresse donc peu les entreprises du secteur pour le manque d’activités commerciales associées à ces espèces. »
Pour rattraper le retard pris sur les légumineuses fourragères, Bernadette Julier compte notamment sur l’ambitieux projet européen BELIS qu’elle coordonne. Quelque 34 partenaires de 18 pays, tous réunis pour étudier, sélectionner et valoriser les légumineuses. Le projet, lancé fin 2023 et financé par Horizon Europe à hauteur de 7 millions d’euros, a comme particularité de s’intéresser autant aux légumineuses à graines qu’aux fourragères. Car comme le rappelle la coordinatrice de BELIS, ces dernières couvrent de plus larges superficies que les légumineuses à graines, rendant des services écosystémiques essentiels.

La parole aux producteurs

Antoine Carre, éleveur et producteur de légumineuses en Bourgogne-Franche Comté, témoigne 2 : « Le système polyculture-élevage, qui associe cultures végétales et productions animales, est une garantie à la fois économique et environnementale pour mon exploitation agricole. […] Mes bêtes sont au pâturage 6 à 8 mois de l’année. Grâce aux cultures de protéagineux, comme la luzerne et le trèfle, je suis quasiment autosuffisant en alimentation animale et je diminue mes achats d’engrais et de produits phytosanitaires. La culture de céréales dont je vends les grains me permet de produire aussi de la paille et du foin pour mes animaux. En retour, leurs déjections utilisées sous forme de fumier donnent un fertilisant de qualité pour mes terres, en apportant de la matière organique. […] Pour contribuer aussi à la diminution des émissions de GES, on pratique énormément de semis directs, c’est-à-dire qu’on ne laboure plus, ce qui permet d’économiser en travail du sol donc en carburant et d’être encore plus efficients en captage de l’azote apporté par les légumineuses et du carbone. »

1. Source : Association francophone pour les prairies et les fourrages.
2. Témoignage recueilli lors du symposium « Protéines végétales et animales : quel équilibre pour une alimentation durable ? Regards croisés entre un nutritionniste, un agronome et un agriculteur » (Symposium Interbev-Terres Univia aux JFN 2020).