Année internationale du pastoralisme : les recherches d’INRAE
En 2026, l’ONU consacre une année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux, avec pour objectif de mieux faire connaître le pastoralisme, une forme d’élevage largement répandue dans le monde mais peu visible dans la recherche et les politiques publiques. Grâce à une approche pluridisciplinaire, INRAE contribue aux recherches sur le pastoralisme en France et à l’international.
Qu’est-ce que le pastoralisme ?
Le pastoralisme désigne une diversité de formes d’élevage qui reposent toutes sur la valorisation par le pâturage de ressources spontanées tels que les prairies naturelles, les parcours et les alpages, les bois pâturés, tc. Il s’organise au rythme des saisons et des milieux naturels dans lesquels évoluent les troupeaux, nécessitant la mobilité des animaux dans des espaces naturels ou peu aménagés.
Présent sur plus d’un tiers des surfaces émergées de la planète, le pastoralisme est étroitement lié à la gestion durable des terres, à la biodiversité, à de solides traditions culturelles ainsi qu’aux moyens de subsistance de millions de personnes. En France, l’activité pastorale recouvre environ 22% du cheptel du pays sur des surfaces de 2,2 millions d’hectares, principalement dans le grand sud de la France, englobant les Massifs Montagneux des Alpes, du Massif Central, des Pyrénées et de la Corse, revêtant des formes diverses selon les territoires et les animaux élevés. C'est le plus souvent en mobilisant conjointement surfaces de végétations spontanées et surfaces cultivées que le pastoralisme s’exerce, constituant ainsi une activité qualifiée d’agro-pastorale.
Un mode d’élevage agroécologique
« On peut dire que le pastoralisme est un mode d’élevage agroécologique : il repose sur la valorisation de ressources naturelles pâturées et sur la mobilité des animaux, ce qui limite le recours aux intrants. Bien que les troupeaux prélèvent les ressources, ils contribuent aussi à leur renouvellement et à l’équilibre des milieux et à la biodiversité. Ce fonctionnement en plein air s’appuie par ailleurs sur une diversité de surfaces et de végétations. Il est cependant très sensible aux aléas climatiques et implique des interactions avec la faune sauvage, des contraintes qui font partie des équilibres propres aux systèmes agroécologiques. », Benoît Dedieu, directeur de recherche à INRAE, spécialiste des systèmes d’élevage et du pastoralisme.
Principaux enjeux
- Le pastoralisme est à la fois un mode de production alimentaire assurant la fourniture de produits, souvent mis en valeur par des signes d’identification de la qualité et de l’origine, mais aussi un levier de gestion des milieux écologiquement très riches, une culture technique et sociale composée de modes de vie en relations avec les animaux, la nature et les enjeux territoriaux.
- Il assure une fonction clef dans la gestion durable des milieux. Le pastoralisme valorise des espaces peu cultivables, et contribue ainsi à la préservation de la biodiversité et à la limitation de l’enfrichement, de même qu’à la prévention de risques naturels tels que les incendies dans les zones exposées.
- Bien que composant de manière intrinsèque avec la variabilité climatique, le pastoralisme est aussi directement exposé au changement climatique. La multiplication des sécheresses et la raréfaction de l’eau fragilisent les équilibres sur lesquels reposent les systèmes pastoraux, en montagne et dans les zones arides.
- Enfin, le pastoralisme est un enjeu social et territorial. Il fournit des moyens de subsistance pour des millions de personnes dans le monde, repose sur une diversité de cultures, de pratiques et souvent de dimensions spirituelles, anime des territoires souvent isolés et implique une cohabitation avec d’autres usages des espaces (tourisme, conservation de la nature, infrastructures), parfois source de tensions mais aussi d’innovations collectives.
Les recherches INRAE sur le pastoralisme
« L’originalité des travaux d’INRAE tient à la diversité des disciplines mobilisées pour comprendre le pastoralisme dans toutes ses dimensions », souligne Benoît Dedieu. L’expertise de l’institut s’appuie en effet sur des recherches sur les systèmes d’élevage et les systèmes socio-écologiques menées en écologie, zootechnie, économie, sociologie et géographie.
Les approches sont résolument interdisciplinaires et peuvent être mobilisées dans plusieurs cercles institutionnels. Cette approche interdisciplinaire a été mobilisée dans les travaux préparatoires de la COP17 sur la lutte contre la diversification, INRAE étant associé au Comité français pour la désertification, chargé de préparer la contribution française, mais également par l’interpellation de députés ou du Sénat. La demande de collaboration des services techniques pastoraux est également très importante.
Sur quoi portent les travaux INRAE ?
- Le fonctionnement des ressources pastorales : Dynamique des végétations (alpages, parcours méditerranéens), rôle du pâturage dans la biodiversité, prévention de l’enfrichement et des incendies. Pour un écologue, l’animal est un élément partie prenante des fonctionnements écologiques. Les prélèvements alimentaires, les piétinements et les déjections animales jouent un rôle fondamental dans le renouvellement d’équilibres écologiques favorables à la biodiversité.
- L’adaptation au changement climatique : Évolution des pratiques pastorales face aux sécheresses, aux aléas extrêmes et aux tensions croissantes sur l’accès à l’eau, en particulier en montagne.
- L’animal en milieu pastoral : dynamiques de l’état corporel et performances, santé et bien-être en plein air, interactions avec la faune sauvage, capacités et apprentissages des animaux pour valoriser des ressources végétales hétérogènes et dynamiques.
La prédation par les loups, un sujet sensible abordé par la recherche
Parmi ces interactions avec la faune sauvage, la question du risque de prédation par les loups occupe une place particulière.
INRAE et ses partenaires, à travers le réseau Coadapht, entre autres, conduisent des travaux pour suivre la coadaptation entre humains et prédateurs, comprendre les transformations des activités d’élevage à l’œuvre, évaluer l’efficacité des mesures de protection des troupeaux, et ainsi contribuer à éclairer les débats publics dans un contexte de fortes tensions entre acteurs, tenant compte des impératifs du pastoralisme et des enjeux de biodiversité.
- Les systèmes d’élevage et leurs trajectoires : Analyse des dynamiques de repli ou de redéploiement pastoral, autonomie alimentaire, dépendance aux intrants, capacité à mettre en marché une diversité de produits, place du pastoralisme dans les transitions agroécologiques.
- Les métiers et les territoires : Organisation et conditions de travail des éleveurs et des bergers, formation et transmission des savoirs, attractivité des métiers, cohabitation avec d’autres usages des espaces (tourisme, protection de la nature, collectivités).
Races locales entre production et adaptation à des conditions difficiles : des recherches menées avec les partenaires africains de TSARA
L’initiative TSARA dont est membre INRAE rassemble 36 institutions, dont 30 africaines, et couvre l’ensemble des grandes zones pastorales du continent : Maghreb, Sahel, Afrique de l’Est (dont l’Éthiopie) et Afrique australe. Des formes de transhumance très diverses se retrouvent dans ces régions, mais toutes sont confrontées à la sécheresse, au désintérêt des jeunes pour le métier et à l’absence de politiques publiques soutenant ces formes d’élevage.
Avec des partenaires en Tunisie et au Maroc, les équipes de génétique d’INRAE travaillent à caractériser des races adaptées aux conditions spécifiques des parcours maghrébins, ainsi qu’aux besoins alimentaires des territoires. Mais la réflexion sur le devenir des races locales s’appuie également sur la mobilisation de chercheurs de l’ensemble du continent.
« Dans le pastoralisme, on retrouve beaucoup de races locales, qui ne sont pas forcément ‘productives’» explique Benoît Dedieu, « mais elles sont capables de supporter des conditions très difficiles comme la chaleur, le manque d’eau, les végétaux peu digestes et de parcourir de longues distances pour se nourrir ».
Ces recherches, en plus de contribuer à l’adaptation des systèmes pastoraux au changement climatique répondent aussi à un risque présent en Afrique comme en France, « la perte progressive des races locales sous l’effet de politiques de croisement privilégiant des races plus productives ».
Pour analyser les dynamiques pastorales dans la durée, INRAE s’appuie sur des dispositifs de recherche dédiés comme le réseau Alpages sentinelles, qui suit année après année l’évolution des végétations, des pratiques pastorales et des conditions climatiques en montagne
Un travail en réseau
INRAE a lancé en 2023 le réseau INRAE-IYRP, rassemblant une quarantaine de chercheurs à l’occasion de l'Année internationale.
Ce travail collectif s’inscrit dans un dispositif de partenariats étroits, tels que ceux noués avec l’Institut de l’élevage, le monde de l’enseignement, les services pastoraux et les acteurs environnementaux (Parcs régionaux et nationaux, conservatoires de la biodiversité) notamment au sein de l’UMT « Ressources et transformations des élevages pastoraux en territoires méditerranéens » (UMT Pasto), une unité mixte technologique qui met en lien recherche et acteurs de terrain, dans leur diversité, pour produire des connaissances, des méthodes et des outils opérationnels adaptés, et enfin favoriser le dialogue autour du pastoralisme.
Le CIRAD est également un partenaire privilégié pour les travaux menés à l’international sur les systèmes agro-pastoraux, en particulier à travers l’UMR Selmet.
Temps forts 2026
L’Année internationale 2026 sera rythmée par des séminaires et des rencontres scientifiques et professionnelles, en France et à l’international.
Nos événements
Contacts scientifiques: Marie-Odile Nozières-Petit, Bernard Hubert, Benoît Dedieu, coordinateurs des travaux INRAE sur le pastoralisme
Pour aller plus loin: Dedieu B. et al., 2025. « Recherches sur le pastoralisme en France : état des lieux des connaissances et questions vives ». Cahiers Agricultures 34 : 37.