Agriculture biologique, de la niche à la norme ?

La consommation de produits issus d'agriculture biologique ne cesse de se développer : plus de 9 français sur 10 ont consommé des produits bio en 2020 selon l'Agence bio. Plus de 50 000 exploitations sont désormais conduites en bio en France, générant plus de 200 000 emplois directs. Actuellement 9,5 % de la surface agricole utile est en bio en France, une surface qui a doublé en 5 ans, développement encouragé par les poltiques publiques qui visent à poursuivre encore son extension : 25 % des terres agricoles en 2030 pour l'Union européenne.

La bio est sortie d'une situation de niche et son extension suscite de nouvelles questions économiques, techniques, sociologiques... Comment accompagner et favoriser ce développement ? Des questions qu'explore INRAE.

 

Et si l'offre mondiale de produits bio devenait majoritaire ? METABIO, vaste programme de recherche interdisciplinaire (métaprogramme) étudie les enjeux, les leviers et les conséquences qu’aurait ce changement radical et à grande échelle d’un système agri-alimentaire.

 

Fort de travaux initiés depuis les années 80 et d'un dispositif expérimental de 17 domaines en bio, INRAE est l'institut de recherche ayant ces cinq dernières années le plus de publications scientifiques à son actif sur ces questions.

 

 

 

17 dispositifs expérimentaux INRAE en AB


Qu'est-ce que l'agriculture biologique ?

 

 

 

 

Pour beaucoup d'entre-nous un produit bio est un produit non-traité, issu d'animaux nourris sans OGM, hormones de croissance ou antibiotiques... S'il est tout à fait vrai que le cahier des charges de l'agriculture biologique proscrit les apports issus de la chimie de synthèse, sa définition est beaucoup plus large. L'agriculture biologique est un système global de gestion agricole et de production alimentaire alliant fourniture de denrées, protection de l'environnement, respect du bien-être animal et développement rural, grâce à des méthodes reposant sur le respect des équilibres biologiques et écologiques. Elle s'adosse à une certification : le label AB.

Du champ à l'assiette : santés et qualités

Améliorer la santé globale, tout en relevant le défi des alternatives aux intrants de « synthèse »

C’est une évidence qui revient en force : la santé humaine est en étroite interaction avec celle des (agro)écosystèmes, des sols, des plantes et des animaux. Face à la complexité des interconnexions, c’est le système dans son ensemble qui est à prendre en compte. C’est ce que les scientifiques d’INRAE s’attachent à faire, en menant des travaux interdisciplinaires associant biologie, écologie, agronomie, économie et sciences sociales. Ils cherchent à comprendre l’origine des problèmes et identifier les leviers à mettre en oeuvre à tous les niveaux, de la production à la transformation. Ces avancées permettront d’améliorer la santé globale des systèmes agroalimentaires, tout en relevant le défi des alternatives aux intrants de « synthèse », un des principes de l’AB.

Transitions vers l'AB : les clés des dynamiques

Le maître mot de la transition est « diversité », et ce à tous les niveaux

L’agriculture biologique a décollé, mue par de multiples moteurs parmi lesquels les agriculteurs, consommateurs, citoyens et acteurs des politiques publiques, tous désireux de cultiver, élever et manger autrement. Cette dynamique conduit à une réorganisation des filières et des territoires. Loin de l’hyperspécialisation qui a été la règle en agriculture durant les dernières décennies, le maître mot de la transition est « diversité », et ce à tous les niveaux : à l’échelle des fermes, des paysages, des territoires, mais aussi de la trajectoire des agriculteurs, des systèmes et des marchés.
Les travaux présentés ici s’attachent à décrire et comprendre cette diversité avant de concevoir ou adapter les leviers pour accompagner un changement d’échelle de la bio.

 

Le saviez-vous ? L'AB fait aussi pousser des emplois...

A l’échelle de la France, l’agriculture biologique génère en moyenne plus d’emplois par unité de surface ou de bétail que l’agriculture conventionnelle. Ce besoin plus important de main-d’œuvre est cependant très lié au type de production et de territoire. Ainsi, les exploitations laitières, viticoles et de grandes cultures en AB mobilisent plus de travail que leurs homologues en conventionnel ; en maraîchage, l’AB ne nécessite pas plus de main-d’œuvre que la production conventionnelle.

L’analyse « toutes choses égales par ailleurs » de la relation agriculture bio/emplois met en évidence deux mécanismes : le remplacement des intrants chimiques (engrais, pesticides) par des pratiques de fertilisation et de protection des plantes qui nécessitent plus de travail ; et le plus fort engagement des exploitants biologiques dans des démarches de commercialisation et de diversification. Pour aller plus loin, une analyse des conditions de travail (qualité de vie, santé au travail) serait utile.

A la recherche de la multiperformance de l'AB

C'est tout un ensemble de performances que l'agriculture biologique doit atteindre

Grandes sont les attentes que fait naître l’agriculture biologique et qui mettent à l’épreuve ses principes. Ce n’est pas une mais tout un ensemble de performances qu’elle doit atteindre. Questionnée par tous, l’agriculture biologique met en évidence les tensions qui peuvent apparaitre, entre composantes environnementales, entre rentabilité et performances sociales, entre productivité et qualité… A INRAE, la recherche s’est saisie de ces questions en interrogeant les critères et les outils d’évaluation, et en concevant et évaluant, notamment dans ses infrastructures expérimentales, des solutions permettant de combiner ces multiples performances.