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Production agricole et conservation de la biodiversité

Les solutions apportées par la nature peuvent-elles permettre d’envisager aujourd’hui des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement tout en maintenant des rendements suffisants pour l’alimentation des populations et les revenus des agriculteurs ? Des chercheurs d’INRAE et du CNRS ont, durant six années, étudié simultanément pratiques agricoles, paysages, pollinisateurs et ravageurs du colza et apportent une réponse affirmative à cette interrogation.

Publié le 25 mai 2022

illustration Production agricole et conservation de la biodiversité
© INRAE, Sabrina GABA

Etudier les interactions entre paysages, pratiques agricoles, pollinisateurs et ravageurs

La pollinisation par les insectes et la régulation des ravageurs de cultures par leurs ennemis naturels sont deux fonctions écologiques majeures qui impactent les rendements. Selon plusieurs études, l'augmentation des ressources alimentaires dans les paysages favorise les pollinisateurs, alors qu’une diversification des habitats dans les paysages agricoles favorisent la régulation naturelle des ravageurs. Mais toutes ces études ont analysé séparément ces composantes, ce qui limite la mise en œuvre de stratégies de gestion de paysage agissant simultanément sur les pollinisateurs et les ravageurs pour augmenter les premiers et réguler les seconds. D’autre part, les informations disponibles pour comprendre comment le paysage, les pratiques agricoles, les abeilles et les ravageurs interagissent dans l’élaboration du rendement sont rares.

Afin de combler ces lacunes, des chercheurs d’INRAE et du CNRS ont mené une étude sur le colza, une culture dépendante des insectes pour la pollinisation, et d’importance économique forte pour les agriculteurs. Dans un premier temps, ils ont quantifié les effets du paysage et des pratiques agricoles sur l'abondance des abeilles et des ravageurs capturés pendant la saison de floraison du colza sur 124 parcelles cultivées durant six années (à peu près vingt parcelles échantillonnées par an). Ensuite, ils ont construit un modèle d'équation structurelle pour évaluer les liens directs et indirects entre les abeilles, les ravageurs, les pratiques agricoles et le paysage sur le rendement.

Des solutions fondées sur la nature pour une agriculture respectueuse de l’environnement et de la biodiversité

Les résultats obtenus révèlent que le paysage a un effet plus important sur l'abondance des abeilles et des ravageurs que les pratiques agricoles, en particulier les fertilisants et les pesticides. L’abondance des abeilles et des ravageurs diminue avec la quantité de colza dans le paysage autour des parcelles étudiées, mais elles répondent différemment à la quantité de prairies et de parcelles en agriculture biologique : réponse positive pour les abeilles et négative pour les ravageurs. L'abondance des abeilles augmente également avec la quantité de tournesol présent dans le paysage l'année précédente, et diminue avec l'augmentation de la taille des parcelles de colza. 

Pour ce qui est des rendements, l’utilisation des fertilisants et des pesticides permet d’obtenir des rendements de colza plus important. Ce niveau d’augmentation est similaire à celui lié à la pollinisation par les abeilles en tenant compte de l’effet des ravageurs. 

Ainsi cette étude, menée directement dans les parcelles des agriculteurs, démontre qu’une gestion adéquate du paysage peut augmenter ou maintenir les rendements du colza en augmentant l’abondance des pollinisateurs tout en diminuant celle des ravageurs, et en faisant jeu égal, sur le plan des rendements, avec l’agrochimie. Des alternatives aux pesticides telles que celles mises en évidence dans cette étude (comme réduire la taille des parcelles, augmenter la quantité d’agriculture biologique dans le paysage, ou cultiver du colza dans des paysages riches en tournesol l'année précédente) semblent donc être des leviers efficaces pour promouvoir l’expression de services écosystémiques permettant de concilier production agricole et conservation de la biodiversité. Ces résultats confirment le potentiel des solutions fondées sur la nature pour favoriser une agriculture plus durable. 

RÉFÉRENCE

Thomas Perrot, Vincent Bretagnolle, Sabrina Gaba. Environmentally-friendly landscape management improves oilseed rape yields by increasing pollinators and reducing pests. 2022, Journal of Applied Ecology, https://doi.org/10.1111/1365-2664.14190

Sabrina GABA & Thomas PERROTRédacteurs

Contacts

Sabrina GABA ChercheuseCentre d'Etudes Biologiques de Chizé (CEBC)

Thomas PERROT ChercheurSanté et Agroécologie du Vignoble (SAVE)

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