Agroécologie 4 min

10 ans d'expérimentation de systèmes d'élevages bio

Située dans la plaine des Vosges, l’installation expérimentale de Mirecourt conduit depuis 2004, en parallèle et avec une démarche pas à pas, deux systèmes d’élevages bio qui minimisent le recours aux intrants (zéro engrais, zéro pesticide, zéro paille extérieure, minimum de fioul) : l’un 100 % herbager et l’autre en polyculture-élevage.

Publié le 20 juin 2017

illustration 10 ans d'expérimentation de systèmes d'élevages bio
© INARE

Les deux troupeaux de Mirecourt consomment uniquement des aliments produits sur l’exploitation qui se déploie sur les 240 hectares de prairies permanentes, temporaires, de cultures de céréales et de mélanges céréales-protéagineux. L’un des troupeaux, quarante vaches, est au régime 100% herbe. L’autre, soixante vaches, a un menu plus varié. Chacun des troupeaux est autonome en fourrages et l’ensemble l’est en pailles et en céréales.
Mirecourt est aujourd’hui le seul élevage expérimental bio du quart nord-est de la France et la seule installation expérimentale de l’Inra totalement convertie à l’agriculture biologique.

Une conception évolutive, pas à pas

La conception de l’expérimentation système est évolutive : chaque année de nouveaux « essais » sont mis en place pour ajuster au mieux l’interaction culture-élevage. Les expérimentateurs ont ainsi réussi à limiter le recours au labour dans les rotations culturales (deux labours maximum sur une rotation de huit ans). Sur la base de différents essais réalisés depuis 2006, ils installent cette année des intercultures qui promettent de multiples réponses agronomiques : couvrir le sol, fixer de l’azote, concurrencer la présence d’adventices, ne pas intervenir pour la destruction du couvert…

La production laitière des deux exploitations est d’un niveau acceptable : 5 000 kg par an pour les Holstein, 4 800 kg par an pour les Montbéliarde dans le système herbager et respectivement 6 200 et 5 200 kg/VL/an pour ces deux mêmes races dans le système de polyculture-élevage.

Une évaluation multicritère

Les stocks d’herbe au pâturage sont mesurés à partir de relevés hebdomadaires de la hauteur de l’herbe et de sa densité dans les parcelles pâturées. Le rendement des prairies est évalué par la pesée de l’herbe récoltée à chaque fauche et par l’estimation de l’herbe ingérée à chaque cycle de pâturage. La transformation à long terme du territoire agro-environnemental lui-même est suivie grâce à 74 zones fixes géo-référencées et représentatives de l’installation expérimentale où sont quantifiés les cycles des éléments (carbone, azote, potassium, calcium, phosphore et magnésium). Par ailleurs, la fertilité biologique du milieu est analysée au travers de l’étude des populations de carabes, insectes et vers de terre, et la flore spontanée des parcelles.

Un observatoire pour les changements de pratiques

L’unité se revendique plus comme un dispositif expérimental d’échange de savoirs que de production de solutions techniques « clef en main ». A Mirecourt, les expérimentateurs ont eux-mêmes  dû apprendre à gérer les effectifs animaux selon les disponibilités en fourrage et en paille (et non selon l’objectif de produire le quota laitier), ils ont dû aussi apprendre à gérer le désherbage des cultures en intégrant des prairies temporaires dans les rotations et en mobilisant des techniques de désherbage alternatif (binage, herse-étrille). Les techniciens se sont également progressivement formés aux soins aux animaux à partir d’huiles essentielles et d’homéopathie.

"Au final, nous avons plus comme objet de recherche les techniciens eux-mêmes et leur manière d’innover : leurs ressources, leurs normes, leurs objectifs de travail » indique Xavier Coquil, co-animateur de l’expérimentation système avec Jean-Louis Fiorelli. Selon Matthieu Godfroy, responsable de l’installation expérimentale, "ces savoirs sont la base des échanges avec les visiteurs. Un tel dispositif fait apparaître des conduites et des pratiques originales (lactation de deux ans…) que l’équipe étudie grâce à des collaborations entre la recherche et le développement".

Voir la rubrique "One Health, une seule santé"

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