Agroécologie 2 min

Des paysages bocagers pour favoriser la diversité végétale dans les champs cultivés

Dans les paysages bocagers, les haies qui bordent les champs cultivés rendent de nombreux services. Cependant elles sont souvent perçues comme des sources d’adventices, ces plantes sauvages généralement appelées « mauvaises herbes » et considérées comme indésirables. Des scientifiques d’INRAE, en partenariat avec des équipes de l’Université de Rennes 1, du CNRS et de l’Anses, ont étudié les impacts des paysages bocagers sur les adventices. Leurs résultats parus dans Journal of Applied Ecology démontrent que les paysages bocagers favorisent la diversité en adventices, sans pour autant augmenter leur abondance dans les champs. Par leurs effets bénéfiques sur la flore, les haies pourraient donc favoriser la gestion durable des adventices et la conservation de la biodiversité dans les champs.

Publié le 22 novembre 2022

illustration Des paysages bocagers pour favoriser la diversité végétale dans les champs cultivés
© Air Papillon

Dans les années 1950, la production agricole en France prend un tournant. Considérées comme une gêne pour les machines agricoles et une source potentielle de bio-agresseurs (plantes adventices, insectes ravageurs…), les haies ont été largement détruites pour faire place à d’immenses champs de monoculture. Combiné à l’arrivée des produits phytosanitaires, ce modèle agricole intensif s’est avéré très productif. Aujourd'hui, il est remis en cause du fait de ses impacts négatifs sur la biodiversité et la santé, mais également sur la diversité de la flore adventice.

 

Les haies abritent une diversité de plantes sauvages susceptibles de se disperser dans les champs cultivés et d’augmenter ainsi l’abondance en adventices. Mais elles sont aussi reconnues pour influencer le microclimat, les paramètres du sol, le cycle de l'eau ou encore la biodiversité des champs cultivés. Grâce à elles, une plus forte hétérogénéité environnementale[1] dans les paysages bocagers pourrait ainsi favoriser la diversité adventice, en permettant aux différentes espèces végétales de trouver les conditions écologiques nécessaires à leur développement. Pour le vérifier, des chercheurs du centre INRAE Bretagne-Normandie à Rennes, en collaboration avec leurs collègues du CNRS, de l’Université de Rennes 1[2] et de l’Anses[3] ont évalué l’effet des paysages bocagers sur la flore adventice en observant leur dispersion dans les champs et en mesurant l’hétérogénéité environnementale.

 

L’équipe a échantillonné la flore adventice de 74 parcelles cultivées en agriculture conventionnelle et en agriculture biologique dans des paysages plus ou moins denses en haies. Leurs recherches ont montré que les paysages bocagers contenant des réseaux denses et complexes favorisent la diversité en adventices sans augmenter leur abondance et ce indépendamment du mode de production (conventionnel ou biologique). Ces observations s’expliquent vraisemblablement par l’augmentation de l’hétérogénéité environnementale dans les paysages bocagers. La diversification de la flore adventice permet de limiter le développement des « mauvaises herbes » les plus compétitives. En outre, elle pourrait favoriser la biodiversité et les fonctions écologiques associées telles que la pollinisation, le contrôle biologique des bio-agresseurs, ou la décomposition de la matière organique. Ces résultats ouvrent des voies prometteuses pour une gestion durable des adventices qui préserve la biodiversité dans les champs.

 

[1] Définie par la variabilité des conditions environnementales ou pédoclimatiques.

[2] UMR Ecosystème biodiversité et Evolution (ECOBIO) sous tutelle du CNRS/Université de Rennes 1 – OSUR

[3] Laboratoire de la Santé des Végétaux (LSV)

 

La préservation et la restauration des habitats semi-naturels sont primordiales pour réconcilier production agricole et conservation de la biodiversité. Les effets bénéfiques des haies sur la flore adventice constituent un argument supplémentaire en faveur de la réintroduction des arbres et des arbustes dans les paysages agricoles, en plus des nombreux services écosystémiques qu’ils fournissent, notamment la conservation de la biodiversité, la protection des sols et des eaux et le stockage de carbone.

RÉFÉRENCE

Boinot S, Mony C, Fried G, Ernoult A, Aviron S, Ricono C, Couthouis E, Alignier A. Weed communities are more diverse, but not more abundant, in dense and complex bocage landscapes. Journal of Applied Ecology. DOI : 10.1111/1365-2664.14312

En savoir plus

Agroécologie

Les atouts de la diversité végétale pour la biodiversité, l’agriculture et le tourisme

COMMUNIQUE DE PRESSE - Une étude internationale impliquant INRAE et l’Institut de recherche Senckenberg sur la biodiversité et le climat (Allemagne) démontre l’importance de la diversité végétale, à différentes échelles spatiales (de la parcelle au paysage), pour le maintien de nombreux services écosystémiques. Les scientifiques ont étudié les liens entre la diversité végétale et 16 services écosystémiques, incluant des services liés à la production agricole mais aussi des services socioculturels, liés par exemple à l’esthétique des paysages, dans 150 prairies situées en Allemagne. Leurs résultats, publiés le 14 novembre dans Nature Ecology & Evolution, montrent que la diversité végétale a un rôle primordial dans le maintien d’importants services écosystémiques qui sont bénéfiques à différents acteurs du territoire (agriculteurs, résidents, secteur du tourisme ou associations de protection de la nature). Ces nouvelles connaissances contribuent au développement de mesures de gestion du territoire visant à préserver les écosystèmes et les services qu’ils apportent.

15 novembre 2022

Agroécologie

Expertise scientifique collective : la diversité végétale, une solution agroécologique pour la protection des cultures

COMMUNIQUÉ DE PRESSE - La transition vers des systèmes de culture plus économes en pesticides n’est aujourd’hui pas suffisamment développée pour atteindre les objectifs fixés du plan Ecophyto II+. On sait que le rendement des cultures dépend d’un ensemble de facteurs aux premiers rangs desquels figurent la pression des bioagresseurs, la fertilité des sols ou encore la pollinisation. Protéger les cultures pour le monde agricole consiste à sécuriser sa production en s’assurant que les cultures ne vont pas être affectées par leurs « bioagresseurs », c’est-à-dire des insectes ravageurs, des plantes adventices, des champignons pathogènes... Dans ce cadre, les ministères en charge de l’agriculture, de la transition écologique et de la recherche ont confié à INRAE, fin 2019, le pilotage d’une expertise scientifique collective sur les bénéfices de la diversité végétale pour la protection des cultures. Les conclusions de cette expertise, présentées ce 20 octobre, montrent notamment que la diversification végétale des parcelles et des paysages agricoles est une solution naturelle efficace pour protéger les cultures et garantir des niveaux de rendement égaux voire supérieurs aux systèmes peu diversifiés. Il s’agit d’un levier majeur pour préserver l’environnement et la santé humaine.

20 octobre 2022

Société et territoires

Pour que la future PAC ait des impacts positifs sur la biodiversité : propositions de plus de 300 experts de 23 pays membres de l’UE

COMMUNIQUE DE PRESSE - Sur la base de l’analyse de la future Politique agricole commune (PAC) qui s’appliquera sur la période 2023-2027, plus de 300 experts de 23 pays membres de l’Union européenne ont analysé les impacts de la future PAC sur la protection et la restauration de la biodiversité. Alors que l’UE affiche des objectifs climatiques et environnementaux ambitieux au titre du Pacte vert, les scientifiques pointent la modestie des effets positifs sur la biodiversité de la future PAC telle qu’elle se dessine. Ils formulent des propositions concrètes pour corriger cette faiblesse, notamment au titre des mesures du nouvel instrument environnemental de l’écorégime. Les chercheurs soulignent l’importance de protéger les éléments naturels du paysage et les prairies gérées de manière extensive, de mettre en œuvre les mesures de protection à l’échelle des territoires, et de conditionner les paiements aux résultats environnementaux obtenus. Ils insistent également sur la double nécessité d’améliorer les procédures de suivi des impacts et de permettre un meilleur engagement des agriculteurs. Une synthèse de ce travail, auquel INRAE a contribué, a été publiée le 30 juin dans Conservation Letters.

30 juin 2022