Dossier revue

Alimentation, santé globale

« Nous devons informer sans alarmer »

Entretien avec Anne-Juliette Serry, responsable de l’unité Nutrition et activité physique chez Santé publique France.

Publié le 29 janvier 2026

Anne-Juliette Serry

Santé publique France surveille les comportements alimentaires, promeut des pratiques favorables à la santé et coordonne la communication sur les repères nationaux. Anne-Juliette Serry détaille comment l’agence met l’accent sur les 1 000 premiers jours de vie.

Pourquoi cette période est-elle si cruciale ? 

Les études convergent : les habitudes alimentaires, les pratiques parentales et les expositions environnementales des premières années influencent la santé physique et psychologique de l’enfant, mais aussi ses comportements alimentaires futurs. Agir tôt, c’est donc bien prévenir durablement. Notre mission est de traduire les connaissances scientifiques en recommandations accessibles. Cela passe par la mise à jour des repères du PNNS et par des campagnes pour les parents et les professionnels de santé autour des 1 000 premiers jours.

Comment passe-t-on de la recherche à la recommandation pour les parents ?

Nous travaillons à partir du socle scientifique établi par l’Anses, qui actualise les besoins nutritionnels selon les données les plus récentes comme celles issues d’INRAE. Nous traduisons ensuite ces données en repères sur les textures, les quantités, les rythmes de diversification… Nous consultons aussi des experts, des pédiatres, des diététiciens et des parents pour vérifier l’acceptabilité des messages.

Quels sont les grands principes qui guident vos recommandations sur la diversification alimentaire ?

La diversification est à la fois une question de nutrition et d’apprentissage sensoriel. L’attitude des parents est décisive. Les études montrent que le chantage ou la contrainte (« Finis tes légumes sinon tu n’auras pas ton dessert ») sont contre-productifs. Il faut faire confiance à l’enfant. En créant ce climat apaisé, il développe une relation positive à la nourriture.

Comment Santé publique France accompagne-t-elle les parents dans cette période délicate ?

Nous cherchons avant tout à soutenir, pas à culpabiliser. Les jeunes parents reçoivent une avalanche de conseils parfois contradictoires : réseaux sociaux, entourage, professionnels… Notre rôle est d’offrir une information fiable et cohérente. Par exemple, « commencez par améliorer un plat que vous aimez déjà » : ce type de message valorise la progression plutôt que la perfection. De même, la recommandation « 5 fruits et légumes par jour », perçue par beaucoup comme inatteignable, a été reformulée en « introduire 1 fruit ou 1 légume à chaque repas », plus réaliste et mobilisatrice. Les postures parentales ont un impact sur la curiosité alimentaire et l’autonomie de l’enfant. C’est pourquoi nous insistons sur des modifications progressives plutôt que des ruptures brutales.

Comment intégrez-vous les inégalités sociales de santé ?

C’est un point central. Nous travaillons à rendre les messages accessibles à tous. Cela passe par des groupes de discussion avec des parents issus de milieux variés. Ces échanges nous permettent d’évaluer la compréhension, la faisabilité et l’acceptabilité de nos recommandations. Nous travaillons aussi à ce que les messages tiennent compte de la diversité des situations familiales, des niveaux d’éducation ou des contraintes économiques.

Comment communiquer sans créer d’anxiété ?

Il faut informer des risques mais toujours en proposant des leviers d’action. Par exemple, concernant les poissons, nous précisons quelles espèces privilégier pour limiter l’exposition aux métaux lourds. L’idée n’est pas de dire « ne mangez pas de poisson » mais plutôt « variez les espèces et les lieux d’approvisionnement ». Nous avons pour mission d’apporter une information scientifique fiable, sans céder à l’alarmisme ou à la simplification excessive. Nous encourageons une alimentation variée, privilégiant les aliments peu transformés.