Alimentation, santé globale Temps de lecture 4 min
À Nairobi, INRAE s'engage pour les systèmes alimentaires en Afrique
La déclaration finale du Sommet Africa Forward appelle à investir dans la recherche agricole et les partenariats avec les institutions françaises. À Nairobi, cette orientation s’est traduite pour INRAE par plusieurs avancées : un accord avec le FIDA, la 4e assemblée générale de l’initiative TSARA qui rassemble désormais 38 institutions dans 17 pays, ainsi qu’un partenariat avec la plus grande université kenyane.
Publié le 20 mai 2026
La recherche agricole parmi les recommandations du Sommet Africa Forward
Philippe Mauguin, président-directeur général d’INRAE, a participé au Sommet Africa Forward (Nairobi, Kenya, 11-12 mai) au sein de la délégation française, en présence du Président de la République. Avec Élisabeth Claverie de Saint Martin, PDG du Cirad, il a pris part à la table ronde dédiée à l'agriculture et à l'alimentation, aux côtés de chefs d'État et de gouvernements africains.
Les recommandations de cette table ronde ont été reprises dans la déclaration finale du Sommet, qui appelle à « investir dans la recherche agricole, l'innovation et les pratiques adaptées au climat, notamment l'agroécologie, l'agroforesterie, les semences de qualité, la gestion intégrée de la santé des sols et les outils numériques, en favorisant des partenariats de recherche et développement avec les institutions françaises ». Un appel qui entre en résonance directe avec les travaux de l’initiative TSARA.
« C'est tout le sens de TSARA, proposée initialement par INRAE et le Cirad, co-construite avec aujourd’hui 37 autres instituts et universités africains et français, et réunis à Nairobi à l'occasion de ce Sommet pour notre assemblée générale. Une ambition commune : mobiliser les avancées de la recherche, notamment dans l'IA et la télédétection, pour développer ensemble des solutions concrètes au service de la sécurité alimentaire, de la transition des systèmes agricoles et de l'approche One Health, et former les nouvelles générations de chercheurs et d'entrepreneurs. » Philippe Mauguin, PDG d'INRAE
TSARA fixe le cap des prochaines années
Les défis des systèmes alimentaires africains appellent des réponses scientifiques co-construites entre les deux continents. C'est la raison d'être de TSARA (Transformer les systèmes alimentaires et l'agriculture par la recherche en partenariat avec l'Afrique), initiative internationale créée en 2022 qui rassemble aujourd'hui 38 institutions de recherche et d'enseignement supérieur dans 17 pays d'Afrique et d'Europe.
Réunie à Nairobi pour sa 4e assemblée générale, TSARA a fixé ses priorités pour les prochaines années.
- Sur le plan scientifique, deux axes se détachent. Le premier articule agroécologie, eau, sols, One Health et numérique : pour le soutenir, un nouvel axe géospatial va être développé, traduisant une véritable mobilisation (télédétection, SIG, géomatique participative), au service de la transition agroécologique. Le second porte sur le lien entre production, transformation, marchés locaux, innovation frugale et nutrition-santé : pour le soutenir, un nouveau chantier dédié à la transformation des produits, à des fins alimentaires comme non alimentaires, est lancé.
- Les approches connectées au terrain et participatives, de type living labs, sont à privilégier et à accompagner : elles doivent articuler à la fois un soutien local à l'entrepreneuriat et un dialogue étroit avec les décideurs politiques, jusqu'au niveau international. TSARA entend ainsi peser davantage sur l'interface science-politique, en résonance avec la place accordée à la recherche dans la Déclaration de Nairobi issue du Sommet Africa Forward.
- Les jeunes sont au cœur de TSARA, à travers les contrats doctoraux, le mentorat, les mobilités et la mise en réseau des doctorants.
- L'ouverture aux partenaires européens reste un objectif important. TSARA vient de rejoindre, à Nairobi, le groupe recherche de l'IRC-FNSSA (International Research Consortium on Food, Nutrition Security and Sustainable Agriculture) - une adhésion qui l'inscrit explicitement dans le dialogue Union africaine-Union européenne.
L'initiative a accueilli 6 nouveaux membres : l'université de Nairobi (Kenya), l'université du Sine Saloum El-Hâdj Ibrahima Niass (Sénégal), l'université de Dilla (Éthiopie), l'EIAR, Institut éthiopien de recherche agricole, l'IAV Hassan II (Maroc) et l'INRAB, Institut national des recherches agricoles du Bénin.
La coprésidence revient à INRAE et l’icipe : Philippe Mauguin reprend cette responsabilité aux côtés d'Abdou Tenkouano, directeur général de l'icipe (Centre international de physiologie et d'écologie des insectes, Nairobi).
Nutrition infantile, chaîne du froid, gestion de l'eau, agriculture numérique et géospatial: autant d'enjeux au cœur des systèmes alimentaires africains, et autant de chantiers ouverts par TSARA, réseau de recherche réunissant une quarantaine d'institutions en Afrique et en Europe. Tour d'horizon de projets en cours et à venir.
Avec le FIDA, INRAE devient partenaire d'une deuxième agence de l'ONU
Le Fonds international de développement agricole (FIDA) finance les petits exploitants et les zones rurales les plus vulnérables dans les pays en développement. En signant un accord de coopération avec cette agence des Nations unies, aux côtés du Cirad et de l'IRD, INRAE formalise pour la deuxiéme fois un partenariat avec une agence de l'ONU, après la FAO.
Objectif : rapprocher la recherche scientifique et l'investissement sur le terrain, en accord avec l'Agenda 2030 et l'Accord de Paris. Quatre domaines de travail commun sont identifiés :
- pratiques agroécologiques et réduction des pesticides
- résilience au changement climatique et protection de la biodiversité
- appui aux filières agricoles et aux territoires ruraux - y compris en zones fragiles et post-conflits
- production de connaissances pour éclairer les politiques publiques
« Dans un contexte mondial marqué par les défis climatiques, sanitaires et géopolitiques, la recherche doit plus que jamais être pensée comme un instrument de coopération internationale. C’est une conviction profonde que je porte au nom d’INRAE et de ses chercheurs, pour construire avec nos partenaires des systèmes agricoles et alimentaires plus résilients et durables. » Philippe Mauguin, PDG d'INRAE
Restauration scolaire, un autre terrain de coopération
Le FIDA soutient également la Coalition mondiale pour l’alimentation scolaire, à laquelle INRAE contribue comme signataire et au sein du consortium international de recherche. Pour INRAE, cet engagement prolonge les travaux menés sur une alimentation saine et durable à l’école, en lien avec les enjeux de nutrition, de politiques publiques et de transformation des systèmes alimentaires.
Un premier partenariat bilatéral au Kenya, avec la plus grande université du pays
INRAE a également signé un accord de coopération avec l’université de Nairobi, la plus grande université du Kenya, en présence d’Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger.
L’accord couvre l’agriculture durable, l’agroécologie, One Health, la santé des plantes et des sols, la sécurité de l’eau, le changement climatique, la transformation alimentaire, la nutrition-santé, le microbiote et l’agriculture numérique. Il prévoit des projets conjoints, des mobilités et des copublications.
Satellites, microbiote : les coopérations de demain ?
Deux sujets au cœur de la stratégie internationale d'INRAE ont fait l'objet d'échanges approfondis en marge du Sommet Africa Forward.
Le géospatial pour l'agriculture. L'usage des données satellites pour suivre les cultures, les sols et les ressources en eau est un levier de plus en plus central pour l'agriculture africaine, mais il se heurte à des limites concrètes : résolution insuffisante des images gratuites pour le suivi de la petite agriculture familiale, dépendance aux infrastructures numériques extérieures, manque de données de terrain pour entraîner les modèles d'IA. INRAE contribue à deux initiatives internationales qui cherchent à y répondre : One Water Vision, qui développe des services d'information sur l'eau fondés sur les satellites pour faire face à la crise mondiale de l'eau, et One Forest Vision, consacrée au suivi des forêts tropicales en Afrique centrale, en Amazonie et en Asie. Le Kenya ayant lancé son premier nanosatellite d'observation de la Terre (TAIFA-1) en 2023, les échanges avec la Kenya Space Agency, ouvrent des perspectives de collaboration dans ce domaine.
Le microbiote et la santé globale. Une table ronde de haut-niveau sur les coopérations Afrique-Europe en matière d’enseignement supérieur et de recherche, coordonnée par Paris Sciences et Lettres et coorganisée par l’équipe France à l’Alliance française a rassemblé de nombreux partenaires africains. S’attachant à l’axe santé commun à l’ensemble des partenaires, INRAE a mis en avant ses travaux en matière de nutrition-santé, autour de la nutrition infantile, du froid « low cost », et du microbiote, dans la continuité du Sommet One Health de Lyon.
Lancement de l’Observatoire mondial des microbiomes
Annoncé lors du One Health Summit, l’Observatoire mondial inter-santés vise d’abord à regrouper un million de microbiomes humains d’ici 2030, afin de construire un référentiel scientifique international. Son périmètre sera ensuite élargi aux microbiomes des sols, des océans et des agroécosystèmes, pour mieux comprendre leur rôle dans la santé globale et développer des indicateurs, des programmes de recherche et des solutions fondées sur les microbiomes.
Il est coordonné par INRAE avec le VIB-KU Leuven, et porté par le World Microbiome Partnership.