Agroécologie Temps de lecture 2 min
Comment le mildiou déjoue-t-il les résistances de la vigne ?
Face au mildiou, l’une des principales maladies de la vigne, les variétés résistantes apparaissent comme une solution très prometteuse. Mais le pathogène ne cesse de s’adapter. Des chercheurs d’INRAE et leurs collègues américains ont mis en lumière deux stratégies génétiques distinctes qui lui permettent de contourner ces résistances. Des résultats clés pour mieux anticiper son évolution et protéger durablement les vignobles.
Publié le 31 mars 2026
Le mildiou de la vigne, causé par l’oomycète Plasmopara viticola, est une maladie particulièrement difficile à contrôler et peut entraîner des pertes considérables dans les vignobles. Pour y faire face, les scientifiques ont identifié, chez des espèces de vignes sauvages, de nombreux gènes conférant une résistance partielle au mildiou. Depuis près de 20 ans, INRAE développe ainsi de nouvelles variétés intégrant ces résistances, notamment dans le cadre du programme d’innovation variétale ResDur.
Mais cette stratégie se heurte à un obstacle de taille : la capacité d’adaptation du pathogène. En Europe, le mildiou a déjà démontré qu’il pouvait contourner rapidement plusieurs résistances récemment déployées. Comprendre les mécanismes à l’œuvre est donc essentiel pour préserver leur efficacité dans le temps. Des chercheurs d’INRAE et de l’Université de Californie, Davis, ont identifié deux grandes stratégies utilisées par le mildiou pour contourner les résistances de la vigne.
La première consiste à « passer sous le radar ». Les résistances de la vigne reposent sur un principe simple : la vigne est capable de reconnaître certains gènes du pathogène et de déclencher une réponse de défense sous forme de nécrose des tissus. Certaines souches sont capables de perdre des fragments de gènes qui déclenchent la réaction de défense, ce qui les rend invisibles pour la plante. Ce mécanisme, observé à plusieurs reprises dans différentes régions d’Europe, montre que le pathogène peut s’adapter rapidement et de façon récurrente face au gènes de résistance.
La seconde stratégie repose sur l’acquisition de nouvelles capacités. Des échanges génétiques, notamment avec des souches d’origine nord-américaine (bassin d’origine du pathogène), ont permis l’émergence de formes plus virulentes après leur introduction en Europe et leur croisement avec des populations locales.
En combinant expérimentations en laboratoire et analyses génétiques à grande échelle, les scientifiques ont pu identifier les régions du génome impliquées dans ces adaptations et retracer leur origine.
Ces découvertes, publiées dans la revue PLOS Pathogens, illustrent la grande capacité d’adaptation du mildiou. Comprendre ces mécanismes permet d’envisager des stratégies de lutte plus durables, en combinant par exemple la sélection variétale et des pratiques culturales adaptées. Une approche essentielle pour préserver la santé des vignes face à un ennemi aussi insaisissable.
Référence : Dvorak E, Dumartinet T, Mazet ID, Chataigner A, Paineau M, Cantù D, et al. (2026) Parallel adaptation and admixture drive the evolution of virulence in the grapevine downy mildew pathogen. PLoS Pathog 22(3): e1014041. https://doi.org/10.1371/journal.ppat.1014041