Biodiversité Temps de lecture 2 min
Le mildiou du tournesol : une menace persistante
Le mildiou causé par l'oomycète Plasmopara halstedii, menace les cultures de tournesol à l'échelle mondiale. Des scientifiques du Laboratoire des interactions plantes-microorganismes-environnement (LIPME) du centre INRAE Occitanie-Toulouse et du Centre de recherche sur la biodiversité et l’environnement (CRBE) ont étudié comment la résistance à cette maladie s'est effondrée de manière récurrente au cours des dernières décennies en France, conduisant à l'apparition de nouvelles souches virulentes.
Publié le 03 mars 2026
L’histoire évolutive du mildiou du tournesol…
Le tournesol est une culture oléagineuse importante en Europe, et en particulier en France. L'origine de cette espèce se trouve en Amérique du Nord où les amérindiens l'exploitaient de manière extensive avant une conversion, relativement récente, comme plante de grande culture en Europe de l'Est. L'essor du tournesol en France remonte aux années 60. Toutefois, sa culture a été grandement limitée par de nombreux pathogènes, introduits de leur aire native aux Etats-Unis, et en particulier un oomycète, Plasmopara halstedii, responsable du mildiou.
Pour contrer ce problème, les semenciers ont sélectionné des variétés résistantes de tournesol. Cependant, ils n’avaient pas anticipé que le pathogène évoluerait et deviendrait de plus en plus virulent, probablement en raison de l’introduction accidentelle de plusieurs souches américaines. Il devient alors nécessaire de combiner de nombreux gènes de résistance pour continuer à cultiver le tournesol. Dans ce contexte, comprendre l'émergence de ces nouveaux types de pathogènes est crucial pour une meilleure gestion de cette maladie.
… au service de la résistance des cultures
Dans cette étude, l’équipe a retracé l'histoire évolutive de Plasmopara halstedii en France à l'aide d'une analyse du génome des 16 familles de pathogènes de référence actuellement reconnus et des relevés sur leur présence en champs depuis les années 60. L’analyse de ces données a permis l'identification des souches fondatrices et de leurs souches recombinantes, ainsi que des régions génomiques associées au contournement des gènes de résistance du tournesol.
Les résultats éclairent sur les mécanismes évolutifs sous-jacents à l'adaptation des pathogènes végétaux à leurs hôtes. Dans le cas du mildiou du tournesol, apparait l’importance de la reproduction sexuée qui permet le brassage génétique entre des souches introduites de manière récurrente, ce qui n’avait jamais été clairement démontré. Ceci pourra avoir un rôle dans la gestion du pathogène, considéré encore récemment comme organisme réglementé.
Ces travaux illustrent également les conséquences du déploiement de la résistance des cultures sur l'adaptation des pathogènes. Plus largement, ils peuvent servir de référence pour la gestion durable de la résistance des cultures pour le tournesol, mais aussi pour d'autres cultures affectées par des pathogènes.
Face à l'intensification des pressions environnementales en agriculture, cette étude souligne la nécessité d'un déploiement plus durable et raisonné des gènes de résistance présents chez les végétaux qui permettrait également de limiter le recours aux produits phytosanitaires.
*Ce travail est issu d’une collaboration entre le Laboratoire des interactions plantes-microorganismes-environnement (LIPME - INRAE/CNRS), le Centre de recherche sur la biodiversité et l’environnement (CRBE - Université de Toulouse/CNRS/Toulouse INP/IRD), le laboratoire Santé et agroécologie du vignoble (SAVE – INRAE/Bordeaux sciences agro) et le laboratoire Peuplements végétaux et bioagresseurs en milieu tropical (PVBMT – CIRAD/INRAE/Université de La Réunion).
Référence :
Phylogenomics of Plasmopara halstedii reveals genomic regions associated with the breakdown of sunflower downy mildew resistance genes. Yann Pecrix, Etienne Dvorak, Frédéric Labbé, Ludovic Legrand, Sébastien Carrère, Jérôme Gouzy, François Delmotte, Guillaume Besnard, Laurence Godiard, publié le 17 février 2026 dans Molecular Ecology 35 (4), e70270. https://doi.org/10.1111/mec.70270