Dossier revue
Alimentation, santé globalePlastiques : moins produire, plus d’avenir
Conserver uniquement les emballages essentiels, favoriser la réutilisation de matériaux durables : plusieurs approches à portée de main existent pour réduire les volumes de plastique. Perspectives.
Publié le 09 février 2026
« Il faut être réaliste : les matériaux innovants, les technologies de substitution et les améliorations apportées aux formulations n’infléchiront pas significativement la pollution plastique vu notre rythme de consommation. Restons honnêtes et justes, nous ne sommes pas capables de gérer la situation avec nos seules recherches, affirme Nathalie Gontard qui étudie le plastique depuis 30 ans au laboratoire IATE. Lorsqu’une baignoire déborde, c’est bien d’écoper mais il faut avant tout fermer le robinet. » Or, jusqu’à présent, tous les efforts scientifiques, politiques et industriels se sont concentrés sur l’élimination des déchets, via le recyclage et la biodégradation. Des choix ciblant la fin de vie des emballages plutôt que leur non-production.
67 kg : Production de déchets plastiques par Français en 2016.
71 kg : Production de déchets plastiques par Français en 2022.
Source : Ademe
Des réformes peu productives
Aujourd’hui comme hier, rien ne permet d’abaisser la production ni la consommation. C’est ce qu’essaie de démontrer le sociologue INRAE François Dedieu dans le projet Prick (2024-2027). Ni les lois françaises sur la transition énergétique pour la croissance verte (2015) et l’économie circulaire (AGEC, 2020) ni les directives-cadres européennes sur les déchets d’emballages (2019) et les emballages à usage unique (SUP, 2021) n’ont pour le moment d’incidence. « La réglementation signale une évolution sociétale mais sa portée est essentiellement symbolique car chaque acteur œuvre à son contournement. Le législateur prend des décisions peu productives par souci du consensus ; le consommateur est empêtré dans ses propres contradictions de flexitarien du plastique ; l’industriel trouve des stratégies pour contourner la loi par des effets de marketing, de dérogation ou d’exception », constate François Dedieu. Par exemple, la loi SUP interdit les emballages à usage unique, mais beaucoup de sachets comme les paquets de chips font exception pour des raisons de normes alimentaires.
Se limiter aux plastiques essentiels
L’interdiction des cotons-tiges, pailles et couverts jetables n’a pas impacté les volumes de plastiques produits. Le point positif est tout de même qu’ils ont disparu du paysage sans générer de séisme socio-économique, une marge de manœuvre est donc envisageable. Certes, il s’agit de produits marginaux pour les industriels mais ce sont avant tout des produits non essentiels pour les consommateurs. Or, plus de la moitié des emballages plastiques le seraient. Avons-nous vraiment besoin de sachets ensachés les uns dans les autres pour conserver nos biscuits ? « Le concept d’essentialité est un levier important pour réduire la production de plastiques, assure Xavier Cousin, chercheur Ifremer à l’unité Marbec et membre de la coalition des scientifiques impliqués dans le traité mondial sur les plastiques. Il permet de faire le tri. Prenons un domaine critique comme le médical, les seringues et les poches de sang sont probablement à conserver en plastique même si des approches de réemploi sont à l’étude ; en revanche, les sachets qui les emballent à l’unité sont-ils réellement essentiels ? » Dans le secteur agricole, certains s’interrogent sur les films de paillage qui augmentent la production à court terme, mais pourraient l’affecter à plus long terme par une diminution de la photosynthèse ou de la croissance des plantes. La question se pose d’autant plus qu’il existe des alternatives type paille ou mulch naturel.
Au sein même des laboratoires de recherche, des équipes se sont exercées à réduire leur usage de plastique. Dans le projet Redplast, 7 unités INRAE ont testé une démarche de quantification et de diminution de leurs plastiques. Un scientifique consommerait jusqu’à 1 000 kg de plastique par an, soit 20 fois plus qu’un citoyen européen. Pourtant, des bains de désinfection, des systèmes de décontamination et des lavages permettent de réintroduire le verre et le métal sur la paillasse. Dans Redplast, les versions optimisées des expérimentations faites en routine telles que l’extraction d’ADN ont permis de réduire jusqu’à 7 fois les émissions de carbone pour une empreinte plastique parfois nulle. Le coût et le travail humain ont systématiquement été pris en compte. Les résultats montrent l’importance des agents de laverie et le besoin de matériels écoresponsables. Le projet se poursuit avec le développement d’un simulateur de calcul de l’empreinte environnementale des protocoles basé sur l’ACV et le bilan plastique consommé, outil qui sera mis à disposition via la plateforme GDR Labos 1point5.
Favoriser le réemploi
Irréprochable d’un point de vue sanitaire, parfaitement recyclable et réutilisable, le verre fait son retour sur le marché des emballages alimentaires. Des initiatives sont portées par des distributeurs (Biocoop, la Vie Claire, Carrefour…) et professionnels du réemploi (Haut la consigne, Bout-à-Bout…), ou encore par des entreprises familiales comme Drive tout nu, qui propose 7 points de vente et 1 supermarché vendant uniquement dans des contenants en verre consignés ou des sacs en tissu lavés sur place. S’engager dans cette voie présente des défis organisationnels pour certains producteurs de petite taille (microbrasserie, producteur de kéfir, etc.). Dans le cadre du projet européen Fairchain (2020-2024), Samuel Le Féon, ingénieur de recherche INRAE sur la plateforme d’évaluation de la durabilité MEANS, a participé à l’élaboration d’un logiciel permettant aux acteurs d’identifier les scénarios les plus avantageux en termes d’impacts environnementaux lors du réemploi des bouteilles en verre : faut-il investir seul ou collectivement, à quelle échelle géographique pour que le coût du transport ne contrevienne pas aux efforts fournis par ailleurs ? À plus large échelle, une expérimentation se déploie sur 4 régions du Nord-Ouest dans l’objectif de faire émerger un dispositif de réemploi national. Sous la houlette de l’éco-organisme Citéo, chargé du traitement des déchets pour le compte des industriels, 30 millions d’emballages standardisés et optimisés pour la collecte et le lavage sont actuellement distribués.
Réutiliser, c’est précisément la deuxième priorité censée aiguiller l’économie circulaire promue par la loi Agec. Il s’agit de la règle des 4R qui classe par ordre d’importance les actions à mener pour endiguer la problématique des plastiques avec en tête la réduction (1), puis la réutilisation (2), le recyclage (3) et la récupération sous forme d’énergie (4) via l’incinération. Grâce à une réglementation contraignante et des moyens financiers mis à disposition d’une recherche axée sur des solutions organisationnelles, cette feuille de route pourrait être respectée. « Atteindre 0 plastique dans l’écosystème mondial en 2040 coûterait 12 000 à 18 000 milliards de dollars, a calculé Matéo Cordier, économiste à l’université Paris-Saclay, mais le coût de l’inaction serait 13 fois supérieur. » Il est urgent d’agir.
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Anaïs Joseph
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Rédactrice
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Muriel Mercier-Bonin, Sandra Domenek
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