Dossier revue

Alimentation, santé globale

Les difficultés du traitement des déchets

Face à la montée en puissance de notre consommation de plastiques, aucune solution miracle n’existe pour traiter leurs déchets. 

Publié le 09 février 2026

Recycler les plastiques et dans une moindre mesure les remplacer par des matériaux compostables sont les principales mesures mises en œuvre face au doublement de l’utilisation de plastique en 15 ans. Ces choix n’ont pas permis de réels progrès, aussi la politique récemment engagée cherche-t-elle à rebattre les cartes.

Cap sur le recyclage, mais lequel ?

Apparue dans les années 2000, la poubelle jaune présente un bilan mitigé. En raison de son faible taux de recyclage, 25 % des emballages plastiques contre 40 % en moyenne dans le reste de l’Europe, la France versait à l’Union européenne 1,6 milliard d’euros l’an passé. Avec le nouveau règlement européen sur la gestion des déchets d’emballages (PPWR, 2025) et la loi française dite anti-gaspillage ou loi AGEC (2020), des mesures ambitieuses ont vu le jour. 

4,5 Mt de déchets plastiques produites par la France chaque année, soit près de 70 kg par an et par habitant.
Source : Ministère de l’écologie, 2025

Par exemple, d’ici 2040 les bouteilles en PET devront contenir au moins 65 % de matières recyclées. Le marché se restructure mais les scientifiques restent prudents. « Malgré nos efforts, la grande majorité des emballages n’est pas recyclable du fait de leur dégradation au cours de l’usage. Même ceux qui sont plus facilement traités, les monomatériaux, sont généralement décyclés, c’est-à-dire transformés en objets dont la fonction diffère de celle d’origine », explique Nathalie Gontard, spécialiste des polymères dans l’unité IATE. Les barquettes deviennent des pots de fleurs, autrefois en terre, les sachets de riz finissent en bacs de rangement, autrefois en bois, et les bouteilles recyclées en vestes polaires remplacent la laine. « Ce système désorganise les marchés des autres matières premières, il n’empêche aucunement la production de plastique vierge − toujours nécessaire pour les objets non décyclés − ni l’émission de micro- et nanoplastiques, ce qui est pourtant la priorité. »

« Malgré nos efforts, la grande majorité des emballages n’est pas recyclable du fait de leur dégradation au cours de l’usage. »
Nathalie Gontard


Des voix mal accordées

Dans l’état actuel des connaissances, deux courants coexistent et sont en friction. Celui qui ne croit plus aux vertus du recyclage seul et considère qu’il vaut mieux financer des projets complémentaires visant à réduire notre consommation de plastique s’oppose à celui qui estime qu’il n’y a pas d’autre choix que de commencer par l’optimisation et d’étendre les filières de recyclage existantes parce que la réglementation l’impose et que le consommateur s’en contente. Dans cette seconde catégorie, certains scientifiques essaient de mettre au point de nouvelles méthodes de recyclage, par voie chimique ou enzymatique, mais celles-ci se heurtent à des obstacles techniques et à un coût énergétique élevé. Quant au recyclage mécanique, méthode la plus courante, sa marge d’amélioration dépend de la qualité des plastiques dont la dégradation et la contamination sont inexorables avec le temps. Sans compter les associations des plastiques entre eux ou avec d’autres matériaux comme le carton ou l’aluminium pour former des emballages encore plus performants, mais impossibles à recycler. C’est le cas par exemple des doypacks de compote multicouche, briques de lait, paquets de chips ou de café… La technologie capable de répondre à l’ambitieuse réglementation européenne n’existe pas encore. La contamination chimique des matériaux recyclés ou décyclés sur le long terme est également mal renseignée.

Quid de la contamination chimique des plastiques recyclés ?

Les emballages contiennent de multiples substances chimiques pouvant s’accumuler, se transférer et interagir lors du recyclage. Évaluer chacune des substances est un casse-tête chronophage de l’avis de tous. Dans le projet TwinLoop (2025-2029), Sandra Domenek, de l’unité SayFood, enseignante-chercheuse à AgroParisTech, a mis de côté l’idée de maîtriser les réactions et substances apparaissant lors du recyclage. « Bien que la situation soit incertaine, nous devons prendre des décisions avec toute la prudence nécessaire. Notre objectif est très pragmatique : fournir un outil d’analyse de qualité en s’appuyant sur l’intelligence artificielle. Les industriels pourront l’utiliser de façon rapide et routinière pour évaluer la sécurité des emballages à l’entrée et à la sortie des usines de recyclage. » Pour cela, son équipe va prélever 2 000 échantillons d’une famille de plastiques représentatifs d’une année de consommation dans des lots destinés à être recyclés. Leur signature toxicologique obtenue par biotest (sur culture cellulaire) sera comparée aux molécules de dangerosité connue afin de constituer une première banque de données sur laquelle s’entraîneront des IA. « Elles apprendront à repérer les motifs susceptibles de nous alerter », conclut la chimiste. Selon le niveau d’alerte, l’industriel pourra ensuite décider d’éliminer le lot afin qu’il ne contamine pas la chaîne de production et potentiellement le produit. 

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