Comprendre les incendies de forêts de 2026 : causes, impacts et résilience
Été 2026 : la France subit des incendies d’une ampleur exceptionnelle. Comment expliquer cette intensité ? Quels sont les impacts sur les écosystèmes et les territoires ? Quelles sont les pistes de gestion et de reconstitution des forêts brûlées ? Quelle prévention individuelle et collective ? On fait le point en 11 questions/réponses avec les connaissances et les données scientifiques disponibles.
Publié le 17 août 2026
1. Comment expliquer la fréquence et l’intensité des incendies de cette année ?
Si 90 % des départs de feu sont d’origine humaine (accidentelle ou intentionnelle), leur ampleur dépend, elle, de l'interaction entre plusieurs facteurs : les conditions météorologiques (sécheresse, chaleur, vent), l’état hydrique de la végétation, l’organisation du paysage, les pratiques de gestion des forêts, l’âge des arbres, les dispositifs de prévention et d’intervention, et le niveau de préparation des territoires et des citoyens.
Les températures mesurées à Bordeaux-Mérignac ont dépassé 40 °C 6 fois en juin et juillet 2026, soit davantage de fois qu’au cours des 75 années précédentes réunies*
Le cas de la Gironde
Depuis 2022, le massif des Landes de Gascogne est entré dans un nouveau régime d’incendies où certains feux peuvent évoluer vers des incendies extrêmes de plusieurs milliers d’hectares chacun. Cette évolution résulte de la combinaison de plusieurs facteurs :
- des conditions météorologiques de plus en plus favorables à une propagation rapide des feux : températures élevées, faible humidité de l’air, vents soutenus, souvent précédées de longues périodes de sécheresse ;
- une forte continuité de combustibles devenus plus secs et plus inflammables ;
- des départs de feu multiples et une dynamique de propagation plus rapide, réduisant l'efficacité d'une politique d'intervention centrée sur les feux naissant.
Plusieurs de ces facteurs ont hélas été réunis en juillet 2026 : une succession de vagues de chaleur qui a entrainé un assèchement du sol et de la végétation, accentué par des vents forts et une humidité faible. Aussi, l’hiver particulièrement pluvieux de cette année a favorisé la croissance de la végétation au début du printemps qui par la suite s’assèche et sert de combustible aux incendies.
Références
[ÉCLAIRAGE] La vague de chaleur de juin 2026 >>>
*Canicule : à Bordeaux, les 40 °C atteints six fois en 2026, contre cinq fois sur les 75 années précédentes >>>
2. Le dérèglement climatique a-t-il favorisé les incendies ?
Oui, le changement climatique a favorisé des conditions météorologiques extrêmes précédant les incendies sévères en France et en Espagne.
Une analyse menée par le World Weather Attribution, avec la participation d’un chercheur d’INRAE, montre que le changement climatique a multiplié au moins par 20 le risque de conditions favorables aux grands incendies en Espagne, et par 2 en France, par rapport au climat préindustriel.
Le changement climatique ne déclenche pas directement les incendies, mais il crée un environnement plus favorable à leur propagation. La sécheresse assèche la végétation, qui devient alors un combustible facilement inflammable. La chaleur et le vent peuvent ensuite accélérer considérablement la progression des feux.
Les chercheurs soulignent que l’augmentation des températures contribue à rendre les incendies plus fréquents et plus difficiles à maîtriser.
Pour aller plus loin
Changement climatique et incendiesUne nouvelle analyse du groupe World Weather Attribution (WWA), en collaboration avec des chercheurs d’INRAE, révèle que le changement climatique d'origine humaine a rendu au moins deux fois plus probables en France, et au moins vingt fois plus probables en Espagne, les conditions météorologiques extrêmes ayant alimenté les récents incendies destructeurs.
3. Le pin maritime est-il une essence plus vulnérable face aux incendies ?
Le pin maritime a développé, au cours de son histoire évolutive, plusieurs caractéristiques qui lui permettent de résister à des incendies de faible à moyenne intensité :
- une écorce épaisse. Fissurée et stratifiée, elle protège les tissus vivants ;
- des aiguilles plus résistantes au dessèchement que celles d'autres pins car plus riches en eau ;
- un élagage naturel à l'âge adulte qui limite la présence de branches basses réduisant ainsi le risque de propagation du feu du sol vers la cime des arbres ;
- une capacité de survie après un incendie en fonction du degré de roussissement du feuillage.
Mais il présente aussi des facteurs de vulnérabilité : en période de sécheresse les aiguilles tombent précocement et peuvent s’accumuler sous forme de litière au sol, formant un véritable combustible. Aussi, leur houppier (l’ensemble des branches qui portent les aiguilles) relativement ouvert laisse la lumière atteindre le sol, ce qui favorise un sous-bois dense, source de continuité horizontale et verticale des combustibles mais aussi de compétition pour l’eau. Enfin, l’écorce, les fines branches et les écailles des cônes de pin peuvent agir comme des brandons (fragments de bois enflammés) emportés par le vent et pouvant déclencher de nouveaux foyers.
Le pin maritime n'est donc ni intrinsèquement « résistant » ni intrinsèquement « vulnérable » : sa réaction au feu dépend surtout des caractéristiques du peuplement forestier (densité, âge, structure) et des pratiques sylvicoles (éclaircies, élagage, débroussaillage). Les incendies survenus en 2026 dans des écosystèmes très différents (pinèdes, chênaies, maquis méditerranéen) confirment qu'aucune essence, à elle seule, n'explique l'ampleur d'un feu qui résulte toujours d'une combinaison entre météo extrême, végétation sèche et inflammable, continuité du combustible et configuration du territoire.
Le pin maritime, un arbre adapté au sol sableux des Landes
Le sol landais est particulièrement contraignant. Il s'agit d'un podzol sableux très pauvre en éléments nutritifs, acide, engorgé d'eau en hiver et soumis à une forte sécheresse superficielle en été. Particulièrement adapté à la sécheresse mais également à l'engorgement hivernal, le pin maritime est capable de pousser sur des sols extrêmement pauvres, c’est pourquoi il constitue l’espèce majeure du massif des Landes de Gascogne.
Références
1. GIS Groupe Pin maritime du futur >>>
2. Écologie du pin maritime en relation avec le feu et gestion des peuplements pour leur protection contre l’incendie >>>
3. Fire resistance of European pines >>>
4. Valette J-C (1997) Inflammabilities of Mediterranean species. In –Forest fire risk and management. EUR 16719 EN. (Ed. P Balabanis, F Eftichidis, R Fantechi) pp. 51-64. European Commission, Environment and Quality of Life: Brussels
5. Flammability across the gymnosperm phylogeny: the importance of litter particle size
6. Natural Regeneration of Maritime Pine: A Review of the Influencing Factors and Proposals for Management >>>
4. En Gironde, l'aménagement du territoire a-t-il aggravé le risque incendie ?
Plusieurs choix d'aménagement anciens pèsent aujourd'hui sur la vulnérabilité du massif. Depuis le XIXᵉ siècle, le drainage généralisé des Landes de Gascogne a été conçu pour évacuer rapidement les eaux hivernales vers les cours d'eau, limitant leur stockage dans les sols et les zones humides. Dans le contexte actuel de dérèglement climatique, cette organisation hydrologique accentue les déficits en eau estivaux et la vulnérabilité des forêts aux sécheresses et aux incendies.
La forte continuité des peuplements de pin maritime, interrompus par peu de coupures naturelles ou agricoles, favorise également la propagation des incendies sur de vastes surfaces. Lors des feux extrêmes de 2022 et 2026, la lutte s'est appuyée sur la création en urgence de coupures de combustible tactiques (131 km en 2022, 160 km en 2026) : les infrastructures héritées de l'après-guerre ne sont plus dimensionnées pour l'intensité des incendies actuels.
Enfin, l'urbanisation constitue un facteur de vulnérabilité supplémentaire : sur les Landes de Gascogne, espace à faible densité historiquement dédié à la sylviculture, la population a augmenté de près de 60 % en 40 ans. Les départs de feu se produisent fréquemment à proximité d'infrastructures (route à Biscarrosse, ligne à haute tension à Saumos en 2026) ou d'habitations. Les interfaces forêt-habitat, comme au Cap Ferret, où bâti et végétation s'interpénètrent fortement, sont particulièrement difficiles à défendre lorsque leur aménagement n'est pas maîtrisé.
Références :
1. La forêt des Landes de Gascogne : vecteur de liens >>>
2. ESCo Incendies de forêt et ville : la résilience des interfaces urbaines face aux incendies de forêt dans le contexte du changement climatique. >>>
3. Intérêt du débroussaillement pour la sécurité des constructions et des personnels de secours. Évaluation par un modèle de simulation >>>
4. Plan interdépartemental de Protection des Forêts Contre les Incendies 24-33-40- (2018) >>>
5. Avis délibéré de la Mission Régionale d’Autorité environnementale de Nouvelle-Aquitaine sur le projet de centrale photovoltaïque au sol à Lucmau et à Préchac (33) >>>
5. Quelles conséquences ont les incendies sur la forêt ?
Au-delà des arbres totalement détruits, un incendie a des effets sur le long terme. Les arbres survivants ont subi un stress thermique important qui les fragilise : une partie d’entre eux dépérira progressivement dans les mois ou années à venir, même sans nouvelle perturbation, car le feu peut également avoir endommagé leur système racinaire.
Les arbres encore partiellement verts mais fortement stressés par le feu offrent des conditions favorables au développement des scolytes (insecte dont la larve se développe dans le liber, sous l’écorce), à cause de leur capacité de défense réduite. Si en 2026 le risque de pullulation est quasi nul, il pourrait atteindre un seuil épidémique durant l’été 2027 si ces arbres ne sont pas coupés ou si les bois coupés font l’objet d’un stockage en bord de route trop prolongé. En effet, si les arbres épargnés par les flammes font l’objet d’une coupe, par exemple dans le cadre de la constitution de coupures de combustible, une attention particulière doit être portée au bois stocké en bord de route après abattage. En effet, ces grumes offrent des conditions particulièrement favorables lorsque leur durée de stockage dépasse celle d’une génération de scolytes. Pour éviter d’atteindre le seuil épidémique, il convient d’éviter de multiplier les coupes d’arbres encore vivants lorsque les bois ne peuvent pas être retirés rapidement de la forêt, en particulier pendant les périodes estivales favorables au développement des insectes.
INRAE a développé un modèle fondé sur les degrés-jours, permettant d’estimer, à partir des températures, la durée maximale de stockage du bois en forêt compatible avec le risque de développement des scolytes. Lorsque toutes les grumes ne peuvent être rapidement sorties de la forêt et acheminées vers les sites de transformation dans les délais appropriés, le recours à des aires de stockage sous aspersion d’eau permet de limiter leur colonisation.
L’incendie crée également les conditions d’un risque « nématode » différé, en favorisant le potentiel de propagation de cet agent pathogène via une augmentation des populations de Monochamus. En effet les femelles du principal insecte vecteur du nématode en France, Monochamus galloprovincialis, pondent préférentiellement leurs œufs sous l’écorce dans le liber de pins affaiblis, dépérissants ou récemment morts. Des études montrent également que M. galloprovincialis est attiré par les odeurs de bois brûlé.
Les incendies ont également des conséquences sur la biodiversité. Une grande partie de la flore et de la faune et de leurs habitats a été détruite. Quant aux populations survivantes, elles peuvent être isolées entre des zones brûlées, avec pour conséquence des échanges réduits qui compliquent leur reproduction et leur maintien dans la durée.
Les sols ne sont pas épargnés ! Les incendies peuvent entraîner une perte de carbone organique et affecter les communautés microbiennes ainsi que la faune du sol, essentiels à leur fertilité et à leur régénération. Leur capacité de rétention d'eau diminue, augmentant le risque d'érosion. Dans les tourbières, des feux dits zombies peuvent se maintenir plusieurs mois dans les couches organiques du sol. Enfin, les incendies de forte intensité détruisent une part importante de la flore, de la faune et de leurs habitats, fragmentant durablement les populations.
Quels sont les effets des retardants sur l’environnement ?
Le retardant utilisé par les pompiers pour ralentir la progression des flammes est composé essentiellement d'eau (80 à 90 %), avec pour agent anti-feu le polyphosphate d'ammonium, un composé également utilisé comme engrais de synthèse. Relâché par mégarde dans un point d'eau, il peut provoquer une eutrophisation : la décomposition des algues consomme l'oxygène dissous, entraînant la mortalité des poissons et la dégradation de la qualité de l'eau.
Selon la nature des sols, le ruissellement et le lessivage peuvent aussi polluer ponctuellement les nappes phréatiques.
Le projet PREFIBIO, associant INRAE, vise à développer une nouvelle génération de retardants biosourcés et biodégradables, aussi efficaces que les produits actuels mais à moindre impact environnemental. En savoir plus
6. Quelles sont les conséquences économiques et sociales des incendies ?
Les conséquences économiques et sociales varient selon les catégories d'acteurs.
Pour les propriétaires forestiers, l'incendie de 2026 s'inscrit dans une série d'aléas déjà vécus (feu du Porge en 1989, de Salaunes en 1990, tempête de 1999 et 2009, feu de Lacanau en 2012, feux extrêmes de 2022). Le passage possible d'une logique de crise ponctuelle à une situation de catastrophes quasi continues pourrait pousser certains forestiers vers une intensification de la production (rotations raccourcies à 25-35 ans, forts investissements à la plantation), d'autres vers une extensification. Réaliser des coupures de combustibles pérennes peut constituer un manque à gagner pour les propriétaires mais est aussi une forme d’assurance contre des dégâts plus importants.
La filière forêt-bois locale ne semble pas menacée à court terme dans son modèle traditionnel : depuis la tempête Klaus de 1999, elle a montré sa capacité à mobiliser et transformer le bois pour reconstituer les zones sinistrées, sans baisse d'activité observée tant dans le secteur amont qu’aval de la filière forêt-bois. Cette économie a été façonnée par la succession de crises et un soutien public important (plans de renouvellement, aides à la mécanisation, au transport, au stockage). Elle profite surtout aux sylviculteurs et aux industriels de la trituration. Le sciage est plus pénalisé, avec une baisse de 60 % de la production de sciage de pin maritime depuis la fin des années 1990.
Pour le tourisme, l'impact est fort à court terme (2 à 5 ans), mais l'attractivité résidentielle et touristique du littoral landais tend à perdurer malgré les risques, comme observé pour l'érosion côtière.
Quant aux résidents des zones sinistrées ou proches, certains craignent que l’augmentation de la fréquence de ces événements ne transforme durablement leur cadre de vie, la qualité des paysages et la biodiversité associée aux forêts ; et d’autres pensent que la forêt parviendra à s'adapter à ces nouvelles conditions, moyennant des changements d’espèces par exemple ou de sylviculture.
Références
1. How do inhabitants of mountain areas perceive climate change and forest dieback? >>>
2. Comment la coupe rase sort du bois. Développement durable et territoires. >>>
3. Preferences among coastal and inland residents relating to managed retreat: Influence of risk perception in acceptability of relocation strategies. >>>
7. Faut-il replanter après un incendie ?
Qu'elle passe par la régénération naturelle, la plantation ou une combinaison des deux, la reconstitution d'une forêt détruite s'inscrit dans le temps long. À l'échelle d'une parcelle, la première décision porte sur la coupe et la récupération ou non du bois, selon l'état sanitaire des arbres, leur valeur économique, les risques de sécurité, les enjeux écologiques (biodiversité, bois mort, fertilité des sols) et les objectifs de gestion future de la parcelle. Lorsque le peuplement est totalement détruit et exploité, le propriétaire a l'obligation de reconstituer un peuplement forestier dans un délai de 5 ans.
Avant de choisir la modalité de renouvellement, il est utile d'observer les capacités de régénération naturelle du milieu. Une période de jachère de 2 ans, par ailleurs recommandée pour limiter les dégâts de l'hylobe, un insecte ravageur des jeunes plantations de conifères, offre une opportunité pour réaliser ce diagnostic. Dans les premières années, la reprise de la végétation herbacée et arbustive doit être surveillée car elle augmente le combustible disponible susceptible d’accroître le risque incendie.
Si la régénération naturelle est insuffisante, un enrichissement par semis ou plantation est possible, mais demande une réelle technicité. En cas d'échec, une intervention sur le sous-bois et le sol devient nécessaire pour permettre une bonne installation des jeunes arbres.
Le programme de recherche GRIFON (INRAE Nouvelle-Aquitaine, 2024-2028) évalue actuellement différentes stratégies de reconstitution des peuplements suite aux incendies de 2022 : la régénération naturelle ou la plantation associée à différents travaux du sol. En effet, la biodiversité des sols, affectée par le feu, joue un rôle essentiel dans la réussite du renouvellement et peut mettre plusieurs années à se rétablir.
8. Faut-il diversifier les espèces d'arbres dans les forêts pour diminuer le risque d'incendie ?
Après chaque grande crise, incendies comme tempête, le débat sur la diversification des forêts des Landes de Gascogne oppose souvent deux visions simplificatrices : d’un côté remplacer le pin maritime par des feuillus résoudrait tous les problèmes ; de l’autre la filière forêt-bois ne pourrait s'adapter à aucune évolution de la composition ou de la structure de la forêt. En réalité, il existe une large gamme d'options entre le maintien d'une pinède quasi exclusive et son remplacement intégral. L'enjeu est d'identifier, à partir des connaissances scientifiques et du retour d'expérience des gestionnaires, les options les mieux adaptées aux conditions écologiques, aux attentes socio-économiques et à l'évolution du climat.
Aucune essence ne doit être considérée comme une solution universelle sur la seule base de sa croissance, sa résistance constatée aux aléas actuels ou d'une réputation de résistance au feu : l'introduction ou l'extension d’une essence doit tenir compte de ses effets sur le fonctionnement des écosystèmes (cycles biogéochimiques notamment). Les travaux de recherches menés à INRAE montrent que les feuillus constituent une voie prometteuse de diversification, notamment pour limiter les risques biotiques (insectes ravageurs, champignons, nématodes, etc.) .
Une première stratégie pourrait être de constituer progressivement une trame de feuillus en s'appuyant sur les milieux favorables à leur implantation : ripisylves (ensemble de la végétation des berges d’un cours d’eau), haies en périphérie des peuplements de pin maritime, corridors de fossés. Une seconde stratégie, complémentaire, consiste à diversifier les peuplements en associant le pin maritime à une ou plusieurs essences feuillues.
Toutefois, les incendies de la région de Madrid comme ceux du Var rappellent que la survenue et surtout l'ampleur d'un incendie ne peuvent être expliquées par la seule présence d'une essence ou par la nature d'un peuplement.
Références
1. Réseau d'arboretums REINFFORCE et Climaq >>>
2. The role of broadleaved hedgerows for biodiversity conservation in pine plantation landscape >>>
3. Installation des peuplements mélangés : expérimenter pour améliorer nos connaissances >>>
9. Quelle gestion des forêts pour lutter contre le risque incendie ?
Plusieurs leviers complémentaires se dégagent.
La gestion du sous-bois : débroussailler les sous-bois réduit la quantité et la continuité verticale des combustibles, ce qui freine le passage des feux de surface vers les houppiers. Cela limite également la compétition pour la ressource en eau entre les arbres et les plantes de sous-bois. Mais cette gestion implique toutefois des compromis, certaines formations (comme les landes à bruyères) jouant un rôle important pour le stockage de carbone et la biodiversité des sols sableux landais.
Le pilotage de la densité des peuplements : étudié depuis des décennies dans des dispositifs expérimentaux (Gis Coop), il permet d'arbitrer entre limitation de la compétition pour l'eau, croissance, stabilité mécanique et vulnérabilité aux sécheresses. Pour certains peuplements stratégiques, une sylviculture orientée « défense des forêts contre l'incendie » (DFCI) pourrait s'appuyer sur des révolutions plus longues et des interventions régulières limitant la continuité verticale du combustible, bien que son déploiement large nécessite un financement adapté à ses bénéfices essentiellement collectifs. La conservation d'îlots de semenciers matures après incendie ou tempête, qui consiste à préserver des groupes d'arbres adultes et matures au sein d'un massif forestier comme source naturelle de graines pour assurer le renouvellement forestier, est une autre piste pour favoriser la résilience des peuplements futurs.
À l'échelle territoriale, plusieurs pistes d’actions sont identifiés :
- construire des coupures de combustible au sein du massif forestier adaptées aux incendies extrêmes ;
- assurer un entretien régulier de la végétation du sous-bois à proximité des infrastructures et des voies de circulation (équipements, voiries, voies ferrées, voies d’évacuation) ;
- préserver et gérer collectivement les ripisylves (les linéaires de feuillus le long des cours d'eau ont brûlé 30 % de moins que les pins lors de l'incendie de Landiras) ;
- restaurer les lagunes pour redonner de l’eau au territoire et créer des discontinuités de combustible ;
- réduire la vulnérabilité des interfaces habitat-forêt en combinant gestion du combustible et durcissement du bâti ;
- intégrer le risque incendie dans la planification urbaine ;
- sensibiliser les citoyens.
Face aux incendies extrêmes, les connaissances scientifiques plaident pour une gouvernance systémique, multi-échelles et multi-acteurs, en plus des mesures individuelles.
Références
ESCo Incendies de forêt et ville : la résilience des interfaces urbaines face aux incendies de forêt dans le contexte du changement climatique. >>>
10. Que peuvent faire les citoyens pour participer à la prévention du risque incendie ?
90 % des habitations détruites lors de feux de forêt se situent sur des terrains mal ou pas débroussaillés.
Le débroussaillement est la mesure individuelle la plus efficace pour limiter la propagation des flammes, réduire leur intensité et protéger sa maison : 90 % des habitations détruites lors de feux de forêt se situent sur des terrains mal ou pas débroussaillés. En 2026, cette obligation légale concerne 48 départements et 7 400 communes situées à proximité d'un massif forestier ou d'un espace naturel.
Plusieurs gestes permettent de préparer efficacement son terrain. Débroussailler de préférence en automne ou en hiver, avant la saison à risque, facilite les travaux et respecte le cycle biologique des végétaux. Autour des bâtiments, couper les branches basses des arbres évite qu'un feu ne progresse verticalement jusqu'à la canopée, où il devient très difficile à arrêter. Une zone dégagée, sans herbes hautes ni végétation morte proche des murs et des fenêtres, limite le risque qu'un vitrage éclate sous la chaleur et laisse le feu pénétrer dans la maison. Le choix des espèces plantées compte également : certains résineux très denses (comme le cyprès) accumulent de grandes quantités de feuilles mortes inflammables, tandis que des essences au feuillage plus aéré et gardant l'eau limitent ce risque. Espacer arbres et arbustes de plusieurs mètres, y compris les haies, interrompt la continuité du combustible.
D'autres précautions concernent les abords immédiats de l'habitation : éloigner tas de bois et citernes de gaz ou de fioul, éviter les équipements de jardin en matériaux inflammables (terrasses ou pergolas en bois, mobilier combustible), et privilégier les barbecues électriques. Nettoyer régulièrement gouttières et conduits de cheminée réduit enfin le risque d'ignition par les brandons – ces particules végétales enflammées transportées par le vent, capables de déclencher des incendies secondaires à distance du front de flammes.
Au-delà du geste individuel, des projets de recherche comme REDURISK ou OLD'ACT, menés par INRAE, étudient les freins à l'application de ces obligations et les leviers pour favoriser un passage à l'action, individuel comme collectif, dans les territoires exposés.
Références
1. 8 conseils pour aménager son jardin et protéger sa maison des incendies >>>
2. Débroussailler : comment protéger votre habitation des feux de forêt et de végétation ? jedebroussaille.gouv.fr
11. Quelles sont les projections des effets du dérèglement climatique sur l'activité des feux ?
Les travaux scientifiques convergent vers 3 évolutions majeures.
La première est une intensification des incendies dans les régions déjà exposées, avec davantage de grands feux.
La deuxième est une expansion géographique de l'activité des feux vers de nouveaux territoires, notamment le Centre-Val de Loire, le nord des Landes de Gascogne, la Dordogne, les contreforts du Massif central et certaines zones de montagne.
La troisième est un allongement de la saison des incendies, qui débutera plus tôt au printemps et se prolongera davantage en automne.
Selon les travaux de Météo-France, de l'ONF et d'INRAE, le nombre de grands incendies pourrait plus que doubler dans le massif landais d'ici la fin du siècle, tandis que les surfaces brûlées pourraient déjà augmenter d'environ 25 % dès 2030 par rapport à la période 2001-2020. La Gironde, les Landes et la Dordogne figurent parmi les départements les plus concernés.
Références
1. Le dérèglement climatique attise les risques de feux de forêts >>>
2. Synthèse sur la vulnérabilité des peuplements forestiers au feu >>>
3. Projections des effets du changement climatique sur l’activité des feux de forêts au XXIe siècle >>>
Pour aller plus loin
Tous nos travaux de recherche sur les incendiesComprendre et prévenir les départs et la propagation des feux de forêt, appuyer les politiques publiques et aider à la décision, soutenir la régénération des arbres sont les 3 piliers sur lesquels les travaux d’INRAE s’appuient. Tour d’horizon.