Alimentation, santé globale Temps de lecture 5 min
One Health Summit 2026 : une forte mobilisation des scientifiques du département Santé animale
Les 6 et 7 avril derniers, Lyon accueillait le One Health Summit 2026, réunissant scientifiques, décideur·euses publics, organisations internationales et représentant·es de la société civile autour d’un objectif commun : accélérer la mise en œuvre opérationnelle des approches One Health face aux grands défis sanitaires et environnementaux mondiaux.
Publié le 02 juillet 2026
Une mobilisation collective et interdisciplinaire
En amont du sommet politique, le colloque scientifique international One Health, One Science a réuni plusieurs centaines de chercheurs et chercheuses du monde entier afin d'élaborer des recommandations destinées aux décideur·ses. Les travaux ont porté sur des enjeux majeurs tels que les maladies infectieuses émergentes, la résistance aux antimicrobiens, les systèmes alimentaires, la pollution ou encore le partage des données et les dispositifs de gouvernance.
Les scientifiques de plusieurs unités du département Santé Animale d'INRAE (ASTRE, DSA, INTHERES, IVPC, TOXALIM) ont pris une part active à cette réflexion collective de même que l’équipe de l’initiative internationale PREZODE.
Cette mobilisation a également concerné une jeune scientifique d’INRAE. Doctorante au sein de l'unité TOXALIM, Mélanie Mobley a ainsi contribué, en amont du sommet, aux travaux collectifs ayant conduit à la rédaction du plaidoyer international porté par la jeunesse. Leur message rappelle que, pour beaucoup de jeunes, les crises sanitaires, environnementales et sociales ne relèvent pas d'un futur lointain mais de leur réalité immédiate. Elles et ils souhaitent être pleinement associé·es aux décisions et aux transformations qui façonneront leur avenir.
Du concept One Health à sa mise en œuvre concrète
Au-delà des constats désormais largement partagés, les échanges du colloque scientifique ont surtout porté sur une question centrale : comment transformer concrètement le concept One Health en actions opérationnelles ?
Un message fort est ressorti des discussions : les connaissances scientifiques existent déjà largement. Le défi réside désormais dans notre capacité collective à connecter les acteur·rices, partager les données, construire des dispositifs de prévention et de surveillance plus intégrés et renforcer les interfaces entre science, décision publique et société.
Le colloque a notamment insisté sur :
- l’importance d’approches préventives plutôt que réactives face aux risques sanitaires ;
- le développement de systèmes de surveillance intégrés entre santés humaine, animale et environnementale ;
- la nécessité de mieux articuler sciences biologiques, sciences sociales, économie et politiques publiques ;
- l’implication des citoyen·nes, des territoires et des décideur·euses dès la construction des projets, y compris de recherche ;
- et le besoin de renforcer les coopérations internationales face à des enjeux profondément interconnectés.
Plusieurs initiatives mises en avant lors du sommet illustrent déjà cette volonté de passer à l’action. C’est notamment le cas de PREZODE, initiative internationale portée par INRAE, le CIRAD et l’IRD avec de nombreux partenaires, qui vise à prévenir les risques d'émergence zoonotique à la source en renforçant les capacités de surveillance, de prévention et de préparation dans les territoires. Les annonces réalisées durant le sommet autour du développement de PREZODE témoignent de la volonté croissante de traduire les principes du One Health en dispositifs opérationnels mobilisant scientifiques, décideur·ses et acteur·rices de terrain à l'échelle internationale.
Ce que cela change pour les chercheurs et chercheuses
Le One Health Summit a rappelé un point important : une approche One Health ne se résume pas au fait de travailler sur un agent zoonotique, ni même à étudier une question située à l’interface entre humain, animal et environnement.
Le véritable enjeu est dans la manière dont nous construisons nos questions de recherche, nos projets et nos collaborations.
Les grands défis que nous devons désormais aborder ne relèvent plus d’un seul secteur ni d’une seule communauté scientifique. Comprendre l’émergence d’une maladie, prévenir l’antibiorésistance, évaluer les effets des pollutions ou accompagner la transition des systèmes alimentaires nous oblige à créer des interfaces de travail entre disciplines, mais aussi entre secteurs d’activité et communautés d’acteur·rices. L’interdisciplinarité reste essentielle, mais elle ne suffit pas toujours : nous devons également renforcer l’intersectorialité, en travaillant davantage avec les professionnel·les de la santé, de l’environnement, de l’agriculture, l’Etat, les collectivités, les organisations internationales, la société civile ou encore le monde économique.
Pour les scientifiques du département SA, cela implique de penser les projets de recherche dès leur conception dans une logique d’impact, d’usage et d’action :
- en associant les acteur·rices concerné·es en amont ;
- en intégrant les dimensions sociétales, économiques et territoriales ;
- en développant les liens avec l’appui aux politiques publiques, qu’elles soient territoriales, nationales ou internationales ;
- en réfléchissant, dès le départ, aux conditions concrètes de mobilisation des connaissances produites.
Cela ne veut pas dire que chaque projet doive tout embrasser. Les approches One Health peuvent se construire progressivement, à l’échelle d’un projet, d’un partenariat ou d’un territoire. L’important est de créer des connexions utiles, là où elles permettent de mieux comprendre, mieux prévenir ou mieux agir.
Le One Health ne se décrète pas. Il se construit concrètement dans les collaborations que nous choisissons, dans les questions que nous formulons avec les autres, dans les données que nous partageons, dans les interfaces que nous faisons vivre et dans notre capacité collective à transformer les connaissances en action.
Pour en savoir plus :
Entretien avec Mélanie, participante de l'évènement jeunesse
Mélanie Mobley, doctorante à l’UMR Toxalim, du centre Occitanie-Toulouse, a participé à l’évènement jeunesse du One Health Summit. Elle nous explique pourquoi et comment elle s’est impliquée dans ce groupe de travail.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
"Je m’appelle Mélanie Mobley, j’ai 27 ans. Je suis de nationalité luxembourgeoise, et j’ai fait ma scolarité au Luxembourg avant les études supérieures. J’ai fait ma licence à Montpellier puis un master de biologie-santé à Toulouse. C’est au cours de ce master que j’ai effectué mon stage dans l’équipe où je suis actuellement doctorante : je suis en 2ème année de thèse. Il s’agit de l’équipe « neuro-gastroentérologie et nutrition » de l’unité Toxalim, où l’on s’intéresse à l’exposition du système digestif à des contaminants alimentaires. Pour ma thèse, je m’intéresse plus précisément aux nanoplastiques issus de la dégradation des déchets plastiques dans l’environnement et à leur impact sur la santé humaine. "
Comment s’est faite votre implication dans le OH Summit ?
"Tout a commencé par un message de la directrice adjointe de l’unité qui, après discussion au sein de l’équipe de direction, m’a indiqué que le département Santé animale cherchait des candidats qui pourraient être intéressés pour participer au Sommet One Health. Compte tenu de ma thématique qui se situe dans ce contexte « Une seule santé », j’ai dit oui, même si au départ, ce qu’on attendait de moi n’était pas tout à fait clair. Mais ce que j’avais bien compris, c’est qu’on recherchait des jeunes voulant s’engager pour cette cause.
J’ai eu le sentiment très vite d’une grande responsabilité, pour notamment représenter INRAE. Mais je mesurais aussi l’énorme opportunité de pouvoir participer à cet évènement. Tout est allé très vite, c’était quelques semaines avant le sommet, fin février. On m’a sollicitée le vendredi, j’ai dit oui le lundi et j’ai assisté dès l’après-midi à une première réunion. J’ai pu aussi rencontrer la direction du département présente à Toulouse la semaine suivante pour en discuter.
Le projet était de contribuer à la réalisation d’une vidéo qui serait diffusée aux chefs d’Etat présents au sommet le 7 avril. Et puis le 6 avril avait lieu un évènement jeunesse avec des interventions, une table ronde, et la présentation du plaidoyer à rédiger avec la formulation de recommandations…."
Quel a été le déroulement du travail jusqu’à l’évènement ?
"La première réunion, à distance, a consisté en un tour de table, nous étions une quinzaine. Chacun s’est présenté et a exprimé ce qu’il entendait par One Health, a parlé de ses priorités, en tant que jeune, ce qu’il attendait des décideurs politiques. Les jeunes présents n’étaient pas tous du milieu de la recherche, il y en avait beaucoup impliqués dans des associations pour l’environnement, ou la santé. J’étais impressionnée au départ, car il s’agissait pour certains de militants, et tous semblaient être à l’aise dans cet environnement, qui n’était pas le mien. J’ai été très inspirée par la façon dont ils argumentaient, connaissant déjà très bien le monde politique.
Finalement, la vidéo était destinée aux acteurs politiques qui seraient présents, mais le plaidoyer était destiné à un public plus large, certes sensibilisé au sujet, et intéressé par cette cause. Ce qui me semblait clair, ce sont les messages que je souhaitais porter, à savoir faire entendre la voix de la recherche. Mais je savais aussi que malheureusement je ne pourrais pas être présente à Lyon en raison de mes expérimentations, même si c’était le weekend de Pâques ! Mais j’avais confiance dans ce groupe, venant de France et des pays du Sud, qui porterait la voix de la jeunesse, consciente que le concept d’une seule santé nous concerne tous, et toute la planète.
Après la 2ème réunion, et jusqu’à début avril, nous avons beaucoup travaillé en ligne sur des documents partagés. L’un était le plaidoyer qui comportait différentes parties (formation, financement, engagement, gouvernance, collaboration), l’autre pour le script de la vidéo qui était une version courte et en images du plaidoyer.
Ma contribution personnelle a été évidemment en lien avec mon expérience en laboratoire et ma thèse. Je voulais insister sur 3 points, le financement de la recherche et des projets qui intègrent l’approche One Health, l’intégration de jeunes et de personnes de différents horizons (par exemple les populations autochtones) dans les commissions de décision à toutes les échelles, la vulgarisation des savoirs par des jeunes scientifiques qui pourraient être ambassadeurs de la science. J’estime que ces 3 points se retrouvent bien dans les livrables, je les entends dans la vidéo ("Message de la jeunesse") et ils sont dans le plaidoyer ("La jeunesse interpelle le monde"), même si ce n’est qu’au travers de quelques mots de ce long document."
Que vous a apporté cette expérience ?
"Ce fut très inspirant pour moi, de côtoyer d’autres jeunes, avec leur vision, et de voir leur engagement pour cette cause. Je considère comme un honneur d’avoir pu contribuer à cet évènement et exprimer des idées importantes pour un sujet qui concerne chacun d’entre nous.
Je n’ai donc pas pu assister à l’évènement à Lyon, mais l’aventure n’est pas terminée… Des réunions mensuelles ont lieu jusqu’à la fin de l’année, pour creuser les sujets, aller plus dans le plaidoyer et communiquer par d’autres voies, un communiqué de presse, un policy brief… Tout est en réflexion pour le moment."
A suivre….
En savoir plus sur les recherches de Mélanie
Pouvez-vous nous en dire plus sur votre projet de thèse ?
"Pour ma thèse, je m’intéresse plus particulièrement aux nanoplastiques, c’est-à-dire aux plastiques d’une taille inférieure à 1 micromètre, et leur impact sur la santé humaine. Je me situe dans le contexte « Une seule santé » car je travaille avec des nanoplastiques que je synthétise au laboratoire à partir de plastiques collectés dans l’environnement. Ces nanoplastiques ne sont donc pas uniquement de polymères et d’additifs chimiques : ils sont chargés des contaminants présents dans l’environnement des déchets plastiques à partir desquels ils sont synthétisés. Mon projet s’intéresse à la pollution dans l’Arctique, et montrer comment la pollution environnementale affecte aussi les humains, et la santé de la terre entière. L’impact des actions humaines dans un endroit donné peut affecter des personnes à l’autre bout du monde.
Prenons l’exemple de l’Arctique : les plages y sont polluées, pas par la population locale, mais par tout ce qui arrive par la mer. Au début de ma thèse, j’ai participé à une collecte de déchets organisée par l’ONG Ocean Missions en Islande. Ces opérations impliquent les populations locales et cela participe de l’aspect One Health de mon projet : ces populations sont très connectées à la nature et aux animaux.
Parmi les 100kg de déchets collectés lors des deux premiers nettoyages de la saison d’été sur les plages islandaises en 2025, j’ai choisi les plastiques les plus vieillis et j’en ai ramené 15kg dans ma valise ! Je les ai triés en fonction du type de polymère : polystyrène, polypropylène et polyéthylène, qui sont les plastiques les plus retrouvés sur les plages. D’une part, ce sont les plus utilisés et d’autre part, en raison de leur densité, ils flottent et échouent sur les plages. Mais il y a beaucoup d’autres plastiques qui peuvent se retrouver au fond des océans.
Maintenant, pour ma 2ème année de thèse, je m’attache à la partie toxicologique. J’étudie notamment l'impact des nanoplastiques sur des modèles cellulaires de l'intestin, première barrière pour l’entrée dans l’organisme. Je ne pourrais pas distinguer l’effet du plastique sous sa forme particulaire de celui des autres contaminants présents (PFAS, contaminants organiques, métaux et éléments traces). Le nanoplastique agit en effet comme un véritable cheval de Troie, embarquant de nombreux contaminants qui peuvent ensuite être libérés dans notre corps et impacter notre santé."
Mélanie, on se donne rendez-vous pour vos prochains résultats ?