Impact mondial des plastiques sur la vie en bonne santé

Pour la première fois une étude quantifie les impacts néfastes des plastiques sur la santé humaine tout au long de leur cycle de vie. Elle estime que 83 millions d’années de vie en bonne santé seront perdues par la population mondiale d’ici 2040 si l’usage des plastiques reste identique à aujourd’hui. Parus dans The Lancet Planetary Health, ces travaux ont été menés par des scientifiques français du centre INRAE Occitanie-Toulouse et anglais.*

Publié le 23 février 2026

© Pixabay

Le cycle de vie des plastiques émet toute une série de gaz et de polluants qui provoquent des effets délétères sur l’environnement et la santé humaine. Ces émissions se produisent à toutes les étapes de la chaîne de valeur des plastiques, de l’extraction du pétrole à la production du plastique jusqu’à son usage et sa dégradation dans l’environnement, ce qui rend le système d’autant plus complexe à étudier. Même si certains impacts sont aujourd’hui connus et quantifiés, comme l’augmentation des températures due aux gaz à effet de serre, personne n’avait encore évalué l’impact global généré par les plastiques sur la santé humaine.

Réduire la production de plastiques

À l'aide d'une approche hybride originale d'analyse des flux de matières et d’analyse du cycle de vie (ACV) des plastiques, cette étude compare quantitativement les effets sur la santé humaine en années de vie « en bonne santé » dans différents scénarios de consommation mondiale entre 2016 et 2040. L'analyse des flux de matières quantifie les flux de plastiques dans un périmètre géographique et temporel donnés, et l’analyse du cycle de vie mesure les effets du plastique sur l’environnement et la santé, de leur production à leur dégradation. 

Ce modèle a ainsi permis d’estimer les impacts mondiaux sur la santé des gaz à effet de serre, des particules et de certaines émissions chimiques associées aux plastiques couramment présents dans les déchets solides municipaux (64 % de la production mondiale de plastiques), depuis leur production, leur transport, leur recyclage, leur fin de vie, ainsi que ceux associés à des matériaux alternatifs à usage unique et à des systèmes de réutilisation du verre. Le périmètre n’inclut pas les effets liés à l’exposition aux micro- et nanoplastiques ou aux substances émises pendant l’usage, faute de données d’inventaire disponibles.

Si l’utilisation du plastique reste comparable à aujourd’hui, les scientifiques estiment que 83 millions d’années de vie « en bonne santé », ou années de vie corrigées de l’incapacité (AVCI**), seront perdues d’ici 2040 dans le monde. Ce chiffre correspond au cumul entre 2016 et 2040 des AVCI associées au scénario de statu quo. Il est obtenu en couplant les flux annuels de plastiques du modèle Plastics-to-Ocean avec des facteurs d’impact ACV (exprimés en AVCI par tonne), calculés à partir d’inventaires du cycle de vie, puis en sommant les contributions de toutes les étapes et de toutes les années. 

Les scénarios les plus ambitieux montrent, pour 2040, que jusqu’à 43% des impacts annuels (en termes d’AVCI) peuvent être atténuées en combinant plusieurs actions : réduction de la production mondiale totale de plastiques primaires, amélioration de la collecte et de l'élimination des déchets, augmentation du recyclage et remplacement de certains plastiques par des matériaux alternatifs et des systèmes de réutilisation. De plus, la réduction de la production de plastiques primaires, sans substitution de matériaux, est le levier unique le plus efficace pour réduire les émissions et alléger les charges sanitaires associées. Les émissions provenant de la production primaire de plastiques ont été la principale cause des effets sur la santé dans tous les scénarios.

Un outil pour l’appui aux politiques publiques

Grâce à ce modèle d’évaluation, qui permet de quantifier les impacts néfastes des plastiques sur la santé humaine tout au long de leur cycle de vie, les scientifiques souhaitent contribuer à l'élaboration de politiques efficaces pour lutter contre la pollution plastique. Afin d’opérer la transition, cette étude montre qu’il est nécessaire dès aujourd’hui de prévoir des réductions importantes de la production primaire, avec des évaluations qui tiennent compte de l’impact des plastiques dans tous les secteurs y compris lors de leur utilisation. Ceci implique notamment une mise à disposition de la composition des plastiques, ce qui n’est pas le cas actuellement. 

*London School of Hygiene and Tropical Medecine et Université d'Exeter

** L’AVCI est un indicateur utilisé notamment dans le milieu des assurances, qui correspond à un nombre d’années de vie « en bonne santé » perdues pour chaque problème de santé

Référence :

Deeney, Megan et al. Global health burdens of plastics: a lifecycle assessment model from 2016 to 2040, The Lancet Planetary Health, Volume 10, Issue 1, 101406

DOI: 10.1016/j.lanplh.2025.101406

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