Décaler les pulvérisations de pesticides vers la nuit réduit la mortalité des abeilles mellifères

Une étude menée par INRAE et l'ITSAP-Institut de l'Abeille montre que l'application nocturne d'un pesticide réduit fortement l'exposition et la mortalité des abeilles mellifères par rapport à une pulvérisation effectuée en journée. Menés dans des conditions proches du terrain, ces travaux apportent, pour la première fois, des preuves expérimentales du bénéfice de cette pratique.

Publié le 23 juillet 2026

© INRAE, Cédric Alaux

Le moment du traitement fait la différence

L'exposition des pollinisateurs aux pesticides reste un enjeu d’importance pour une agriculture durable. Afin de réduire ce risque, la réglementation recommande d'éviter les traitements pendant les périodes de butinage. Cependant, les avantages de cette pratique n’avaient pas encore été évalués dans des conditions expérimentales proches de celles rencontrées lors de l'application de pesticides sur des cultures en fleurs. Des chercheurs d'INRAE et de l'ITSAP-Institut de l'Abeille ont donc comparé les effets d'une pulvérisation d'un insecticide, réalisée en journée ou juste après le coucher du soleil, sur des colonies d'abeilles mellifères.

Une mortalité limitée après une pulvérisation nocturne

Abeilles mellifères sur une fleur de phacélie
Abeilles mellifères sur une fleur de phacélie © INRAE, Cédric Alaux

L'étude publiée dans la revue Environmental Chemistry and Ecotoxicology a été menée sur des parcelles de phacélie en fleurs traitées avec un insecticide à base de lambda-cyhalothrine et de pirimicarbe. L'activité des abeilles, leur mortalité et leur exposition à ces substances ont été suivies grâce à des compteurs vidéo automatisés et à des analyses de résidus. Les résultats montrent qu'une application réalisée en journée a plus que doublé la mortalité des abeilles en 24 heures, avec des effets qui ont persisté pendant trois jours. À l'inverse, aucune augmentation détectable de la mortalité n'a été observée lorsque le traitement était effectué après le coucher du soleil (un créneau où les abeilles, rentrées à la ruche pour la nuit, ne sont plus en contact direct avec les fleurs traitées). Le produit dispose ainsi de plusieurs heures pour se dégrader avant la reprise du butinage le lendemain matin.

De faibles doses, mais des effets bien réels

Ruche équipée d’un compteur d’abeilles en bordure d’une culture de phacélie sous tunnel
Ruche équipée d’un compteur d’abeilles en bordure d’une culture de phacélie © INRAE, Cédric Alaux

Les quantités d'insecticide retrouvées chez les abeilles étaient faibles, bien en dessous des seuils de toxicité réglementaires. Pourtant, elles étaient associées à une augmentation significative de la mortalité  lors des applications réalisées en journée et dans les conditions de l'étude. Ces résultats montrent que des expositions limitées peuvent malgré tout avoir des conséquences sur le terrain. Ils soulignent ainsi les limites des tests de toxicité aiguë réalisés en laboratoire pour prédire les effets réels d'un pesticide sur les abeilles et l'importance de compléter ces essais par des études menées dans des conditions proches du terrain.

Une piste pour mieux protéger les abeilles, à compléter par de nouvelles recherches

Ces travaux montrent que le choix de l'horaire d'application constitue une mesure simple pour réduire l'impact des traitements insecticides sur la mortalité des abeilles mellifères, sans modifier les produits utilisés ni le calendrier des interventions. Ils renforcent l'intérêt d'intégrer ce paramètre dans les pratiques de protection des cultures. Il reste toutefois des zones d'ombre : cette étude n'a pas évalué les effets sur les pollinisateurs actifs la nuit, comme certains papillons nocturnes, ni les effets à plus long terme sur la santé des colonies. 

Référence : Berger-Dauxere A., Fourrier J., Jacques P., Crauser D., Pioz M., Alaux C. (2026) Timing Matters: Nighttime pesticide application reduces honeybee exposure and acute mortality. Environmental Chemistry and Ecotoxicology, https://doi.org/10.1016/j.enceco.2026.06.014

Arnaud Ridel

Rédacteur

Département Santé des Plantes et Environnement

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Cédric Alaux

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