Addiction alimentaire : les réponses cérébrales varient en fonction de la sévérité
Les patients obèses rapportent fréquemment une impulsivité ou une perte de contrôle de leur alimentation, pouvant refléter un dysfonctionnement lié à l’addiction alimentaire au niveau des régions cérébrales impliquées dans le traitement de la récompense et du contrôle cognitif. L’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) pourrait aider à identifier les anomalies de processus neurocognitifs spécifiques de l’addiction alimentaire. Chez des patients en obésité, avec ou sans addiction, les auteurs ont cherché à identifier les réponses spécifiques dans les régions cérébrales impliquées dans les processus hédoniques et motivationnels (striatum) et le contrôle cognitif (e.g. cortex préfrontal) en fonction de la sévérité de l’addiction alimentaire.
Publié le 07 septembre 2026
Dans cette étude prospective, observationnelle et monocentrique, 40 femmes souffrant d’obésité modérée ou sévère ont été recrutées. Différents questionnaires ont permis d’évaluer la présence d’une addiction alimentaire, d’hyperphagie boulimique ou de symptômes anxiodépressifs. Une séance d’IRMf a permis d’évaluer les réponses cérébrales à des images d’aliments plus ou moins appétissants, ainsi que la connectivité fonctionnelle au repos.
Vingt-trois des 40 patientes incluses souffraient d'addiction alimentaire. Dans la condition de tâche alimentaire, les images peu et fortement appétissantes ont activé des régions cérébrales similaires, mais la sévérité de l’addiction alimentaire était associée à une activation réduite du striatum dorsal et du gyrus précentral en réponse aux images fortement appétissantes. Au repos, la sévérité de l'addiction alimentaire était corrélée négativement à la connectivité fonctionnelle entre plusieurs régions cérébrales, telles que le cortex cingulaire antérieur et le noyau accumbens gauche, et positivement à la connectivité fonctionnelle entre l'amygdale gauche et l'hippocampe. Par ailleurs, la sévérité de l'addiction alimentaire était associée à une augmentation de l’hyperphagie boulimique, mais pas aux symptômes d'anxiété et de dépression.
Le fait que l’addiction alimentaire soit associée à des réponses cérébrales aux images alimentaires appétissantes et une connectivité fonctionnelle altérées laisse supposer des anomalies du réseau corticostriatal impliqué dans la motivation, la prise de décision et le contrôle cognitif inhibiteur de la prise alimentaire. Cette variabilité interindividuelle de fonctionnement cérébral suggère que des stratégies thérapeutiques dédiées pourraient être utiles aux patients en obésité souffrant d'addiction alimentaire. Ces résultats constituent donc une avancée notoire vers la compréhension de l’addiction alimentaire, un meilleur phénotypage ou diagnostic des patients en obésité, et une prise en charge plus adaptée capable de proposer des solutions thérapeutiques personnalisées. En parallèle, une nouvelle étude clinique explore chez des patientes obèses avec addiction la possibilité d’accroître leur contrôle cognitif inhibiteur via une approche de neurofeedback guidé par l’imagerie.
La sévérité de l’addiction alimentaire est associée à une diminution des réponses et de la connectivité fonctionnelle dans les zones cérébrales impliquées dans les émotions et le contrôle cognitif.
Référence : https://doi.org/10.1016/j.clnu.2025.06.001