Alimentation, santé globale 4 min

Tiques : la piste du vaccin

Grâce à la mise au point d’un dispositif in vitro pour étudier le repas sanguin des tiques, les chercheurs ont identifié et caractérisé un candidat vaccinal potentiel dont le rôle est central dans les interactions entre les tiques, leurs hôtes et les agents pathogènes.

Publié le 15 mai 2020

illustration Tiques : la piste du vaccin
© INRAE

Un dispositif d’étude du repas sanguin in vitro

Sarah Bonnet et son équipe ont mis au point un dispositif expérimental d’étude des tiques in vitro,. Ce dispositif permet d’analyser, sans utiliser des animaux comme source de repas sanguin, la composition du sang utilisé pour nourrir les tiques et d’y détecter les agents pathogènes transmis. De plus, il permet d’éviter d’utiliser des animaux des animaux vivants et a été récompensé à ce titre par le prix Alfred Kastler 2015.

De nouveaux agents infectieux identifiés comme étant transmis par les tiques

Grâce à ce dispositif in vitro, les chercheurs ont pu apporter la preuve formelle que l’espèce de tique Ixodes ricinus, prédominante en Europe, peut transmettre la bactérie responsable de la maladie des griffes du chat1que l’on savait déjà transmise par les puces, ainsi qu’un parasite responsable d'une babésiose2émergente chez le chevreuil, pouvant potentiellement toucher l’homme.

Les glandes salivaires de la tique comme objet d’étude

Expérience de salivation d'une tique en laboratoire
Photographie à la loupe binoculaire (x 15) d'une expérience de salivation de tique Ixodes ricinus en laboratoire.

C’est par la salive que la tique transmet les agents pathogènes dans le sang de son hôte. Par la salive aussi, la tique transmet différents composés nécessaires au bon déroulement du repas sanguin : anticoagulants, immunodépresseurs, antidouleurs, anti-inflammatoires… Les chercheurs ont comparé les glandes salivaires des tiques selon qu’elles portent ou non un agent pathogène3. Ils ont mis en évidence quelques 800 gènes surexprimés dans les glandes salivaires des tiques infectées. Ils se sont alors focalisés sur le gène le plus surexprimé, appelé IrSPI. Si on inhibe ce gène, la tique absorbe moins de sang et la bactérie pathogène se transmet moins bien. Des travaux récents ont montré que la protéine IrSPI a un rôle immunodépresseur (elle diminue la prolifération de lymphocytes T) et anti-inflammatoire (elle diminue la sécrétion de molécules responsables de l’inflammation qui perturbent le repas de la tique). En réduisant les défenses immunitaires de l’hôte, IrSPI4facilite donc à la fois le gorgement de la tique et l’infection de l’hôte par les agents pathogènes transmis.

La piste du vaccin anti-tique

La protéine IrSPI pourrait servir de base à l’élaboration d’un vaccin anti-tique. En effet, les anticorps induits chez l’animal contre cette protéine devraient gêner la prise du repas sanguin et bloquer la transmission de l’agent pathogène. Des tests d’efficacité vaccinale sont prévus prochainement chez le mouton.  En cas de résultats positifs, ces recherches pourront alors être appliquées aux animaux domestiques avant d’envisager une application chez l’homme.

En ciblant la tique, et non l’agent pathogène, cette stratégie permettrait de lutter efficacement contre les différents agents infectieux transmis par les tiques. 

 1 Bartonella henselae. Parallèlement, les travaux de l’équipe de Muriel Vayssier-Taussat (unité Bipar) ont montré la présence de plusieurs espèces de bactéries du genre Bartonella dans le sang de patients piqués par des tiques.
2 Babésiose : parasitose qui affecte les mammifères sauvages, mais aussi les bovins et plus rarement l'homme. Maladie proche du paludisme.
3 En l’occurrence, la bactérie Bartonella henselae responsable de la maladie des griffes du chat.
4 Ce gène IrSPI code une protéine inhibitrice de sérine protéases.

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Pascale MollierRédactrice

Contacts

Sarah BonnetUMR0956 BIPAR Biologie Moléculaire et Immunologie Parasitaires et Fongiques

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