Et si les déchets agricoles ou alimentaires remplaçaient le pétrole ?

Plus de 130 chercheurs, enseignants-chercheurs, doctorants, étudiants et acteurs socio-économiques se sont réunis à Montpellier en mai dernier lors d'un premier atelier consacré aux bioressources, à la sobriété et à la bioéconomie. À l’issue de ces concertations a été lancée l’Initiative Clé « Bioressources et Bioéconomie » dans le cadre du programme d’Excellence I-SITE de Montpellier coportée par l’unité mixte de recherche IATE (INRAE, L’Institut Agro Montpellier, Université de Montpellier) et l’unité de recherche Recyclage et Risque (Cirad).

Publié le 07 juillet 2026

© INRAE

Et si la paille des céréales, les sarments de vigne, les copeaux de bois ou les déchets alimentaires devenaient les matériaux, les emballages, les molécules, les énergies ou les fertilisants de demain ? C'est tout l'enjeu de la bioéconomie, qui consiste à remplacer progressivement les ressources fossiles par des ressources renouvelables issues du vivant, tout en limitant les déchets grâce à l'économie circulaire. Une telle transition repose non seulement sur des innovations technologiques, mais elle interroge également l'organisation des territoires, la structuration des filières, les modèles économiques, les usages, la règlementation et l'acceptabilité sociale. La bioéconomie mobilise ainsi à la fois les sciences de l'ingénieur, les sciences du vivant et les sciences humaines et sociales pour construire des solutions adaptées aux ressources, aux acteurs et aux spécificités de chaque territoire.

À Montpellier, cette ambition vient de franchir une étape importante. En mai 2026, plus de 130 chercheurs, enseignants-chercheurs, doctorants, étudiants et acteurs socio-économiques se sont réunis lors d'un premier atelier consacré aux bioressources, à la sobriété et à la bioéconomie. Cette journée a mis en évidence le dynamisme exceptionnel de la recherche locale et la nécessité de mieux fédérer les compétences. De cette concertation est issue l’Initiative Clé Bioressources et bioéconomie. Son ambition : faire émerger un réseau scientifique de référence sur ces thématiques, capable d'accompagner les transitions écologiques, industrielles et territoriales. Portée par Claire Mayer-Laigle (INRAE, UMR IATE) et Tom Wassenaar (CIRAD, unité de recherche Recyclage et Risque), cette Initiative Clé implique directement, au moment de son démarrage, près de 40 chercheurs issus de 18 laboratoires de Montpellier. Le projet bénéficie d’un financement de 375 000 euros sur deux ans dans le cadre des projets du programme d’Excellence I-SITE de l'Université de Montpellier afin de créer et d’animer cette communauté scientifique.

Donner une seconde vie aux ressources du vivant

Les bioressources désignent toutes les matières premières d'origine biologique qui peuvent, possiblement, être valorisées : coproduits agricoles, forestiers et agroalimentaires, résidus d’assainissement, biomasses lignocellulosiques et algales, biodéchets. Ces ressources, longtemps considérées comme de simples déchets, deviennent progressivement des matières premières de circuits de valorisation plus ou moins locaux, renforçant la résilience des socio-écosystèmes. 

Ainsi, par exemple, la paille de blé, une fois la récolte terminée, peut être transformée en panneaux isolants pour le bâtiment, en emballages biosourcés ou en molécules utilisées dans l'industrie, plutôt que d'être perdue ou brûlée. Autre exemple : les déchets alimentaires d'une cantine peuvent produire du biogaz pour fabriquer de l'énergie. Le résidu issu de cette transformation devient ensuite un fertilisant pour les cultures. Une même ressource est ainsi valorisée plusieurs fois, limitant le gaspillage et réduisant le recours aux ressources fossiles.

Une approche unique en France

Si plusieurs sites de recherche en France développent déjà des travaux dans le domaine de la bioéconomie, ceux-ci sont le plus souvent structurés autour d'approches disciplinaires ou de filières spécifiques. L'originalité de la démarche portée à Montpellier repose sur une approche transdisciplinaire associant sciences du vivant, sciences pour l'ingénieur, sciences économiques et sociales, afin d'accompagner la valorisation des bioressources locales et la construction de filières adaptées aux spécificités des territoires. La communauté entend s’outiller pour être en capacité d’éclairer, en toute situation et de manière systémique, toutes les voies de valorisation offertes par les bioressources présentes.

Le projet prévoit notamment de cartographier les bioressources disponibles, de développer un atlas numérique des compétences, des procédés et des ressources, de soutenir des projets interdisciplinaires, de renforcer les liens avec les entreprises et les collectivités et de former une nouvelle génération de chercheurs aux enjeux de la bioéconomie.

Un enjeu scientifique… mais aussi économique

Au-delà de la recherche, cette initiative clé entend contribuer à l'émergence de nouvelles filières économiques fondées sur les ressources du vivant. En rapprochant scientifiques, entreprises, collectivités et acteurs des territoires, l'initiative ambitionne de développer des innovations capables de réduire la dépendance aux ressources fossiles, de créer de la valeur à partir de biomasses aujourd'hui peu exploitées et d'accompagner les transitions écologiques en France comme dans les territoires méditerranéens et tropicaux.

MINA VILAYLECK

Communication

Centre INRAE Occitanie-Montpellier

Contacts scientifiques

CLAIRE MAYER-LAIGLE

DIRECTRICE DE RECHERCHE

INRAE – UMR IATE

TOM WASSENAAR

CHERCHEUR

CIRAD – UR RECYCLAGE ET RISQUE

Le centre

Le département

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Bioéconomie

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