Agroécologie Temps de lecture 4 min
Sauge sclarée : le génome révèle l'origine d'un puissant mécanisme naturel de défense
Identification des mécanismes génétiques à l'origine de la production du sclaréol, une molécule naturelle aux propriétés antifongiques remarquables, par une équipe internationale coordonnée par l'Institut des sciences des plantes Paris-Saclay (IPS2, INRAE/CNRS/université Paris-Saclay). Les travaux, publiés dans la revue Nature Communications, montrent comment l'évolution a permis à la sauge sclarée de développer une nouvelle arme chimique pour se protéger contre les maladies.
Publié le 10 juin 2026
Une molécule naturelle aux multiples atouts
La sauge sclarée (Salvia sclarea) est une plante aromatique bien connue de l'industrie des parfums. Elle produit naturellement le sclaréol, une molécule appartenant à la famille des terpènes, qui possède notamment des propriétés antifongiques lui permettant de se défendre contre certains agents pathogènes.
Jusqu'à présent, l'origine de cette capacité restait inconnue. Grâce au séquençage complet du génome de la plante et à des analyses génétiques avancées, les chercheurs ont pu retracer l'histoire évolutive de cette molécule.
Quand l'évolution invente de nouvelles fonctions
L'étude révèle qu'un gène ancestral impliqué dans la biosynthèse des terpènes a été dupliqué il y a relativement peu de temps au cours de l'évolution. Cette copie a progressivement acquis une nouvelle fonction, un phénomène appelé néofonctionnalisation"
Ce nouveau gène permet aujourd'hui à la plante de produire le précurseur du sclaréol dans des structures spécialisées situées à la surface des feuilles et des tiges : les trichomes glandulaires, de minuscules poils sécréteurs qui constituent une première ligne de défense contre les agressions extérieures.
Une découverte au service de l'agroécologie et de l’agriculture de demain
Ces résultats ouvrent de nouvelles perspectives pour le développement d'alternatives naturelles aux produits phytosanitaires de synthèse.
En identifiant les mécanismes génétiques qui contrôlent la production du sclaréol, les chercheurs fournissent également de nouvelles pistes pour sélectionner ou développer des variétés végétales capables de mieux résister aux maladies tout en réduisant le recours aux intrants chimiques.
Cette découverte s'inscrit pleinement dans les objectifs de la transition agroécologique et du développement de solutions de biocontrôle fondées sur les capacités naturelles des plantes.
Une expertise de pointe en génomique végétale
L'étude a mobilisé plusieurs expertises complémentaires de l'unité IPS2, associant génomique de nouvelle génération, bioinformatique, biologie moléculaire, transcriptomique et métabolomique.
Les chercheurs ont notamment réalisé un assemblage complet du génome de la sauge sclarée, dit télomère à télomère (T2T), permettant d'obtenir une vision sans précédent de l'organisation de son patrimoine génétique. Ils ont ainsi montré que les gènes impliqués dans la biosynthèse du sclaréol sont regroupés au sein d'un même cluster génétique et spécifiquement activés dans les trichomes glandulaires.
Ces connaissances ouvrent également des perspectives pour l'ingénierie métabolique et la production durable de molécules naturelles à haute valeur ajoutée utilisées en agriculture, en cosmétique ou en parfumerie.
En savoir plus
Ce projet a bénéficié du soutien de l'Agence nationale de la recherche via le projet EXPLOR’AE et le LabEx Saclay Plant Sciences (SPS).
Référence :
Dong F., Verdenaud M., Adam G. et al. (2026). Neofunctionalization underlies the evolutionary origin of sclareol biosynthesis in the mint family. Nat Commun. https://doi.org/10.1038/s41467-026-73637-5