Changement climatique et risques Temps de lecture 2 min
Rôle des colloïdes dans la libération des PFAS contenus dans des sols pollués
Les PFAS, surnommés « polluants éternels » en raison de leur grande persistance dans l’environnement, peuvent contaminer les ressources en eau. Des scientifiques d’INRAE, de l’Université Gustave Eiffel et du CNRS ont mis en évidence le rôle des colloïdes du sol dans le transport de ces substances vers les eaux souterraines. Publiés dans la revue Journal of Hazardous Materials, leurs travaux permettent de mieux comprendre la mobilité des PFAS dans les sols et d’affiner l’évaluation des risques de contamination des ressources en eau.
Publié le 15 octobre 2026
Les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS), qualifiées de "polluants éternels" dans les médias, constituent une grande famille de molécules utilisées dans un nombre considérable d’applications. Ce sont aussi des polluants persistants qui peuvent être néfastes pour la santé.
Leur devenir dans les eaux de surface et souterraines est étudié depuis 25 ans, mais il l’est depuis plus récemment dans les sols. Ces derniers jouent un rôle clé en retenant certains PFAS, retardant ainsi leur arrivée dans les réserves d’eau souterraine, et limitant leur transfert vers les cultures. Cette rétention momentanée est due à l’affinité qu’ont les PFAS pour les constituants minéraux et organique des sols : ils se lient à leurs surfaces, d’autant plus que les chaines fluorées des PFAS sont longues. Ainsi, les substances ayant les chaines fluorées les plus longues devraient être peu mobiles et peu présentes dans les eaux souterraines. Pourtant, certaines études y ont identifié leur présence.
Des scientifiques d’INRAE, de l’Université Gustave Eiffel et du CNRS, réunis dans le cadre d’un projet financé par l’ADEME, ont montré qu’un mécanisme particulier de transport dans le sol est à l'origine de cette présence inattendue.
La mobilité des PFAS ayant une forte affinité pour le sol provient du fait que les particules minérales et organiques sur lesquelles ils sont liés peuvent devenir mobiles lorsque l’eau circule dans le sol, que ce soit à cause de l’action mécanique de l’eau dans les pores ou de changements chimiques de la qualité de l’eau (pH, salinité). Ainsi, ces particules appelées colloïdes (tailles allant de quelques nanomètres à quelques micromètres) facilitent le transport vers les eaux souterraines de PFAS qui serait autrement peu mobiles.
Pourquoi c’est important ? Ces résultats obligent à reconsidérer le modèle conceptuel courant de mobilité des PFAS qui ont une forte affinité pour le sol. Leur mobilité dépend non seulement de l’affinité PFAS pour le sol, mais aussi des mécanismes qui contrôlent la mobilisation, le transport et la stabilité des colloïdes. C’est une information importante pour pouvoir implémenter des modèles informatiques permettant de prédire avec précision les risques de contamination par les PFAS de captages d’eau souterrains.
Ces résultats ont été acquis en prélevant quatre monolithes de sol sur un ancien site d’entrainement des pompiers contaminé par des PFAS provenant de mousses anti-incendie. Une pluie de 20 mm a été réalisée sur ces monolithes. L’eau ayant percolé à travers le sol a été recueillie dans 12 échantillons d’environ 25 ml. La concentration de 39 PFAS a été mesurée deux fois dans chaque échantillon : avant et après centrifugation, de façon à pouvoir distinguer les PFAS liés aux colloïdes et ceux en solution. Il s’agit de la toute première étude considérant le transport en phase colloïdale dans des sols structurés.
Autres partenaires :
MR EPOC (CNRS, Université de Bordeaux)
Laboratoire Eau et Environnement de l’Université Gustave Eiffel,
Les travaux ont été financés par l’ADEME à travers le projet IPANEMA lors de l’appel à projet GESIPOL en 2021.Ils sont issus de la thèse d’Elisabeth Fries, dont la bourse a été cofinancée par le département AgroEcoSystem d’INRAE et par l’Université Gustave Eiffel.
Publication :
https://doi.org/10.1016/j.jhazmat.2026.142279