Rapport GEO-7 : un diagnostic sans équivoque sur l’état de l’environnement mondial

Publié par le Programme des Nations unies pour l’environnement, le septième Global Environment Outlook (GEO-7) dresse un état des lieux exhaustif et détaillé de l’environnement mondial. Mobilisant 287 scientifiques de 82 pays, ce rapport de référence montre que la poursuite des trajectoires actuelles aurait un coût environnemental, social et économique considérable, tandis que des transformations profondes des systèmes humains sont nécessaires et possibles. INRAE y contribue à travers la coordination d’un chapitre consacré à la gouvernance des transformations systémiques.

Publié le 22 janvier 2026

© Pixabay

Le Global Environment Outlook – Seventh Edition: A Future We Choose constitue l’évaluation environnementale phare du PNUE. Fruit d’un travail collectif mobilisant des scientifiques issus de nombreuses disciplines, GEO-7 analyse de manière conjointe les grandes crises environnementales auxquelles le monde est confronté : changement climatique, perte de biodiversité, dégradation des terres, pollution et déchets.

Le diagnostic posé par le rapport est sans ambiguïté. La poursuite des trajectoires actuelles de développement conduirait à une aggravation rapide et durable des pressions exercées sur les écosystèmes, avec des conséquences majeures pour la santé humaine, la sécurité alimentaire et la prospérité économique. Le rapport souligne notamment que la pollution est déjà responsable de millions de décès prématurés chaque année, tandis que les coûts économiques des dégradations environnementales se chiffrent en milliers de milliards de dollars.

À l’inverse, GEO-7 montre qu’un autre chemin est possible. Investir pour le climat, le maintien d’écosystèmes en bonne santé et la réduction massive des pollutions permettrait d’éviter une part significative de ces impacts, tout en générant, à moyen et long terme, des bénéfices économiques et sociaux substantiels. Le rapport met ainsi en évidence l’écart croissant entre le coût de l’inaction et le potentiel de gains associé à des transformations profondes des modes de production, de consommation et de gouvernance.

Le rapport évalue les possibilités de transformation de 5 grands systèmes qui structurent les sociétés contemporaines : l’économie et la finance, les systèmes énergétiques, les systèmes alimentaires, les matériaux et déchets, ainsi que la protection et la restauration de l’environnement. GEO-7 insiste sur la nécessité d’approches coordonnées, reposant à la fois sur les politiques publiques, les cadres économiques, diverses formes d’innovations, l’action collective, mais aussi les changements sociaux et culturels. La prise en compte de la diversité des savoirs, notamment autochtones et locaux, est identifiée comme un levier essentiel pour des transitions justes et durables.

Gouverner les transformations des systèmes humains

La contribution d’INRAE au rapport GEO-7 illustre l’apport des sciences sociales à la compréhension et à la gouvernance des transformations systémiques nécessaires face aux crises environnementales mondiales.

La gouvernance de ces transformations constitue un enjeu central du rapport et fait l’objet du chapitre 12, coordonné par Bruno Turnheim (INRAE) et Monica Kerretts-Makau (Arizona State University). Ce chapitre s’attache à clarifier ce que recouvrent les notions de transformations systémiques et à analyser les conditions nécessaires pour les engager et les mettre en œuvre.

S’appuyant sur un corpus scientifique interdisciplinaire conséquent, il articule 3 perspectives distinctes issues des sciences sociales pour en dégager des principes directeurs. Ensemble, les perspectives socioécologique, sociotechnique et socioéconomique permettent d’appréhender les systèmes comme des assemblages complexes de technologies, d’institutions, de pratiques sociales, de valeurs et de rapports de pouvoir. Ces approches convergent vers un constat partagé : ni les améliorations incrémentales, ni les solutions uniquement technologiques ne suffiront à atteindre les objectifs environnementaux globaux.

Le chapitre met en évidence la nécessité d’approches stratégiques des transformations, ciblant les systèmes dans leur ensemble, et souligne le rôle central des pouvoirs publics dans leur capacité d’orientation et de coordination. Il insiste également sur l’importance de traiter conjointement les dimensions environnementales et sociales, en prenant en compte les enjeux de justice, les inégalités et les rapports de pouvoir, ainsi que la pluralité des acteurs et des formes de connaissances impliquées.

Ces analyses visent à fournir des repères pour concevoir et évaluer des stratégies de transformation cohérentes, et ainsi limiter les risques d’actions fragmentées ou contre-productives et de renforcer leur légitimité et leur justification sociale.

Cette contribution s’inscrit dans l’objectif plus large de GEO-7 : fournir aux décideurs et à l’ensemble des acteurs concernés des bases scientifiques solides pour concevoir et mettre en œuvre des politiques cohérentes face aux crises environnementales. À travers sa participation à ce rapport, INRAE contribue à un exercice international de synthèse des connaissances, au croisement de la recherche scientifique et de l’appui à la décision.

« Ce qui est inédit avec cette 7e édition du GEO, c’est que les États membres nous ont demandé de travailler à l’élaboration d’un cadre théorique et méthodologique explicitement conçu pour aborder les transformations des systèmes humains, perçues comme nécessaires à l’amélioration significative de l’environnement. La littérature en sciences sociales sur ce sujet commence à être abondante, et nous avons décidé de faire la synthèse de ces connaissances dans le chapitre 12, afin d'en dégager des principes fondamentaux pour cadrer la compréhension de ces phénomènes et éclairer l’action. Là aussi, c’est inédit. »

Bruno Turnheim, directeur de recherche INRAE et auteur coordinateur du chapitre 12 du rapport GEO-7

Gouverner les transformations systémiques : 6 principes clés

Le chapitre coordonné par Bruno Turnheim (INRAE) et Monica Kerretts-Makau (Arizona State University) propose 6 principes directeurs pour améliorer la gouvernance des transformations systémiques :

  • Cibler explicitement les systèmes dans leur ensemble, en s’attaquant aux sources de verrouillage.
  • Combiner développement d’innovations soutenables et sortie progressive des systèmes non soutenables, en assumant des choix clairs.
  • Articuler interventions de court et long termes, en tenant compte des dynamiques non linéaires et de la justice intergénérationnelle.
  • Se doter de capacités pour anticiper et gérer les incertitudes, dans un contexte de changements non linéaires.
  • Mobiliser une pluralité d’acteurs et de savoirs, ce qui requiert des procédures dédiées de coordination, d’inclusion, et de participation.
  • Prendre en compte la nature politique des transformations, en déjouant la résistance des intérêts établis tout en assurant la réduction des inégalités et la protection des groupes vulnérables.


 

Contact scientifique

Bruno Turnheim

Directrice de recherche INRAE

Laboratoire Interdisciplinaire Sciences, Innovations, Sociétés (CNRS, ESIEE Paris, INRAE, Université Gustave Eiffel)

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