Agroécologie Temps de lecture 2 min
Une nouvelle approche de l’intensité des émissions de méthane en élevage laitier
Une équipe du laboratoire Génétique et physiologie des systèmes d’élevage (GenPhySE) du centre Occitanie-Toulouse a développé un modèle qui intègre pour la première fois les émissions de méthane sur l’ensemble du cycle de vie d’une brebis laitière. Les projections obtenues suggèrent que l’allongement de la durée de vie constitue un levier d’atténuation plus efficace que la simple réduction des concentrés alimentaires.
Publié le 22 octobre 2026
L’élevage laitier face au défi climatique
La transition agroécologique des élevages est souvent présentée comme une voie favorisant l’adaptation au changement climatique, notamment via une utilisation sobre des ressources pour alimenter et renouveler les troupeaux. Cependant, l’adéquation de stratégies agroécologiques avec un objectif d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre est encore peu étudiée. Dans les élevages laitiers, l’évaluation de l’impact climatique est largement basée sur l’intensité des émissions, défini comme la quantité de méthane produit par kilogramme de lait. Toutefois, cet indicateur est généralement calculé pendant la lactation, en ignorant le méthane émis pendant les phases non productives comme la croissance ou la gestation. Ceci souligne la nécessité d’une approche intégrant les émissions sur l’ensemble du cycle de vie des animaux.
Un modèle pour prédire et réduire les émissions
Dans cette optique, des scientifiques de GenPhySE ont intégré un module de prédiction des émissions de méthane entérique dans un modèle mathématique individu-centré appliqué à la brebis laitière. Sans mesure directe du méthane émis, ce module permet de prédire indirectement les émissions à partir de caractères zootechniques classiques (poids, production laitière, ingestion). Calibré à partir de données issues du troupeau de l’unité expérimentale de La Fage, le modèle a ainsi permis de représenter la trajectoire d’émission de méthane au cours de la vie entière d’une brebis de race Lacaune.
Puis, ils ont testé les effets d’un allongement de la durée de vie ou d’une réduction des aliments concentrés sur l’intensité des émissions à l’échelle d’une carrière moyenne. Les résultats ont permis de constater qu’une réduction de la proportion de concentrés dans les rations (actuellement autour de 30% de matière sèche pendant la lactation) se traduit par des diminutions relativement proches de la quantité de lait et de méthane produit, et donc par une relative stagnation de l’intensité des émissions. À l’inverse, l’extension de la carrière moyenne des brebis de 2,5 à 3,5 lactations conduit à une diminution d’environ 5% de l’intensité d’émissions. Ces résultats laissent penser que l’adoption de ces pratiques plus agroécologiques contribue favorablement à l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre des élevages ovin-lait.
Vers des élevages plus durables
Cette étude a permis de développer un outil pour explorer l’effet de différentes pratiques d’élevage sur l’intensité des émissions. Il permet notamment d’étudier la variabilité individuelle des émissions et d’envisager l’intégration de critères génétiques pour optimiser la sélection des troupeaux. Une avancée qui pourrait aider à concilier agroécologie et atténuation des émissions de gaz à effet de serre.
Référence
Irunal veedu A, Rupp R, Raoul J, Douhard F, Predicting the effects of diet and longevity on lifetime methane production and intensity in dairy ewes, Journal of Dairy Science, 2025; 109, 1531-1543