Biodiversité Temps de lecture 3 min
Naissance à Nouzilly d’un ânon Grand Noir du Berry grâce à un programme de recherche pour préserver la race
Pour contribuer à la sauvegarde de l’âne Grand Noir du Berry, des scientifiques ont optimisé la conservation réfrigérée de la semence d’âne pour l’insémination artificielle. Avec la participation de 17 éleveurs, 4 ânons sont déjà nés grâce à cette méthode, dont un cet été sur le site INRAE de Nouzilly.
Publié le 28 août 2026
Les effectifs d’ânes domestiques diminuent régulièrement, menaçant certaines races locales comme le Grand Noir du Berry. En France, leur population est estimée à moins de 1 000 individus en 2025, avec moins de 25 naissances par an. Dans ce contexte, l’insémination artificielle peut contribuer à limiter la consanguinité, favoriser les échanges entre élevages et diffuser des génétiques d’intérêt.
Chez l’âne, la semence congelée donne toutefois des résultats encore insuffisants, avec seulement 0 à 10 % de réussite. Des scientifiques du site INRAE de Nouzilly ont donc étudié une alternative : la semence réfrigérée. Ce travail a été mené dans le cadre d’un projet soutenu par la Région Centre-Val de Loire, avec l’AFAGNB, le Pôle du cheval et de l’âne, le Haras du Val d’Arnon, le CERC, l’URGC et Trait Paysans du Centre-Val de Loire, ainsi que des éleveurs répartis en France.
Les chercheurs ont adapté un milieu de conservation développé par INRAE pour la semence d’étalon, en y ajoutant 5 % de plasma de jaune d’œuf. Associée à une méthode d’insémination adaptée, cette stratégie a permis d’améliorer la qualité des spermatozoïdes conservés à 4 °C et d’atteindre 35 % de taux de conception après 24 heures de conservation, contre 5 % sans supplémentation et 45 % avec de la semence fraîche.
Ces travaux ont déjà permis la naissance de 4 ânons : trois chez des éleveurs, entre octobre 2025 et juillet 2026, et un quatrième sur le site INRAE de Nouzilly, né le 8 juillet 2026. Les chercheurs ont également montré que la semence pouvait être transportée pendant une journée dans une glacière adaptée (Equitainer), ouvrant la voie à son utilisation dans différents élevages.
La prochaine étape consiste à améliorer les taux de conception avec de la semence congelée. Les premiers résultats sont encourageants, avec notamment une gestation actuellement en cours chez une ânesse.
« 3 ans après le début de collaboration avec l’équipe d’INRAE de Nouzilly, nous constatons de véritables progrès, d’une part dans la recherche (déjà 4 naissances issues d’insémination par semence réfrigérée et des espoirs certains dans l’insémination par semence congelée), mais aussi, et surtout, dans la connaissance de l’âne, quasiment ignoré par la science jusqu’alors. » - Patrick Gomy, éleveur d'ânes Grand Noir du Berry, impliqué dans le projet SAFRAN.
A SAVOIR :
En France, 7 races d’ânes sont reconnues officiellement, dont celle de l’âne Grand Noir du Berry, reconnue depuis 1994. De grande taille (135cm à 145cm au garrot pour les mâles), de robe noire ou noire pangarée, cet âne a des aptitudes pour des pratiques d’attelage de loisirs, le travail du sol en maraîchage ou le portage en accompagnement de randonnée. La population estimée en France est de moins de 1000 individus et 30 % du cheptel français est concentré dans l’Indre et le Cher. Avec moins de 30 naissances par an, des difficultés de reproduction et un isolement géographique des éleveurs, cette race est menacée d’extinction.
Cette étude a été menée dans le cadre du projet SAFRAN, lancé en 2024 avec le soutien de la Région Centre-Val de Loire. Celui-ci vise à mieux comprendre les verrous biologiques de la reproduction asine et à optimiser les techniques de conservation de la semence ainsi que les conditions de dépôt dans le tractus génital femelle.