Maintenir la recherche et l’enseignement scientifique en temps de guerre

Comment continuer à faire de la science en temps de guerre et former la prochaine génération de chercheurs malgré l’instabilité et la dispersion des communautés scientifiques ? L’expérience de l’Ukrainian School in Evolutionary Biology (USEB), organisée en 2025, apporte un éclairage concret. Présentée dans Nature Ecology and Evolution, cette initiative montre comment une formation internationale en biologie évolutive peut être maintenue dans un pays en conflit, en s’appuyant sur un format hybride et sur la mobilisation de réseaux scientifiques internationaux.

Publié le 13 mars 2026

© INRAE

Comment continuer à faire de la science et former la prochaine génération de scientifiques dans un pays en guerre ? Cette question est au cœur de l’article publié dans Nature Ecology and Evolution par une chercheuse ukrainienne du Centre de Biologie pour la Gestion des Populations (CBGP, Montpellier) d’INRAE. Intitulé « Rebuilding Ukraine’s capacity for fundamental research in evolutionary biology », il s’appuie sur l’organisation, en janvier 2025, de l’Ukrainian School in Evolutionary Biology (USEB), une école chercheur dédiée au domaine de la biologie évolutive.

Depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, le système scientifique du pays est profondément fragilisé : pertes de financements, infrastructures endommagées, scientifiques déplacés ou engagés dans la défense du pays, interruption des enseignements et du mentorat. Dans ce contexte, préserver la recherche fondamentale et maintenir une communauté scientifique active, malgré la dispersion des chercheurs, constituent un enjeu majeur.

L’USEB illustre comment les communautés scientifiques peuvent s’organiser pour assurer la continuité de la formation et de la recherche. Conçue comme un programme hybride, combinant enseignement en présentiel et participation internationale en ligne, l’école a réuni plus de 200 participants, dont 168 en Ukraine et 44 issus de 16 autres pays, avec des intervenants de neuf pays. Ce format flexible a permis de surmonter les contraintes de sécurité et les restrictions de déplacement. La mise à disposition d’enregistrements s’est révélée indispensable afin de garantir la continuité des cours pour les étudiants participant en ligne et régulièrement confrontés à des coupures d’électricité, notamment dans les zones les plus reculées ou depuis des abris anti-bombes situés dans des villes proches du front comme Tchernihiv, Kharkiv, Dnipro et Zaporijjia.

Avec 94 % des participants jugeant le contenu clair et utile, l’initiative démontre qu’une formation scientifique internationale de haut niveau peut être maintenue en temps de guerre. Au-delà de l’événement, il s’agit de préserver les savoirs, de maintenir les liens entre chercheurs en exil, collègues restés en Ukraine et partenaires étrangers, et de consolider des réseaux scientifiques internationaux indispensables à la continuité des activités. Inscrire ces efforts dans la durée et maintenir des contacts étroits avec les chercheurs étrangers sont essentiels pour préserver la continuité de l’enseignement et de la recherche pour la prochaine génération de scientifiques. Les organisateurs ont d’ores et déjà engagé les préparatifs d’une seconde édition, prévue au début de l’année prochaine, afin de prolonger cette dynamique.
 

Référence : Maistrenko, O.M., Volkova, N., Mirutenko, V. et al. Rebuilding Ukraine’s capacity for fundamental research in evolutionary biology. Nat Ecol Evol (2026). https://doi.org/10.1038/s41559-026-03002-8

Arnaud RIDEL

Rédacteur

Département Santé des Plantes et Environnement

Contacts

Svitlana Serga

Chercheuse

Centre de Biologie pour la Gestion des Populations (CBGP)

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