La lutte biologique mise sur la chrysomèle de l'ambroisie

L’ambroisie, une plante invasive très allergisante, poursuit sa progression en France malgré les campagnes d’arrachage, les fauchages répétés et les traitements chimiques. Pour limiter son développement, les chercheurs d’INRAE étudient le potentiel d’un allié naturel, la chrysomèle de l’ambroisie, un insecte qui se nourrit spécifiquement de cette plante. Les premiers résultats obtenus sur le terrain sont encourageants et ouvrent de nouvelles perspectives pour renforcer son contrôle naturel.

Publié le 04 août 2026

© Anses, Raphaëlle Mouttet

L'ambroisie, une plante invasive sous surveillance

Plant adulte d'ambroisie à feuilles d'armoise (Ambrosia artemisiifolia)
Plant adulte d'ambroisie à feuilles d'armoise © INRAE

Chaque été, l'ambroisie libère un pollen qui affecte la santé de nombreuses personnes. Originaire d'Amérique du Nord, l'ambroisie à feuilles d'armoise (Ambrosia artemisiifolia) s'est largement installée en France. Cette plante invasive colonise les bords de routes, les friches et les parcelles agricoles. Entre juillet et septembre, son pollen, très allergisant, peut provoquer rhinites, conjonctivites, trachéites ou crises d'asthme, jusqu'à une personne sur cinq dans les zones les plus exposées comme la vallée du Rhône. Face à sa progression malgré les arrachages, les fauchages et les traitements chimiques, des chercheurs d'INRAE et du réseau FREDON étudient une autre approche : la lutte biologique avec Ophraella communa, une chrysomèle originaire d'Amérique du Nord et spécialisée dans la consommation de cette plante.

Des résultats encourageants sur le terrain

Observée en France depuis 2023, la chrysomèle fait l'objet d'un suivi rigoureux depuis les premiers lâchers expérimentaux autorisés en 2025. En Occitanie, en septembre 2025, l'insecte a été retrouvé à différents stades de développement (œufs, larves et adultes) sur 75 % des 16 sites étudiés.  Un résultat d'autant plus notable que l'année a été particulièrement sèche pendant la période des lâchers, un climat a priori peu favorable à son installation. Son absence apparente sur les autres sites ne signifie pas nécessairement qu'il a disparu : les populations peuvent être présentes à de faibles densités, ou les premiers adultes déjà s'être dispersés au-delà des zones suivies.

Une installation influencée par l'environnement

Adultes de chrysomèle de l’ambroisie sur feuilles et inflorescences d’ambroisie à feuilles d’armoise
Adultes de chrysomèle de l’ambroisie sur feuilles d’ambroisie à feuilles d’armoise © Anses, Raphaëlle Mouttet

Les observations montrent que l'humidité de l'air favorise l'installation de la chrysomèle après les lâchers, ce qui explique en partie pourquoi 2025, une année sèche, en rend les résultats d'autant plus prometteurs pour les années à venir. Plusieurs générations d'Ophraella communa ont déjà été observées sur les sites étudiés, ce qui confirme sa capacité à se reproduire après son introduction. Les chercheurs évaluent également sa dispersion, sa survie hivernale et l'intérêt de combiner son action avec un couvert végétal abondant. Les observations de terrain indiquent également que l'insecte réduit la production de fleurs de l'ambroisie et, par conséquent, la quantité de pollen libérée dans l'air, même si son impact reste encore limité à ce stade.

2026, une année clé pour confirmer les résultats

En 2026, deux campagnes de suivi seront menées sur les parcelles où des lâchers ont été réalisés en 2025, notamment en Occitanie. Elles permettront d'évaluer l'acclimatation de l'insecte et sa densité au plus fort de la saison. Des prospections seront également conduites dans un rayon d'environ dix kilomètres autour des sites afin d'étudier sa dispersion. Parallèlement, de nouveaux lâchers sont prévus dans des secteurs plus au nord ou en altitude, tandis qu'une étude évaluera sa résistance au froid.

Vers un contrôle durable de l'ambroisie

Ces travaux doivent permettre de mieux comprendre les conditions favorisant l'installation durable de la chrysomèle dans différents territoires. À terme, les chercheurs souhaitent évaluer sa capacité à renforcer le contrôle naturel de l'ambroisie et à contribuer à la réduction des concentrations de pollen dans l'air.

Références
Zoé Rousset, Alberto Zamprogna, Coline C Jaworski, Nicolas Desneux, Vincent Lesieur. Assessing the Host Range of Ophraella communa for the Biological Control of Ambrosia artemisiifolia in France. Plants, 2024, 13, pp.1-15. ⟨10.3390/plants13223240⟩. ⟨hal-04814736
Ophraella communa - Dispersion d’un coléoptère dans la lutte contre l’ambroisie à feuilles d’armoise (2026)

Arnaud Ridel

Rédacteur

Département Santé des Plantes et Environnement

Contacts

Nicolas Desneux

Chercheur

Institut Sophia Agrobiotech (ISA)

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