L’effet « bouclier humain » aide le chacal doré à échapper au loup et à conquérir l’Europe

COMMUNIQUÉ DE PRESSE - Historiquement présent dans le Sud-Est de l’Europe, le chacal doré a été observé en France pour la première fois en 2017. Une étude internationale, coordonnée par un scientifique d’INRAE, montre que la présence de ce canidé s’étend sur le continent européen en partie grâce à la présence d’activités humaines, qui lui permettent d’échapper à un prédateur et compétiteur dominant, le loup. Les scientifiques ont étudié un jeu de données, combinant points d’écoute, variables climatiques et paysagères et présence du loup, de près de 9 000 sites répartis dans 13 pays d’Europe pour identifier les facteurs influençant la distribution du chacal doré. Leurs résultats, publiés dans Nature Ecology & Evolution, montrent que la présence du loup est le principal facteur limitant l’expansion du chacal doré. Cependant, lorsque les loups sont présents, les chacals se concentrent davantage près des zones habitées où les activités humaines limitent l’effet négatif des loups sur les chacals, produisant un effet « bouclier humain ». Les projections des scientifiques indiquent que près de 75 % des paysages européens sont potentiellement favorables au chacal doré.

Publié le 26 mai 2026

© Martin Steenhaut

Le chacal doré est un canidé opportuniste au régime alimentaire diversifié, principalement composé de rongeurs mais aussi de cadavres d’animaux morts de plus grande taille. En tant que charognard, il a un rôle de nettoyeur dans les écosystèmes et contribue à limiter la propagation de maladies. Il s’agit d’un prédateur de taille moyenne, vivant en groupe familial. L’expansion spectaculaire du chacal doré en Europe est l’un des changements d’aire de répartition les plus marqués actuellement observé chez les mammifères. Historiquement cantonné au Sud-Est de l’Europe, il est désormais observé à travers le continent, jusqu’aux côtes atlantiques en France et au-delà du cercle polaire en Norvège. De précédentes études à l’échelle locale ont suggéré plusieurs hypothèses sur les mécanismes favorisant cette expansion comme le changement climatique, les changements d’usage des terres ou l’absence de loup, un compétiteur dominant qui peut aussi s’attaquer au chacal, sans permettre de trancher clairement. 

Cette nouvelle étude analyse le phénomène à l’échelle globale du continent grâce à un jeu de données unique combinant suivis acoustiques, variables climatiques et paysagères, et données exhaustives sur la présence du loup. Entre 2001 et 2017, l’équipe de recherche a étudié l’expansion du chacal en Europe à l’aide de points d’écoute sur près de 9 000 sites répartis dans 13 pays d’Europe centrale et du Sud-Est. Cela leur a permis de repérer les groupes territoriaux de chacals dorés, y compris dans les zones occupées par les loups. Puis grâce à un modèle statistique ils ont identifié les facteurs écologiques et humains qui favorisent l’installation et la présence de l’espèce afin de prédire son expansion future.

Les activités humaines limitent l’influence du loup sur la présence du chacal doré

Leurs résultats montrent que le loup est le principal facteur limitant l’expansion du chacal doré en Europe. Les chacals occupent plus fréquemment les zones sans loups, tandis que leur probabilité de présence diminue fortement dans les zones de présence permanente du loup. Cependant, les analyses montrent qu’un effet de « bouclier humain » modifie les interactions entre les 2 espèces : lorsque les loups sont présents, les chacals se concentrent davantage près des zones habitées, où l’influence des activités humaines semble limiter l’effet négatif des loups sur les chacals. Cela souligne que les activités humaines ne modifient pas seulement les habitats, mais aussi les interactions entre espèces à l’échelle continentale. Cette étude met ainsi en évidence que l’effet bouclier humain peut façonner la distribution d’un mésoprédateur (prédateur de taille moyenne qui se trouve au milieu de la chaine alimentaire) à travers toute l’Europe.

Les projections des scientifiques indiquent que 75 % des paysages européens sont potentiellement favorables au chacal doré, soit une aire près de 6 fois plus vaste que sa distribution actuelle. La France serait le pays avec la plus forte capacité d’accueil. La recolonisation des loups pourrait réduire ces habitats favorables à court terme, bien que cet effet resterait partiellement compensé par le bouclier humain et dépendrait fortement des modalités de gestion du loup à l’échelle continentale et nationale.

« Le chacal doré semble avoir un avenir très prometteur en Europe : nos projections montrent que de vastes régions restent disponibles à la colonisation, en particulier en France, qui figure parmi les pays les plus favorables à son expansion future. »
Nathan Ranc, ingénieur de recherche INRAE dans l’unité Comportement et écologie de la faune sauvage.

Fiche d’identité du chacal doré

© Martin Steenhaut

Le Chacal doré est un canidé de taille moyenne, plus petit et plus élancé que le loup mais plus massif que le renard, pesant généralement entre 10 et 12 kg en Europe. Espèce particulièrement adaptable, il peut vivre dans une grande variété de milieux : zones humides, paysages agricoles hétérogènes, voire environnements fortement anthropisés lorsque des zones de couvert (haies, fourrés, canaux, petits boisements) sont disponibles. À l’inverse, il évite généralement les grandes forêts, les zones montagneuses enneigées et les secteurs fortement occupés par les loups.

Le chacal est un omnivore opportuniste qui se nourrit de petits mammifères, d’oiseaux, d’invertébrés, de fruits, de charognes et parfois de ressources d’origine humaine. Il vit le plus souvent en couples territoriaux ou en petits groupes familiaux.

Historiquement cantonné aux franges Sud-Est de l’Europe, le chacal doré connaît depuis une cinquantaine d’années une expansion spectaculaire à travers le continent. Désormais présent dans plus de 20 pays européens, il a récemment été observé pour la première fois dans plusieurs pays d’Europe occidentale et nordique, dont la France, l’Espagne, les Pays-Bas ou encore la Norvège. La population européenne est aujourd’hui estimée à plus de 150 000 individus.

L’espèce est classée en « préoccupation mineure » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et comme « espèce gibier non chassable » en France. Son expansion rapide soulève de nombreuses questions écologiques, notamment en raison de ses interactions avec les autres espèces sauvages et certaines activités humaines. 

Référence

Ranc N. et al. (2026). Human shielding from wolves facilitates jackal expansion across Europe. Nature ecology & evolution DOI : https://doi.org/10.1038/s41559-026-03060-y 

 

CP_Expansion-chacal-dorepdf - 680.34 KB
Service médias et opinion INRAE

Contact scientifique

Nathan Ranc

Unité de recherche Comportement et écologie de la faune sauvage

Le centre

Le département

En savoir plus

Biodiversité

Expansion de la punaise diabolique en France : le rôle capital des sciences participatives pour le suivi des espèces envahissantes

COMMUNIQUE DE PRESSE - INRAE et le Muséum national d’Histoire naturelle ont créé deux programmes de sciences participatives pour étudier l’expansion géographique d’une espèce envahissante : la punaise diabolique. Cet outil puissant au service de la recherche a permis une vaste collecte de données sur ce ravageur de nombreuses cultures. Les résultats de ces initiatives citoyennes sont parus le 1er juin dans la revue Scientific Report, ouvrant la voie au développement de programmes similaires pour suivre l’expansion d’autres espèces envahissantes.

01 juin 2021

Société et territoires

Quand les loups franchissent la lisière

En 2016, l'Inra et le le Cerpam (Centre d’Etudes et de Réalisations Pastorales Alpes Méditerranée) ont mené une enquête à Seyne-les-Alpes (Alpes de Haute Provence) sur les changements de comportement des loups vis-à-vis des humains et de leurs activités, et sur les risques, nouveaux ou croissants, de prédation des élevages de bovins.

17 janvier 2020

Société et territoires

Face aux Loups, quels effets sur la santé des éleveurs et bergers ?

Pourtant bien réels, les effets de la présence du loup sur la santé des éleveurs, éleveuses et bergères, bergers, constituent un sujet de société peu documenté. Deux scientifiques du laboratoire Agroécologie, innovations et territoires (AGIR) du centre INRAE Occitanie-Toulouse publient une étude financée par la Mutualité sociale agricole (MSA) intitulée « Étude socio-anthropologique sur les effets de la présence du loup sur la santé des éleveurs et bergers ». Découvrez les résultats et conclusions de ces travaux !

25 mai 2022