GuidRhône : à la recherche des anguilles argentées dans le Rhône

Combien d’anguilles argentées quittent le bassin du Rhône chaque année pour rejoindre la Méditerranée ? À quel moment migrent-elles et par où passent-elles ? Le projet DAARAC, mené de 2018 à 2021 par INRAE et la Compagnie nationale du Rhône (CNR), a permis de mieux comprendre les voies de dévalaison des anguilles argentées le long du Rhône et leur franchissement des aménagements hydroélectriques. Parmi les anguilles suivies, environ 80 % de celles ayant franchi l’aménagement de Caderousse sont passées par l’usine ou le déchargeur de l’usine. Il reste désormais à estimer l’échappement annuel, c’est-à-dire le nombre d’anguilles du bassin du Rhône qui migrent chaque année vers la mer.

Financé par l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse et la CNR, le projet GuidRhône, d’une durée de trois ans, vise ainsi à poser les bases d’un protocole d’estimation du nombre d’anguilles argentées qui s’échappent du bassin du Rhône vers la mer.

Publié le 28 octobre 2026

© INRAE

Une migration encore difficile à suivre

Après plusieurs années passées en eau douce, l’anguille européenne démarre sa maturation sexuelle, se métamorphose en anguille dite « argentée » et entreprend une migration vers la mer pour aller se reproduire. Cette migration dans le fleuve, appelée « dévalaison », constitue une étape essentielle de son cycle de vie.
Or, le nombre d’anguilles qui quittent le bassin du Rhône pour rejoindre la Méditerranée reste aujourd’hui impossible à évaluer. Mieux connaître cette migration est pourtant essentiel pour suivre l’évolution de la population et évaluer les effets des mesures mises en place pour favoriser la survie et la migration de l’espèce.Le projet GuidRhône s’inscrit dans cet objectif. Pendant trois ans, les scientifiques vont étudier la faisabilité d’un dispositif permettant d’évaluer le flux des anguilles argentées dans le Rhône et de mieux caractériser leur migration (facteur déterminant ; période de l’année ; état sanitaire des poissons...).

Un grand filet pour capturer les anguilles

Première méthode testée : la « pêche au guideau ».
 Cette technique, traditionnellement utilisée pour la pêche à l’Anguille sur la Loire, consiste à déployer un grand filet depuis une embarcation, dans le courant du fleuve. Les anguilles qui descendent avec le courant sont dirigées vers une poche terminale où elles peuvent être capturées, comptées et mesurées avant d’être relâchées.
Le dispositif sera expérimenté dans le secteur du bas Rhône, entre Avignon et l’aménagement CNR de Beaucaire. Les pêches auront principalement lieu de nuit, pendant la période de dévalaison présumée, entre septembre et le début du printemps.
Le moment des pêches sera notamment déterminé en fonction des conditions hydrologiques. Les fortes variations de débit du Rhône dans cette période peuvent en effet favoriser les déplacements des anguilles. La CNR contribuera ainsi à fournir aux équipes les données de prévision des variations de débit nécessaires pour anticiper les périodes favorables et organiser les sessions de pêche.
Le guideau est déjà utilisé pour suivre la dévalaison des anguilles sur d’autres grands cours d’eau français. Son utilisation sur le Rhône constitue en revanche une expérimentation nouvelle et un challenge technologique et logistique du fait du gabarit du fleuve à Beaucaire. 

Observer les poissons grâce aux caméras acoustiques

Une deuxième méthode sera testée en parallèle : deux caméras acoustiques seront installées à hauteur du Pont d’Aramon, au centre du chenal de navigation.
Contrairement à une caméra classique, une caméra acoustique utilise des ondes sonores pour produire des « images numériques » des organismes présents dans l’eau. Elle peut de ce fait fonctionner dans des conditions de forte turbidité et la nuit sans impacter le comportement naturel de la faune aquatique.
Les caméras acoustiques permettront d'observer les passages de poissons en continu et de comparer ces observations avec les captures réalisées au guideau. L’objectif est notamment de déterminer si cette technologie peut aussi contribuer à un suivi pérenne de la dévalaison des anguilles dans le Rhône.
Ces importantes quantités d’images vont accélérer le développement des outils d’intelligence artificielle capables de détecter automatiquement le passage de poissons et, à terme, d’identifier les anguilles. Des travaux seront menés pour adapter les algorithmes aux images produites dans le Rhône.

Du simple comptage à une meilleure connaissance des anguilles

GuidRhône ne cherchera pas seulement à compter les individus. Les anguilles capturées seront mesurées, pesées et le stade d’argenture, à savoir le degré d’avancement dans la métamorphose en anguille argentée sera évalué. Enfin un bilan complet de l’état sanitaire de quelques dizaines d’individus sera réalisé chaque année.
Le projet pourra également s’appuyer sur des méthodes complémentaires, comme la capture-marquage-recapture, qui permet d’estimer l’abondance totale des anguilles argentées en dévalaison, et la télémétrie acoustique, qui permettra de suivre leurs déplacements dans le fleuve au niveau des installations de comptage.
Le site choisi présente un intérêt particulier : le secteur de Beaucaire-Aramon permet de suivre les anguilles issues de plus de 97 % de la surface du bassin versant du Rhône, avant leur arrivée en Méditerranée.

Un projet au croisement de la recherche et des savoir-faire de terrain

GuidRhône réunit des compétences scientifiques, techniques et professionnelles complémentaires.

Le projet est porté par INRAE, à travers les unités RiverLy (Lyon-Villeurbanne) & DECOD (Rennes). RiverLy apporte ses connaissances sur l’écologie et le comportement de l’espèce, ainsi qu’en hydrologie, tandis que DECOD intervient au niveau du suivi hydroacoustique et du développement de méthodes automatisées de détection et d’identification des anguilles. Le Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) contribue par son expertise en biologie, écologie et histoire de vie des poissons migrateurs. 

Les pêcheurs professionnels de l’association agréée interdépartementale de pêcheurs professionnels en eau douce Rhône-aval Méditerranée (AAIPPED), avec l’appui technique et scientifique du CONAPPED, jouent un rôle essentiel dans la mise en œuvre du dispositif, leur connaissance du fleuve et leur expérience de la pêche sont en effet indispensables pour adapter, avec la collaboration des pêcheurs professionnels de la Loire, la technique du guideau aux conditions particulières du Rhône. Enfin MRM apporte une solide expérience du suivi des poissons migrateurs, de leur biométrie et de leur marquage.

La Compagnie nationale du Rhône (CNR) accompagne le projet sur les aspects techniques et opérationnels, notamment pour les interventions à proximité de l’aménagement de Beaucaire-Vallabrègues et pour la transmission des données hydrologiques.

Le projet s’inscrit plus largement dans le réseau des acteurs impliqués dans le suivi des poissons migrateurs : l’Office français de la biodiversité (OFB), notamment à travers le pôle MIAMEet le Comité de gestion des poissons migrateurs (COGEPOMI) contribuent, à différents niveaux, aux échanges et à la stratégie de suivi de l’anguille en France. Le COGEPOMI participe notamment à l’organisation de cette stratégie, qui s’appuie sur le suivi des flux d’anguilles argentées dans plusieurs bassins français.

Trois ans pour construire les bases d’un suivi à long terme

Les trois années du projet permettront de tester les différentes méthodes, d’identifier leurs complémentarités et leurs limites et de définir les conditions nécessaires à un suivi de la dévalaison sur un temps long.

À terme, l’objectif est d’avoir un dispositif permettant, sur un temps long, d’estimer l’abondance annuelle des anguilles argentées quittant le bassin du Rhône, avec quelques indicateurs de leur état sanitaire. Ces estimations du nombre d’adultes qui démarrent leur longue migration de reproduction et la probabilité que leur état général leur permette de boucler leur cycle de vie est fondamental pour mieux prédire le devenir de cette population en très grand danger d’extinction.
Ces connaissances permettront également de proposer des actions de gestion et de restauration les plus adaptées à mettre en œuvre en faveur de l’anguille dans le cadre du Plan de Gestion des Poissons Migrateur (PlaGePoMi) du bassin Rhône-Méditerranée et au-delà.

Contacts

Hervé CAPRA

RiverLy

François Martignac

DECOD

Emilie EGEA

RiverLy

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