Société et territoires Temps de lecture 2 min
Les coopératives d’utilisation de matériel agricole : 80 ans d'innovation sociale et organisationnelle
Un numéro spécial de la revue internationale d'économie sociale RECMA célèbre les 80 ans d’innovation sociale et organisationnelle des coopératives d’utilisation de matériel agricole (Cuma). Au-delà du panorama historique, il intègre une décennie de recherches approfondies sur les pratiques de repérage d’innovations et la structuration du mouvement coopératif français, à travers deux contributions majeures de chercheurs et chercheuses INRAE. Destiné à tous ceux curieux du sujet de la coopération, il intéressera notamment les étudiants et enseignants-chercheurs concernés par les questions agricoles, rurales, environnementales et d'économie sociale et solidaire
Publié le 11 juin 2026
L'année 2025 a marqué les 80 ans de la naissance de plusieurs organisations innovantes qui ont révolutionné leurs secteurs respectifs : l'Organisation des Nations Unies (ONU), la Sécurité Sociale française et les coopératives d'utilisation de matériel agricole (CUMA).
Ces coopératives singulières ont accompagné les mutations de l'agriculture française depuis 1945, et été aux avant-postes des changements sur les exploitations agricoles, du déploiement de la mécanisation dans les champs en appui au Plan Marshall jusqu'à la transition agroécologique actuelle. Depuis 10 ans, plusieurs équipes de chercheurs d'horizons disciplinaires différents étudient cette agriculture de groupe et ses effets sous différents angles : l'agronomie, la sociologie, l'économie, les sciences de gestion trouvent dans le réseau CUMA des terrains de recherche permettant d'étudier le fonctionnement et la gouvernance des collectifs d'agriculteurs, de tester des hypothèses relatives à leurs capacités d'innovation et d'évolution de leurs pratiques au regard des attentes sociétales et des grands bouleversements (climat, biodiversité,...).
Ce numéro spécial de la RECMA est l'occasion de marquer cette date anniversaire en créant un contenu inédit regroupant les travaux de plusieurs chercheurs s'étant intéressé à « l'écosystème Cuma » au cours de la décennie écoulée et mettant en lumière que, derrière l'acte fondateur de la mutualisation de matériel agricole, ces collectifs offrent bien d'autres avantages en termes d'entraide, d'innovation et de dynamiques territoriales. Dans un monde dominé par les postures individualistes, ce numéro spécial de la RECMA apporte une preuve supplémentaire en faveur des démarches collectives, dans le contexte spécifique de l'agriculture : être en groupe permet de se réassurer entre pairs dans un environnement socio-économique de plus en plus incertain, être en groupe permet d'accélérer l'engagement dans les transitions, être en groupe renforce la résilience économique et sociale par la réduction des charges et l'amélioration des conditions de travail.
Eclairages INRAE
- « Les Cuma : synthèse d’un mouvement coopératif agricole en France » . L'article de Véronique Lucas (INRAE, UMR BAGAP) propose une vue d’ensemble du mouvement, qui regroupe aujourd’hui plus de 10 000 coopératives mutualisant matériel, travail et parfois salariés, représentant aujourd'hui le plus grand réseau de groupes d’agriculteurs en France . A partir de l’évolution historique du mouvement depuis sa création en 1945, elle souligne le rôle crucial des fédérations nationale et régionales dans la mise en place d'une gouvernance collaborative qui rassemble des exploitations très hétérogènes tout en conservant une identité collective forte. L’autonomie, la mutualisation du matériel et la coopération territoriale sont présentées comme les leviers principaux qui ont permis aux Cuma de perdurer pendant huit décennies, même face aux mutations économiques et démographiques du secteur. L'article montre aussi que la capacité des Cuma à s’adapter aux nouveaux défis tels que le renouvellement des générations, les effets du changement climatiques et les innovations technologiques, constitue aujourd’hui le principal enjeu pour garantir leur rôle de pilier de la résilience rurale.
- « Organisation du repérage d’innovations de terrain dans un réseau de développement agricole ». Dans cet article, Chloé Salembier (INRAE-UMR SADAPT), Hervé Bossuat (FNCuma), Julie Labatut (INRAE, UMR LISIS) et Jean-Marc Meynard, (INRAE-UMR SADAPT) exposent les résultats d'une enquête immersive, menée dans le réseau Cuma, sur l’organisation du repérage d’innovations de terrain pour soutenir des transformations de l’agriculture. Les pratiques de repérage étudiées apparaissent plurielles, implicites et partiellement coordonnées à l’échelle du réseau fédératif. Les résultats ouvrent des pistes de réflexion pour la professionnalisation et l’organisation du repérage d’innovations (formation des agents, création d’outils numériques de suivi et établissement de critères d’évaluation,...), dans un contexte de mise à l’agenda stratégique de cette activité dans différents réseaux de développement agricole en France.
Références
- Revue complète : RECMA 2026/1 – N° 374 (Éditions Le Bord de l’Eau, 120 pages)
- Lucas V., « Les Cuma : synthèse d’un mouvement coopératif agricole en France », RECMA 2026/1, pp. 20-35, DOI 10.3917/recma.374.0021
- Salembier C. et al., « Organisation du repérage d’innovations de terrain dans un réseau de développement agricole », RECMA 2026/1, pp. 78-99, DOI 10.3917/recma.374.0079
Colloque « Dix années de travaux de recherche sur les Coopératives d’Utilisation de Matériel Agricole (Cuma)»
En février 2026, le Palais Bourbon a accueilli un colloque dédié aux coopératives d’utilisation de matériel agricole. Parmi les intervenants, Véronique Lucas (INRAE, UMR BAGAP) et Chloé Salembier (INRAE, UMR SADAPT) ont présenté leurs travaux respectifs, soulignant l’importance du repérage d’innovations de terrain et la nécessité de renforcer les structures fédératives pour accompagner la transition agroécologique. Les interventions réalisées dans le cadre de ce colloque sont reprises dans le numéro RECMA ci dessus.
L’événement était co-organisé par la Fédération nationale des Cuma et les députés Dominique Potier, Pascal Lecamp et Julien Dive. Il a réuni près de 230 participants, parmi lesquels des parlementaires, des chercheurs, des représentants des pouvoirs publics et des acteurs du monde agricole.