Bioéconomie Temps de lecture 8 min
INNOGOUV : comment les coopératives vinicoles innovent pour un avenir plus durable
Face aux défis climatiques et économiques, les caves coopératives françaises repensent leur gouvernance pour mieux innover. Le projet de recherche INNOGOUV explore les liens entre gouvernance coopérative, innovation et performance durable.
Publié le 13 février 2026
Le secteur du vin en France est marqué par un ancrage territorial, qui repose notamment sur les coopératives vinicoles : elles représentent 40 % des appellations d’origine protégée (AOP) de ce secteur et 70 % des Indications Géographiques Protégées (IGP). Les coopératives vinicoles regroupent des viticulteurs qui mutualisent leurs moyens de production, de transformation et de commercialisation. Elles sont confrontées aux effets du changement climatique qui bouleversent la donne de l’amont à l’aval, remettant en cause les pratiques culturales et les modes de production : évolution de la phénologie de la vigne l’exposant davantage aux risques de gel, manque d’eau et périodes de sécheresse entraînant un stress hydrique, baisse de production et problèmes de maturité. Par ailleurs, les normes environnementales sont devenues plus strictes et les consommateurs sont de plus en plus sensibles à la durabilité des modes de production de leurs aliments. Le mode de gouvernance collectif et démocratique des coopératives vinicoles, leur ancrage territorial et leur dimension sociale en font des acteurs majeurs du développement durable.
Pour mieux cerner les dynamiques à l’œuvre, l’ANR (Agence nationale de la recherche) finance le projet INNOGOUV. Piloté par Louis-Antoine Saïsset, enseignant chercheur de l’Institut Agro Montpellier au sein de l’UMR MoISA du centre INRAE Occitanie-Montpellier, le projet INNOGOUV s’intéresse aux caves coopératives à travers une approche à la fois scientifique et pragmatique. L’objectif scientifique est de comprendre comment la gouvernance des coopératives vinicoles est susceptible de contribuer au développement d'innovations technologiques, mais aussi organisationnelles, et dans quelle mesure ces innovations peuvent influencer la performance durable des coopératives viti-vinicoles. L’objectif empirique est d’aider les dirigeants de coopératives et leurs adhérents à relever le défi d'une gouvernance tournée vers l'innovation pour améliorer la durabilité aussi bien en amont qu'en aval.
Des pratiques variées, entre gouvernance collective et innovations de terrain
Au cours d’une première phase d’étude, l’équipe INNOGOUV a mené dans différentes coopératives françaises, 33 entretiens qualitatifs semi-directifs entre 2023 et 2024. Ces entretiens fournissent une information très riche et détaillée sur les liens entre gouvernance et innovation. La gouvernance des coopératives vinicoles se caractérise par des modèles très variés se différenciant par leur degré de complexité, d’approche participative et de cognition.
Les échanges ont permis de dégager plusieurs traits saillants de gouvernance :
- le binôme président-directeur comme pivot stratégique,
- le rôle important des commissions internes,
- la participation croissante des jeunes viticulteurs et
- les interactions nombreuses avec les parties prenantes extérieures.
Par ailleurs, les innovations numériques au vignoble se développent (dispositifs de traçabilité, cartographie fine des parcelles, stations météo connectées notamment). La décision en la matière se caractérise par un continuum depuis la décision individuelle des adhérents, jusqu’à la décision et la gestion assurées par une union de coopératives, en passant par des outils mis en place et gérés par la cave. Les principales motivations sont liées à la règlementation, aux exigences du marché ou encore au gain de temps ou à la préservation de l’environnement.
Autre domaine en pleine évolution : l’innovation variétale, avec des variétés nécessitant moins de traitements phytosanitaires ou plus résistantes à la sécheresse. Celle-ci est relativement répandue, plutôt encore à titre expérimental pour les variétés Resdur (résistance aux maladies cryptogamiques). Les facteurs d’adoption sont liés aux caractéristiques propres des cépages, au mode de gouvernance des coopératives et à l’environnement économique, règlementaire ou climatique. Le rôle des caves comprend l’appui technique, la formation, l’incitation financière, la supervision.
Un projet au service des coopérateurs
L’un des objectifs d’INNOGOUV est aussi d’aider concrètement les dirigeants de coopératives et leurs adhérents. Au-delà des entretiens, le projet développe des indicateurs quantitatifs de performance durable, et mène des études de cas approfondies (par exemple avec la méthode Urbal ou l’analyse du cycle de vie organisationnel). La restitution du volet quantitatif a été réalisée en juin 2025. Grâce à ces travaux, INNOGOUV espère accompagner les coopératives dans la mise en place d’une gouvernance plus agile, capable de faire émerger les innovations nécessaires pour relever les défis de demain.