Comment améliorer l’utilisation des indicateurs de biodiversité dans l’action publique ?

Face à l'effondrement de la biodiversité, une initiative INRAE vise à améliorer la construction et l’utilisation des indicateurs de biodiversité dans le cadre de l’action publique. L'objectif de cette démarche interdisciplinaire et transdisciplinaire est de comprendre ce qui permet de rendre ces outils plus adaptés aux besoins des décideurs tout en gardant une justification académique solide. La réflexion se construit au fil de séminaires auxquels participent des chercheurs, chercheuses, experts et expertes non académiques

Publié le 07 novembre 2024

© INRAE - B. Nicolas

Des indicateurs de biodiversité encore sous-exploités dans le débat et l'action publiques

Gros plan sur un carabe. ©Cheick.saidou/agriculture.gouv.fr

La biodiversité prend une place croissante dans les débats publics, notamment grâce à des initiatives internationales telles que l’IPBES (Plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques), souvent appelée "le GIEC de la biodiversité". Cependant, cet enjeu peine encore à recevoir la même attention que le changement climatique, en partie à cause de la complexité des données, de la diversité des indicateurs disponibles, ou encore de l'échelle à laquelle ils sont disponibles. Un exemple marquant est l'étude allemande de 2017, qui a révélé une baisse alarmante de la biomasse des insectes dans les réserves naturelles. Cette étude a suscité un vif débat, mais son impact est resté limité en raison du manque de données comparables au niveau national ou européen. Des outils robustes, comme ceux développés par l'Observatoire National de la Biodiversité ou l'Agence Européenne de l'Environnement, existent pourtant. Cependant, ils sont encore insuffisamment intégrés dans les décisions publiques, malgré leur capacité à mesurer, par exemple, l'état des forêts ou des zones humides.

Une initiative collective pour analyser la construction et l'usage des indicateurs de biodiversité pour l'action publique

Observation de la flore et la faune d'une mare forestière par un agent de l'ONF. ©Pascal Xicluna/agriculture.gouv.fr

Face à cette complexité, des chercheurs, chercheuses, ingénieurs d'INRAE ont initié une réflexion collective pour repenser les méthodes de construction des indicateurs de biodiversité. Leur objectif était de comprendre ce qui les rend plus facilement utilisables et mieux adaptés aux besoins des décideurs publics et territoriaux tout en gardant une justification académique solide. Le collectif scientifique a mis en place une approche inter- et transdisciplinaire, mobilisant des expertises en écologie, sciences politiques, sociologie et sciences de gestion, et impliquant les partenaires de l'action publique. L’ambition était de mieux comprendre la place des indicateurs dans l'action publique, en prenant en compte divers milieux (cultivés, prairiaux, forestiers, aquatiques,...), ainsi que de multiples échelles spatiales du niveau local à international.

Des séminaires pour échanger et construire

©INRAE - Michel Meuret

Dans le cadre de quatre séminaires, les participants ont exploré plusieurs questions essentielles : qu’est-ce qui fait le succès de certains indicateurs par rapport à d’autres ? Quels éléments de contenu et de méthode sont particulièrement importants à prendre en compte ? La co-construction des indicateurs est-elle un gage de réussite, et dans quelles conditions est-elle souhaitable ? Quelles sont les limites de l’utilisation des indicateurs de biodiversité dans l’action publique ? Pour y répondre, les échanges se sont appuyés sur les apports de différentes disciplines et sur des exposés de développeurs ou utilisateurs d'indicateurs de biodiversité (académiques et non-académiques), en adoptant une approche transdisciplinaire intégrant notamment le point de vue des acteurs, et en veillant à la diversité des milieux concernés. 

Séminaire 1 - 4 Juin 2024

Le premier séminaire a notamment exploré une diversité de cadres conceptuels mobilisables pour analyser l’utilisation des indicateurs de biodiversité à travers des cas d'étude dans les domaines agricoles, forestiers, aquatiques, et génétique.  (04/06/2024, en visio)

Séminaire 2- 28 novembre 2024

Ce second séminaire a permis de présenter plusieurs cas d’indicateurs de biodiversité mobilisés dans l’action publique, ainsi que des interventions plus conceptuelles portant sur ce thème.

 

Pour en savoir plus

L'action "Indicateurs de biodiversité pour l'action publique"

La réflexion a été initiée par les départements ACT (sciences pour l'action, les transitions, les territoires) et ECODIV (écologie et biodiversité) d'INRAE, avec le soutien du métaprogramme BIOSEFAIR

Calendrier : 2023-2025

Pilotage : Frédéric Gosselin, Clélia Sirami, Gabrielle Bouleau

Le groupe de travail, interdisciplinaire, associe 

  • des chercheurs de plusieurs départements scientifiques d'INRAE :  Frédéric Gosselin, Clélia Sirami, Gabrielle Bouleau, Floriane Clément, Stéphanie Barral, Céline Granjou, Isabelle Arpin, Isabelle Boulangeat, Thomas Pommier, Christian Bockstaller, Christine Argillier, 
  • des invités académiques non-INRAE : Sandrine Pavoine (CESCO / MNHN - CNRS - SU), Emmanuelle Porcher, Colin Fontaine (CESCO), Vincent Devictor (ISEM / Université de Montpellier, CNRS, IRD, EPHE, CIRAD, INRAP).
  • des Invités non-académiques : Amélie Le Mieux (ONB).

Contacts

Frédéric Gosselin

Co-pilote

EFNO - Écosystèmes forestiers

Clélia Sirami

Co-pilote

UMR DYNAFOR - Dynamiques et Écologie des Paysages Agriforestiers

Gabrielle Bouleau

Co-pilote

UMR LISIS - Laboratoire Interdisciplinaire Sciences Innovations Sociétés

Le centre

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