Anorexie mentale et dysbiose du microbiote intestinal
L’anorexie mentale est un trouble alimentaire sévère, qui se caractérise par une restriction alimentaire aboutissant à une perte de poids et à une dénutrition, à l'origine de complications somatiques et métaboliques potentiellement graves. L'anorexie mentale s'accompagne fréquemment de symptômes anxio-dépressifs et / ou d'une hyperactivité physique et intellectuelle aggravant les symptômes et rendant plus difficile la prise en charge.
Les causes de l'anorexie mentale restent encore peu connues et résultent certainement de plusieurs facteurs. Le microbiote intestinal est désormais reconnu comme un des facteurs associés de la maladie. Aucune étude n’avait encore démontré que ce microbiote pouvait à lui seul, induire certain symptômes comportementaux et conséquences somatiques de la maladie.
Publié le 25 août 2026
Dans un modèle murin, des souris axéniques ont été colonisées avec un microbiote provenant soit de patientes souffrant d’anorexie mentale, soit de témoins sains. Les souris ayant reçu le microbiote des patientes souffrant d'anorexie ont développé des manifestations très similaires aux symptômes observés dans la maladie humaine. Elles ont montré une diminution notable de leur prise alimentaire, associée à une augmentation de leur activité physique, modélisant l'hyperactivité décrite chez les patientes. Par ailleurs, elles présentaient des niveaux d’anxiété significativement plus élevés, mis en évidence par plusieurs tests comportementaux. Sur le plan biologique, les souris colonisées avec un microbiote anorexique ont développé une inflammation systémique, marquée par une augmentation de plusieurs cytokines pro-inflammatoires telles que le TNF-α, l’IL-4 et l’IFN-γ. Leur immunité muqueuse était également altérée, avec une baisse des concentrations fécales d’IgA et une diminution des cellules lymphoïdes innées, suggérant un affaiblissement des défenses immunitaires à l’interface intestin-microbiote. Enfin, des atteintes d’organes périphériques ont été observées, notamment une stéatose hépatique et des altérations ovariennes caractérisées par une réduction du nombre de follicules et des cycles irréguliers. Ainsi, ces résultats montrent que le microbiote issu de patientes souffrant d'anorexie mentale est capable d’induire chez la souris des symptômes comportementaux, métaboliques, immunitaires ainsi que des atteintes organiques spécifiques de la maladie, confirmant le rôle central que pourrait jouer l’écosystème intestinal dans la physiopathologie de l’anorexie mentale.
Cette étude montre un rôle causal du microbiote dans l’anorexie mentale. Le microbiote apparaît donc comme un élément clé de la physiopathologie de l’anorexie, révélant de nouvelles voies thérapeutiques. La modulation ciblée du microbiote pourrait être une approche thérapeutique prometteuse pour ces patients.