Alimentation, santé globale Temps de lecture 5 min
Des tutoriels pour auto-construire des bâtiments alimentaires, une solution pour les filières locales
Relocaliser l’alimentation, c’est aussi repenser les lieux où elle est produite. En réponse aux besoins des filières locales, chercheurs et professionnels ont développé des solutions innovantes : des bâtiments légers, durables et démontables, réalisables en auto-construction. Deux prototypes ont vu le jour, accompagnés de tutoriels en accès libre pour diffuser largement ces nouveaux modèles de « bâti alimentaire »
Publié le 12 décembre 2025
Le développement des systèmes alimentaires territorialisés et des circuits courts a créé de nouveaux besoins en bâtiments adaptés aux réalités des petites exploitations agricoles : structures légères, modulables, durables, énergétiquement performantes et accessibles aux porteurs de projets parfois installés sur des baux précaires ou du foncier public. C’est à partir de ce constat qu’est né BâtiAlim, un projet de recherche-action financé par la Fondation de France et la Fondation E&G Buffard, puis soutenu par la Région Occitanie. Son ambition : concevoir et expérimenter de nouveaux types de bâtiments alimentaires adaptés aux besoins des nouveaux producteurs.
Des bâtiments démontables : une solution pour faire face aux contraintes foncières
Lors d'une première étape du projet, un état des lieux du bâti alimentaire a été réalisé, complété par une étude des limites législatives à son développement. Ce travail préliminaire a permis de définir le concept de bâti alimentaire territorial, d'identifier les contraintes économiques et réglementaires, les besoins des acteurs de terrain et les marges d’innovation possibles. Ces travaux ont, entre autres, mis en évidence que la tension sur le foncier était un frein majeur. En effet, les mesures visant à limiter l'artificialisation des sols rendent difficile l'obtention de permis de construire aux nouveaux agriculteurs, qui peinent à démontrer rapidement la viabilité économique de leur exploitation, critère déterminant pour les services instruisant les permis de construire et les élus. Dans d'autres cas, certaines collectivités souhaitent installer exploitations sur du foncier public mais refusent toute construction définitive pour conserver la maîtrise du foncier. De plus, la propriété du bâtiment devient problématique et encourage peu les acteurs agricoles à investir. Le projet BâtiAlim (et sa suite BatiMouv), coordonné par Brigitte Nougarèdes (UMR Innovation), propose de répondre à ces contraintes par des solutions architecturales réversibles et écologiques, capables d’accompagner les installations progressives tout en préservant les terres agricoles. Leurs caractéristiques et avantages associés sont présentés dans le tableau suivant
Les avantages des bâtiments auto construits pour les agriculteurs | Les avantages des bâtiments auto construits pour les élus et techniciens territoriaux |
|---|---|
|
|
Présentation du projet - Film documentaire, réalisé par Bastien Defives
Une expérimentation en mode "recherche-action" et co-construction
A partir de la connaissance des besoins et contraintes des acteurs de terrain, l'expérimentation a été fondée sur une démarche participative associant chercheurs, élus, architectes, juristes, ingénieurs, structures d’appui à l’auto-construction et agriculteurs. En particulier, INRAE s'est associé à la coopérative ouvrière 3PCO, le CAUE (Conseil d'Architecture, d'Urbanisme et de l'Environnement) de l’Hérault, l’Institut Agro, les CIVAM du Gard, ainsi que des collectivités comme la Communauté de communes Lodévois Larzac ou le Pays Cœur d’Hérault.
Deux expérimentations ont été conduites. Elles ont fait l’objet d’un groupe de travail pluridisciplinaire chargé de concevoir, construire et évaluer les prototypes. Ces prototypes ont été conçus en modules en structure bois de 2,5 m sur 2,5 m réalisables à partir de matériaux écologiques locaux.
Deux prototypes, deux contextes d’expérimentation
- Bâtiments de stockage, à Lodève (Campeyroux) : deux bâtiments de stockage de matériel et de végétaux ont été co-construits pour accompagner l’installation de deux maraîchers. Ils comportent une chambre climatisée autonome permettant de stocker des végétaux sur un terrain dépourvu d’accès à l’électricité.
- Atelier de transformation, à Génolhac (Cévennes) : un second prototype porte sur un atelier de transformation de légumes pour micro-ferme maraîchère. Ce bâtiment de 23 m², complété d’un abri ouvert, permet la préparation, la cuisson, la stérilisation et le conditionnement de petites quantités de produits frais.
Des tutoriels pour rendre l'auto-construction accessible à tous
À l’issue des expérimentations, les équipes de BâtiAlim ont produit des tutoriels détaillés afin de permettre à d’autres porteurs de projets, agriculteurs, collectivités ou structures d’accompagnement, de reproduire les bâtiments en auto-construction. Ces ressources en libre accès comprennent la liste des matériaux et outils, les plans 2D et 3D, le descriptif étape par étape de la construction, des photos et vidéos pédagogiques, les résultats des évaluations techniques, économiques et paysagères. Ces documents ont pour vocation d'accompagner la diffusion d’un modèle d’architecture agricole durable, ancré dans les territoires et accessible à tous, conciliant sobriété foncière, autonomie et innovation collective.
TUTORIELS - Bâtiment de stockage et atelier de transformation
Tutoriel pour réaliser un bâtiment de stockage alimentaire en auto-construction pdf - 4.00 MB Tutoriel pour réaliser un atelier de transformation alimentaire en auto-construction pdf - 5.20 MB
Lien interne
Vers de nouvelles formes de bâti pour les filières alimentaires localesLe développement des circuits courts alimentaires s'accompagne d'un besoin de création de nouveaux bâtiments, adaptés aux enjeux de l'alimentation durable. Comment ces bâtiments sont-ils conçus et avec quelles contraintes ? Quelles innovations émergent pour répondre à ces défis ? Cet article met en avant des innovations identifiées dans les départements de l'Hérault, du Gard et des Bouches-du-Rhône. Elles sont présentées sous forme de fiches qui permettent notamment d'évaluer leur durabilité