Des tutoriels pour auto-construire des bâtiments alimentaires, une solution pour les filières locales

Relocaliser l’alimentation, c’est aussi repenser les lieux où elle est produite. En réponse aux besoins des filières locales, chercheurs et professionnels ont développé des solutions innovantes : des bâtiments légers, durables et démontables, réalisables en auto-construction. Deux prototypes ont vu le jour, accompagnés de tutoriels en accès libre pour diffuser largement ces nouveaux modèles de « bâti alimentaire »

Publié le 12 décembre 2025

© INRAE - B. Nougaredes

Le développement des systèmes alimentaires territorialisés et des circuits courts a créé de nouveaux besoins en bâtiments adaptés aux réalités des petites exploitations agricoles : structures légères, modulables, durables, énergétiquement performantes et accessibles aux porteurs de projets parfois installés sur des baux précaires ou du foncier public. C’est à partir de ce constat qu’est né BâtiAlim, un projet de recherche-action financé par la Fondation de France et la Fondation E&G Buffard, puis soutenu par la Région Occitanie. Son ambition : concevoir et expérimenter de nouveaux types de bâtiments alimentaires adaptés aux besoins des nouveaux producteurs.

Des bâtiments démontables : une solution pour faire face aux contraintes foncières

Lors d'une première étape du projet, un état des lieux du bâti alimentaire a été réalisé, complété par une étude des limites législatives à son développement. Ce travail préliminaire a permis de définir le concept de bâti alimentaire territorial, d'identifier les contraintes économiques et réglementaires, les besoins des acteurs de terrain et les marges d’innovation possibles. Ces travaux ont, entre autres, mis en évidence que la tension sur le foncier était un frein majeur. En effet, les mesures visant à limiter l'artificialisation des sols rendent difficile l'obtention de permis de construire aux nouveaux agriculteurs, qui peinent à démontrer rapidement la viabilité économique de leur exploitation, critère déterminant pour les services instruisant les permis de construire et les élus. Dans d'autres cas, certaines collectivités souhaitent installer exploitations sur du foncier public mais refusent toute construction définitive pour conserver la maîtrise du foncier. De plus, la propriété du bâtiment devient problématique et encourage peu les acteurs agricoles à investir. Le projet BâtiAlim (et sa suite BatiMouv), coordonné par Brigitte Nougarèdes (UMR Innovation), propose de répondre à ces contraintes par des solutions architecturales réversibles et écologiques, capables d’accompagner les installations progressives tout en préservant les terres agricoles. Leurs caractéristiques et avantages associés sont présentés dans le tableau suivant

 

Les avantages des bâtiments auto construits pour les agriculteurs

Les avantages des bâtiments auto construits pour les élus et techniciens territoriaux

  • Installation progressive :
    • Gestion de la prise de risque en limitant les coûts
    • Bâtiment non lié au foncier pouvant être déplacé, vendu ou transmis
    • Capacité à faire évoluer la production (transformation du système d’exploitation) et le lieu d’implantation du bâti
  • Réduction des coûts liés à la construction de bâtiments
  • Autonomie dans le conception et le processus de construction
  • Accès à des bâtiments écologiques, mieux intégrés sur le plan paysager ce qui favorise leur acceptabilité par les élus et les collectivités
  • Limitation de l’artificialisation des terres agricoles
  • Accompagnement et gestion des risques liés aux installations progressives
  • Installation d’agriculteurs sur du foncier public en limitant l’investissement en bâtiments et en conservant et la maîtrise foncière
  • Meilleure intégration paysagère
  • Démarche respectueuse de l’environnement via l’utilisation de matériaux écologiques, biosourcés et/ou recyclés

Présentation du projet - Film documentaire, réalisé par Bastien Defives

Une expérimentation en mode "recherche-action" et co-construction

A partir de la connaissance des besoins et contraintes des acteurs de terrain, l'expérimentation a été fondée sur une démarche participative associant chercheurs, élus, architectes, juristes, ingénieurs, structures d’appui à l’auto-construction et agriculteurs. En particulier, INRAE s'est associé à la coopérative ouvrière 3PCO, le CAUE (Conseil d'Architecture, d'Urbanisme et de l'Environnement) de l’Hérault, l’Institut Agro, les CIVAM du Gard, ainsi que des collectivités comme la Communauté de communes Lodévois Larzac ou le Pays Cœur d’Hérault.

Deux expérimentations ont été conduites. Elles ont fait l’objet d’un groupe de travail pluridisciplinaire chargé de concevoir, construire et évaluer les prototypes. Ces prototypes ont été conçus en modules en structure bois de 2,5 m sur 2,5 m réalisables à partir de matériaux écologiques locaux.

Deux prototypes, deux contextes d’expérimentation

  • Bâtiments de stockage, à Lodève (Campeyroux) : deux bâtiments de stockage de matériel et de végétaux ont été co-construits pour accompagner l’installation de deux maraîchers. Ils comportent une chambre climatisée autonome permettant de stocker des végétaux sur un terrain dépourvu d’accès à l’électricité.
  • Atelier de transformation, à Génolhac (Cévennes) : un second prototype porte sur un atelier de transformation de légumes pour micro-ferme maraîchère. Ce bâtiment de 23 m², complété d’un abri ouvert, permet la préparation, la cuisson, la stérilisation et le conditionnement de petites quantités de produits frais.

Des tutoriels pour rendre l'auto-construction accessible à tous

À l’issue des expérimentations, les équipes de BâtiAlim ont produit des tutoriels détaillés afin de permettre à d’autres porteurs de projets, agriculteurs, collectivités ou structures d’accompagnement, de reproduire les bâtiments en auto-construction. Ces ressources en libre accès comprennent la liste des matériaux et outils, les plans 2D et 3D, le descriptif étape par étape de la construction, des photos et vidéos pédagogiques, les résultats des évaluations techniques, économiques et paysagères. Ces documents ont pour vocation d'accompagner la diffusion d’un modèle d’architecture agricole durable, ancré dans les territoires et accessible à tous, conciliant sobriété foncière, autonomie et innovation collective.

Christine Jez

Contacts

Camille Clément

Chargée de partenariat et d’Innovation "Agriculture urbaine et alimentation des villes"

Département des sciences pour l'action, les transitions, les territoires

Coline Perrin

Directrice de recherche en géographie

UMR Innovation

Le centre

Le département

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