Les drosophiles changent de rythme pour mieux cohabiter

Chez la drosophile, la communication sexuelle peut modifier les horaires d’activité et favoriser la coexistence entre espèces. Des chercheurs d’INRAE et leurs collègues montrent que la dopamine intervient dans cette adaptation. Selon le mode de communication sensorielle utilisé, certaines espèces deviennent nocturnes tandis que d’autres privilégient le jour.

Publié le 12 octobre 2026

© INRAE, Junaid Mir

Des drosophiles actives à des moments différents

La drosophile est une petite mouche qui vit notamment dans des environnements où plusieurs espèces se retrouvent autour des mêmes sources de nourriture, comme les fruits en décomposition. Le genre Drosophila compte environ 2 000 espèces, dont beaucoup partagent les mêmes espaces et les mêmes ressources. Des chercheurs d’INRAE, de Paris-Saclay Institute of Neuroscience (NeuroPSI) et de l’Université Paris-Saclay, ont étudié leur activité quotidienne. Lorsqu’elles sont isolées, les espèces étudiées sont actives au crépuscule, en laboratoire comme dans des conditions extérieures. En communauté, leurs rythmes diffèrent.

La vie en communauté modifie leurs rythmes

Les chercheurs montrent dans des travaux publiés dans la revue Nature Ecology & Evolution que les interactions entre individus entraînent rapidement une réorganisation des périodes d’activité. Alors qu’elles sont habituellement actives au crépuscule, notamment le matin et le soir, certaines espèces déplacent leur activité vers la nuit, tandis que d’autres l’orientent vers la journée. L’ampleur et la direction de ces changements varient selon les espèces.

Les interactions sexuelles déplacent leur activité

Cette réorganisation est liée aux interactions socio-sexuelles. Le mode de communication utilisé lors de la parade nuptiale contribue notamment à déterminer si l’activité se déplace vers le jour ou vers la nuit. Les espèces qui utilisent surtout des signaux chimiques déplacent leur activité vers la nuit. Celles qui s’appuient davantage sur la vision l’orientent vers le jour. Les interactions sexuelles contribuent ainsi à séparer les périodes d’activité.

La dopamine coordonne les interactions

Les chercheurs montrent que cette adaptation passe notamment par la dopamine, une substance qui participe au fonctionnement du cerveau. Chez les mâles, la présence de femelles de la même espèce modifie cette signalisation. Elle favorise l’éveil et la motivation sexuelle, ce qui modifie le moment des interactions. Cette adaptation contourne l’horloge circadienne habituelle. En décalant leurs périodes d’activité, les espèces réduisent ainsi le chevauchement de leurs modes de vie et peuvent mieux coexister dans un même environnement.

Référence : Ghosh, S., Zhong, P., Suray, C. et al. Mating imperatives drive plasticity of the daily temporal niche in fruit flies. Nat Ecol Evol (2026). https://doi.org/10.1038/s41559-026-03175-2

Arnaud Ridel

Rédacteur

Département Santé des Plantes et Environnement

Contacts

Abhishek Chatterjee

Chercheur

Institut d'écologie et des sciences de l'environnement de Paris

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