Biodiversité Temps de lecture 3 min
Un code-barre ADN pour les abeilles sauvages de France : une révolution pour leur protection
Comment des scientifiques du laboratoire Dynamiques et écologie des paysages agriforestiers (Dynafor – Toulouse INP AgroToulouse/EI Purpan/INRAE) du centre Occitanie-Toulouse, experts en écologie ont construit des bases de données naturalistes et moléculaires pour contribuer à la sauvegarde des pollinisateurs en danger. Leur travail, fruit de plus de dix ans de collecte et d’analyses, offre aujourd’hui un outil clé pour comprendre, suivre et protéger ces insectes indispensables à notre écosystème.
Publié le 19 octobre 2026
La France abrite près de 1 000 espèces d’abeilles sauvages, qui jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement des écosystèmes en assurant le service de pollinisation des cultures, des arbres fruitiers et des plantes sauvages. Pourtant, leur déclin alarmant menace notre sécurité alimentaire. Grâce à une décennie de travail, des scientifiques du laboratoire Dynafor ont constitué plusieurs bases de données naturalistes et moléculaires qui sont des outils précieux pour suivre l’évolution de ces insectes, comprendre leur diversité et leur vulnérabilité, et renforcer les actions visant à les protéger. Ces données contribuent par exemple à l’établissement des listes rouges, arbitrant de l’état de conservation des espèces.
Un trésor de données sur les pollinisateurs
Depuis 2010, plusieurs chercheuses et chercheurs du laboratoire Dynafor ont participé à la collecte de plus de 24 000 spécimens d’abeilles sauvages dans la Zone Atelier Pyrénées-Garonne (PYGAR), un territoire représentatif des mosaïques paysagères du Sud-Ouest de la France. Cette collection, qui couvre 270 espèces (soit près de 30 % de la diversité française), a permis de créer des bases de données moléculaires de référence. Parmi elles :
- Une base régionale avec le code-barre ADN 16S constituée de 530 individus représentant 171 espèces, couvrant 63 % des abeilles de la zone d’étude.
- Une base nationale avec le code-barre ADN COI, fruit d’une collaboration entre 16 partenaires du réseau thématique de recherche en écologie de la pollinisation (RT Pollineco), qui atteint 94 % des 982 espèces d’abeilles sauvages de France.
Ensuite avec l’aide d’experts entomologistes, les scientifiques ont combiné les analyses ADN (barcoding moléculaire) avec des inventaires naturalistes (observations sur le terrain) pour identifier les espèces avec précision. Ces données, partagées en open science, alimentent désormais des projets de suivi non létal de la biodiversité, comme l’analyse de l’ADN environnemental prélevé sur des fleurs (metabarcoding).
« Ces bases de données sont une première étape cruciale pour déployer des méthodes innovantes de suivi des pollinisateurs, sans avoir à capturer ou tuer les insectes. Elles nous permettent aussi d’affiner les listes rouges des espèces menacées et de mieux comprendre leurs interactions avec les plantes. » — Magalie Pichon, chercheuse à INRAE et co-autrice des travaux.
Pourquoi c’est important ?
Le déclin des pollinisateurs, lié aux activités humaines (agriculture intensive, urbanisation, pesticides), est un enjeu mondial. En France, malgré une 4ᵉ place européenne en diversité d’abeilles sauvages, les outils pour les étudier et les protéger manquaient cruellement. Ces travaux répondent à deux défis majeurs. D’une part améliorer la conservation en identifiant les espèces menacées via des listes rouges actualisées. Et d’autre part, développer des outils modernes à travers le barcoding ADN et le métabarcoding qui permettent un suivi à grande échelle, même pour des espèces difficiles à distinguer morphologiquement. Ces avancées ouvrent aussi la voie à des méthodes innovantes de suivi non létal des pollinisateurs par l’analyse ADN des traces laissées par les abeilles sur les fleurs (ADN environnemental). Ainsi il sera possible de suivre leurs déplacements et mieux comprendre leurs interactions avec les plantes.
Dès à présent ces méthodes (barcoding ADN, métabarcoding et ADN environnemental) pourraient être intégrés à des programmes de suivi et de conservation des pollinisateurs, comme le Plan national en faveur des insectes pollinisateurs ou le dispositif européen EUPoMS.
À terme, l’objectif est de généraliser ces méthodes pour un suivi en temps réel de la biodiversité, essentiel pour adapter les politiques de protection.
Définitions
Barcoding moléculaire ou barcoding ADN : le barcoding moléculaire, est une méthode d’identification des espèces basées sur l’analyse d’une courte séquence d’ADN, le code-barre ADN. Cette séquence est caractéristique d’une espèce et peut être comparée à celles présentes dans des bases de données de référence.
Métabarcoding ADN : alors que le barcoding ADN permet d’identifier une seule espèce, le métabarcoding est une méthode qui permet d’identifier plusieurs espèces présentes dans un même échantillon.
ADN environnemental : c’est une approche de métabarcoding qui permet de détecter la présence d’espèces sans avoir besoin de les observer ou de les capturer par analyse des fragments d’ADN laissés par les organismes dans leur environnement, sous forme de cellules, mucus, fèces, peau, etc.
Références :
Ollivier M, Marquisseau A, Dufrêne E, Rudelle R, Rougerie R, Perrard A, Pichon M; CODABEILLES Consortium. CODABEILLES: a reliable reference library of COI DNA barcodes for French wild bees monitoring (Apoidea: Anthophila). BMC Ecol Evol. 2025 Nov 13;25(1):121. doi: 10.1186/s12862-025-02429-0. PMID: 41233723; PMCID: PMC12613473.
Ollivier M, Rivers-Moore J, Pichon M, Andrieu E, Carrié R, Rudelle R, Sarthou J-P, Ouin A (2024) Wild bees (Apoidea, Anthophila) of south-west France: more than 10 years of inventories in mosaic landscapes of "Vallées et Coteaux de Gascogne" (ZA-PYGAR). Biodiversity Data Journal 12: e135157. https://doi.org/10.3897/BDJ.12.e135157