Agroécologie Temps de lecture 3 min
Le climat change la carte de la pyrale du daphné
Depuis les années 1950, le réchauffement hivernal semble déplacer vers le nord les zones climatiques favorables à la pyrale du daphné, un ravageur émergent de la vigne, notamment en Europe occidentale. À l’inverse, la hausse des températures estivales s’accompagne d’une diminution de ces zones en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Des chercheurs d’INRAE ont modélisé ces évolutions et les ont projetées à l’horizon 2041-2060.
Publié le 26 octobre 2026
Un ravageur secondaire ?
Largement présente dans le bassin méditerranéen, la pyrale du daphné (Cryptoblabes gnidiella) est un papillon qui se nourrit de nombreuses plantes, dont la vigne, les agrumes et l’avocatier. Sur la vigne, ses larves abîment les grappes, qui flétrissent et deviennent vulnérables aux infections fongiques, avec des pertes de rendement plus ou moins importantes selon les conditions. Longtemps considérée comme ravageur secondaire dans les vignobles européens, elle suscite un intérêt croissant, avec des signalements plus fréquents et une extension vers des secteurs viticoles auparavant moins exposés.
Une carte climatique qui se redessine
Des scientifiques d’INRAE, de l’Institut français de la vigne et du vin et de l’université turque Hacettepe ont développé un modèle reliant la distribution géographique de l’espèce aux conditions climatiques. Il évalue l’adéquation climatique, c’est-à-dire la correspondance entre le climat d’un lieu et celui permettant le maintien de populations viables. Publiée dans la revue Climate Change Ecology, l’étude porte sur trois périodes (1951-1980, 1981-2000, 2001-2024), puis projette la situation en 2041-2060 selon quatre scénarios différents.
Hivers plus doux, étés plus chauds
Depuis les années 1950, le climat est progressivement devenu plus favorable à la pyrale du daphné en France, en Italie et au Portugal. Les hivers plus doux semblent y jouer un rôle clé. Le froid freine normalement la prolifération de cet insecte, les hivers moins rudes pourraient ainsi lui permettre de s’installer là où le climat lui était auparavant moins favorable. Cela est cohérent avec sa progression vers l’intérieur des terres, observée dans certaines régions françaises. A l’inverse, la hausse des chaleurs estivales pourrait rendre le climat moins favorable à l’insecte en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, notamment en Égypte et en Israël. La situation varie quant à elle, selon les régions en Espagne, en Grèce et en Turquie.
La Nouvelle-Aquitaine à surveiller
Les projections pour 2041-2060 suggèrent que ces tendances pourraient se poursuivre, notamment dans certaines régions viticoles du sud et de l’ouest de la France, dont la Nouvelle-Aquitaine. Des pyrales du daphné ont récemment été détectées en Gironde et dans le Gers, mais aucune population ne semble établie pour le moment dans ces vignobles. Ces observations plaident ainsi pour un renforcement de la surveillance.
Des résultats à interpréter avec prudence
Ces modèles estiment les variations de l’adéquation climatique et permettent d’évaluer la distribution potentielle de la pyrale du daphné, mais ne prédisent ni l’évolution des populations ni l’ampleur des dégâts. Les microclimats, la disponibilité des plantes-hôtes, l’irrigation ou encore la capacité d’adaptation des populations peuvent également influer sur sa répartition et sa dynamique. Des suivis de terrain et des modèles intégrant la dynamique des populations, la dispersion de l’insecte et l’évolution de ses traits d’histoire de vie permettraient de mieux évaluer les risques liés à sa progression dans les vignobles français et européens.
Référence : Jean-Pierre Rossi, Jean-Claude Streito, Kahraman İpekdal, Nicolas Constant, Climate change reshapes suitable areas for the honeydew moth Cryptoblabes gnidiella in the Mediterranean, Climate Change Ecology, Volume 12, 2026, 100121, ISSN 2666-9005, https://doi.org/10.1016/j.ecochg.2026.100121