André Torre, premier Français lauréat du prix en sciences régionales de l’ERSA

André Torre, directeur de recherche INRAE a reçu le prix en sciences régionales de l'ERSA (European Regional Science Association). Le jury a distingué l'ensemble de ses recherches sur les relations de proximité et les processus de développement territorial. Il est le premier chercheur français à recevoir cette distinction, créée en 2003.

Publié le 27 août 2026

© INRAE

Ce qu’il faut retenir :

  • André Torre, directeur de recherche INRAE, est le premier chercheur français à recevoir le Prix ERSA en Sciences Régionales, créé en 2003.
  • Le jury distingue l’ensemble de ses recherches sur les relations de proximité et les processus de développement territorial.
  • Le développement territorial, les questions de proximité, d’économie circulaire et les conflits d’usage de l’espace, notamment pour l’affectation des sols, sont au cœur de ses recherches.
  • Président du Centre INRAE de Corse, André Torre est un chercheur internationalement reconnu, auteur de plus de 200 articles scientifiques et de 25 ouvrages.

André Torre est directeur de recherche INRAE à l'UMR SAD-APT (AgroParisTech, INRAE, Université Paris-Saclay), professeur d'économie à l'université Paris-Saclay, président du centre INRAE de Corse, et titulaire de la chaire Sporck en géographie de l'université de Liège. Auteur de plus de 200 articles scientifiques et de 25 ouvrages en français, en anglais et en italien, il figure parmi les 0,5 % de chercheurs les plus cités dans le monde toutes disciplines confondues (ScholarGPS). Chercheur et auteur internationalement reconnu, il dirige depuis 2011 la Revue d'Économie Régionale et Urbaine (1). 

La science régionale étudie les territoires, le développement local, les villes et les zones rurales, l'occupation des sols et les politiques régionales, en mobilisant l'économie, la géographie, l'aménagement ou encore la sociologie. Ce prix couronne une vie entière consacrée à cette discipline : recherches marquantes, publications reconnues par la communauté scientifique et au-delà, ainsi qu'un actif travail d'édition et de vulgarisation des recherches de son domaine. 

23 chercheurs européens l'ont précédé au palmarès depuis 2003. « Quand je regarde la liste des précédents titulaires du prix je suis impressionné, car ce sont mes maîtres, et je mesure tout ce que je leur dois en termes d'héritage scientifique. » Qu'il revienne pour la première fois à un chercheur français lui inspire une fierté collective. « Je pense qu'il était temps qu'un chercheur français soit distingué, en particulier par la qualité des recherches que nous avons menées dans différents champs de la discipline et les avancées que nous avons produites. Nous avons contribué à lui donner une dimension plus humaine et de terrain. »

Deux axes de recherche appliqués au monde agricole et rural

Le jury a distingué l'ensemble des recherches d’André Torre sur les relations de proximité et les processus de développement territorial, saluant « la qualité exceptionnelle de ses recherches en sciences régionales et sa contribution à l'avancée des réflexions sur les questions de proximité et de développement territorial ». 

Sa première contribution porte sur les processus de développement territorial, c'est-à-dire sur l'explication des dynamiques de croissance, ou de stagnation, des campagnes, des villages et des villes, dans leurs dimensions économiques et sociales. La seconde, qu'il présente comme le fondement théorique de ses recherches, est l'analyse des relations de proximité : être proche, montre-t-il, ne se réduit pas à être voisin. André Torre a analysé les avantages et les inconvénients de la proximité géographique, qui permet de travailler ensemble autant qu'elle expose au conflit de voisinage, et les formes de proximité qui font que l'on peut se sentir proche de personnes éloignées, ou travailler avec elles. Il a appliqué ces deux axes en priorité à des sujets liés aux activités agricoles et aux zones rurales.

Sur l'économie circulaire, le chercheur a montré que le recyclage des ressources devait avant tout se réaliser au niveau local afin d'être vertueux. « Ça n'a pas une grande valeur écologique de recycler un produit si l'on doit l'envoyer en bateau de l'autre côté de la terre pour le faire. » Le raisonnement vaut aussi en amont de la chaîne, « la meilleure ressource est celle que l'on extrait ou produit sur place et non que l'on importe, et donc qui vient du territoire ».

Au sujet des conflits d'usage de l'espace, il a montré qu'en dehors des villes, les principaux conflits ne concernent pas les activités agricoles elles-mêmes, mais bien l'affectation des sols, et tout particulièrement le passage de zones agricoles à des terrains constructibles, bien plus rentables. « Ces résultats ont été réalisés par un intense travail de terrain, à travers de nombreux programmes, qui ont permis de renseigner des informations, parfois pendant des dizaines d'années. »

D'un laboratoire d'économie industrielle aux espaces ruraux

Docteur en économie de l'université de Nice Sophia Antipolis en 1985, André Torre y est d'abord enseignant, puis maître de conférences, avant de rejoindre le CNRS en 1986, au laboratoire LATAPSES, à la frontière de l'économie spatiale et de l'économie industrielle. Recruté à l'INRA en 1994, d'abord au laboratoire de recherches sur le développement de l'élevage à Corte, puis à l'UMR SAD-APT à partir de 1997, il y dirigera l'équipe Proximités à partir de 2000. Ses travaux se sont progressivement orientés vers le développement territorial et l'aménagement du territoire, sous l'angle de la proximité.

De 2008 à 2020, il coordonne au niveau national le programme PSDR (Pour et Sur le Développement Régional), dispositif de recherche partenariale associant organismes de recherche et conseils régionaux. Il a par ailleurs présidé l'ASRDLF (2008-2011), l'ERSA elle-même (2019-2023) et le COFECUB, comité d'évaluation de la coopération scientifique franco-brésilienne (2020-2025), et dirigé la Maison des sciences de l’homme de Paris-Saclay. Il préside le centre INRAE de Corse depuis 2019, où il a débuté sa carrière à l'institut. Membre de l'Academia Europaea et de l'Académie d'agriculture de France, il occupe en 2025-2026 la chaire Sporck en géographie de l'université de Liège, et a encadré 19 thèses de doctorat.

Transmettre et éclairer les politiques publiques

« Arrivé à ce stade de ma carrière scientifique, c'est à présent surtout la transmission des connaissances, ainsi que la vulgarisation des résultats dans le cadre de politiques publiques qui m’importent », indique André Torre. Il vient d'achever un ouvrage de synthèse sur les relations de proximité, à paraître à l'automne 2026, et figure parmi les 3 experts de référence de la grande étude sur le financement des zones rurales que les ministères français de l'Aménagement du territoire et de la Ruralité ont lancée avec l'OCDE en juillet 2026. 

Le prix ERSA en sciences régionales

Le prix ERSA en sciences régionales a été créé pour récompenser les scientifiques d'exception au niveau européen et pour renforcer l'image de l'association dans le monde scientifique. Il est décerné chaque année à un scientifique régional européen de haut niveau, sur recommandation d'un jury indépendant. Le lauréat est désigné à l'issue d'une consultation internationale au cours de laquelle les chercheurs sont invités à proposer des noms. 

  1. L'ensemble de ses publications est consultable sur HAL, ainsi que sur son site personnel 
Anna Mutelet

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