Le débroussaillement : les clés du passage à l'action

Mettre en sécurité les habitations situées à proximité des massifs forestiers face au risque croissant des incendies de forêt : une urgence face au changement climatique.

Publié le 08 octobre 2026

© INRAE

Les travaux de recherche ont montré que le débroussaillement est la mesure la plus efficace pour réduire l’intensité et limiter la propagation des feux de forêt et pour mettre en sécurité les biens et les personnes résidant en proximité d’espaces naturels. Pourtant établi comme une obligation réglementaire, il reste trop peu appliqué. Pourquoi ce constat ? Et comment y remédier ?

Comprendre les enjeux du débroussaillement

Avec l’intensification du changement climatique, les incendies de forêt deviennent plus fréquents, plus longs et plus destructeurs. En 2022, 90 départements français ont été touchés par au moins un feu significatif. D’ici 2050, la quasi-totalité du territoire français sera exposée à ce risque croissant.

Les zones dites d’interface habitat-forêt, où les habitations côtoient les massifs boisés, sont particulièrement vulnérables. Dans le sud de la France, ces interfaces se multiplient, exposant davantage de personnes et de biens.

Face à cette menace, le débroussaillement s’impose comme la mesure de prévention la plus efficace. Il permet de ralentir la propagation du feu, de protéger les habitations et de permettre l’intervention des secours en toute sécurité. Pourtant, malgré son efficacité prouvée, cette obligation légale reste largement ignorée. Selon le ministère de la Transition écologique, 90 % des maisons détruites lors des feux de forêts n’étaient pas, ou mal, débroussaillées.

Quelques chiffres clés :

  • 46 % du territoire des Bouches-du-Rhône est exposé au risque incendie.
  • 10 communes sur les 119 du département sont concernées.
  • En Isère, le feu de Voreppe (2022) a brûlé plus de 130 hectares, et nécessité l’évacuation des habitants des quartiers riverains, engendrant une prise de conscience des acteurs publics du territoire.
  • En 2003, l’incendie de Néron aux portes de Grenoble avait duré 33 jours.


Un projet pour comprendre et agir

Le projet « Débroussaillement : les clefs du passage à l’action » est porté par INRAE et le Behavioural Insights Team (BIT) avec des partenaires territoriaux du Parc naturel des Alpilles, et de la région grenobloise, sur deux territoires dont la culture du risque de feu de forêt est différente : les Bouches-du-Rhône et l'Isère. Il vise à comprendre pourquoi les Obligations Légales de Débroussaillement (OLD) sont si peu appliquées, et à concevoir des solutions concrètes pour y remédier en investiguant les déterminants du passage à l’action, aux niveaux individuel, collectif et structurel à l’aune des sciences comportementales.

Ce projet cherche à identifier les leviers qui pourraient inciter les propriétaires à débroussailler, mais aussi à mieux outiller les acteurs relais impliqués dans la promotion ou l’accompagnement à la réalisation des OLD comme les municipalités, les comités de prévention des incendies et les notaires.


Une méthodologie innovante fondée sur les sciences sociales

La méthodologie s’articule autour d’une revue de l’existant, d’entretiens avec des experts et d’un diagnostic de terrain approfondi auprès des publics cibles de l’étude.

Conduit de l'automne 2025 à l'été 2026 dans les Bouches-du-Rhône (24 communes) et en Isère (8 communes), le diagnostic a permis de recueillir les témoignages et observations d’environ 170 personnes : propriétaires, élus, notaires, agents de l’ONF, services de l’État, entreprises de paysage et d’autres acteurs concernés par les OLD.

Les résultats montrent que le passage à l’action ne repose pas sur un frein, mais sur un ensemble de mini-obstacles de type sociaux, comportementaux, économiques et physiques rencontrés par les personnes tout au long du parcours des OLD. L’équipe a proposé une approche des résultats selon le modèle structurant du parcours selon 3 axes d’analyse : savoir, vouloir et pouvoir agir.

  • Savoir : de nombreux propriétaires ignorent être concernés, ne se sentent pas concernés par le risque ou en attribuent la responsabilité à un autre acteur (commune, ONF, syndic) plutôt que de se l'approprier. Beaucoup peinent aussi à comprendre précisément ce qui est attendu. 
  • Vouloir : les bénéfices du débroussaillement apparaissent souvent moins tangibles que ses coûts immédiats, qu’ils soient financiers, esthétiques ou pratiques.
  • Pouvoir : la capacité physique nécessaire, l’organisation des travaux, leur coût, le recours à des professionnels ou encore la gestion des déchets verts constituent des obstacles fréquemment relevés.

L'obligation de débroussailler une partie de la parcelle du voisin est un point de blocage unanimement rejeté de la réglementation : elle est mal connue, perçue comme injuste, et se heurte à des situations concrètes (voisins injoignables, conflits, absence de mécanisme simple pour intervenir sans accord). Selon la police municipale dans l’Isère, cette question concernerait environ 70 % des situations rencontrées.

Le diagnostic met également en évidence le rôle essentiel des acteurs relais. Communes, ONF, notaires, assureurs, agents immobiliers ou entreprises du paysage disposant chacun d’un levier d’action, mais leurs interventions restent souvent peu coordonnées.

Là où un élu s'empare du sujet et le traduit en actions concrètes, les résultats suivent. Une commune qui montre l’exemple peut elle-même entraîner l’adhésion des habitants. En revanche, une commune voisine, pourtant soumise au même arrêté et au même risque, peut rester totalement inactive si personne ne s’en empare.

Une plateforme web est envisagée pour présenter les résultats du diagnostic afin de faciliter l’exploration et l’appropriation par les acteurs concernés par les OLD.

Des résultats attendus à plusieurs niveaux

L’ambition du projet est de produire des préconisations et des outils simples, efficaces et adaptés aux réalités locales pour :

  • Les acteurs relais (municipalités, comités de prévention des risques, notaires, professionnels de l’immobilier…) : mieux informer, inciter et accompagner les propriétaires à débroussailler.
  • Les propriétaires : augmenter leur motivation, notamment en travaillant sur la perception des risques, et faciliter le passage à l’action.

Aujourd’hui, trois ateliers de co-construction sont conduits été et automne 2026, avec le comité scientifique du projet, les partenaires (ONF, communes du PNR des Alpilles) pour reconstituer le parcours réel des propriétaires, identifier les points de crispation et transformer les idées en pistes évaluables.

Sept pistes de solution sont aujourd'hui à l'étude et répondent aux différents freins identifiés par le diagnostic :

  • Rendre la règle lisible et stable, 
  • Faire arriver l’information au moment où elle peut servir, 
  • Rendre le risque et la protection tangibles, 
  • Rendre le geste faisable et abordable, 
  • Constater le travail fait, reconnaitre et contrôler, 
  • Faire du quartier l’échelle de l’action,
  • Donner à la commune et aux relais les moyens d’agir.

La solution retenue fera l’objet d’une expérimentation sur le terrain et d’une évaluation afin de mesurer leur impact sur les comportements.

Un enjeu collectif, une responsabilité partagée

Depuis janvier 2025, les obligations de débroussaillement doivent être portées à la connaissance des futurs acquéreurs ou locataires de biens situés en zone à risque.

C’est pourquoi le projet s’attache à comprendre les motivations et les blocages de chacun. Il ne s’agit pas seulement d’informer, mais de créer les conditions favorables à l’action. En mobilisant les sciences comportementales, le projet propose une approche pragmatique, respectueuse du libre arbitre des individus et un accompagnement durable vers des comportements vertueux.

Une dynamique collective pour un enjeu national

Ce projet s’inscrit dans la continuité du programme REDURISK, qui avait déjà permis de mieux comprendre les comportements face au risque incendie. Il mobilise une large coalition d’acteurs : chercheurs, collectivités, associations, services de secours, et bien sûr, les citoyens eux-mêmes.

Coordonné par Armelle Favery (INRAE), accompagnée de Léa Magnard en charge du projet, avec l’appui d’experts en écologie du feu, comme Anne Ganteaume,  Eric Rigolot et Sylvain Dupire, scientifiques INRAE, ainsi que Claire Dale et Lola de la Hosseraye, conseillères en accompagnement au changement de comportement de l’agence Behavioural Insights Team (BIT), et Jonathan Baudel, chargé de mission DFCI du PNR des Alpilles, ce projet entend faire du débroussaillement une pratique partagée, comprise et adoptée. Car prévenir les incendies, c’est protéger nos vies, nos biens et nos territoires. 

Contact

Anne Ganteaume

Directrice de recherche Ecologue du feu

RECOVER

Sylvain Dupire

Ingénieur de recherche

LESSEM

Le centre

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En savoir plus

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