Agroécologie Temps de lecture 3 min
Des nano-anticorps pour déjouer les ravageurs agricoles
Limiter les insectes ravageurs agricoles sans recourir à des solutions chimiques, c’est l’une des perspectives offertes par les travaux menés par des chercheurs d’INRAE et du CNRS. En développant des nano-anticorps capables de cibler une protéine essentielle à la communication entre certains insectes, l’équipe de recherche propose une approche innovante de biocontrôle. Une avancée prometteuse pour réduire les populations de ravageurs et protéger les cultures de manière plus respectueuse de l’environnement.
Publié le 24 juin 2026
De nouvelles perspectives s’ouvrent pour lutter efficacement et durablement contre certains insectes ravageurs des cultures. Des chercheurs de l’Institut d’écologie et des sciences de l’environnement de Paris (iEES-Paris) et leurs collègues du Laboratoire d’ingénierie des systèmes macromoléculaires (LISM) ont validé une méthode innovante reposant sur les vésicules extracellulaires, de minuscules enveloppes naturellement produites par les cellules, pour produire des nano-anticorps ciblant des protéines membranaires complexes.
Ces protéines, situées à la surface des cellules, jouent un rôle essentiel dans de nombreux mécanismes biologiques. Mais leur étude reste particulièrement difficile, car elles perdent facilement leur structure naturelle lorsqu’elles sont isolées. Pour surmonter cet obstacle, les scientifiques utilisent les vésicules extracellulaires comme des « présentoirs » biologiques capables de conserver ces protéines dans un état proche de celui observé dans le vivant.
L’équipe s’est intéressée à une protéine membranaire appelée SNMP1, présente chez de nombreux insectes dont Spodoptera littoralis, un papillon de nuit dont les chenilles causent d’importants dégâts aux cultures. Cette protéine joue un rôle clé dans la détection des phéromones sexuelles, les signaux chimiques qui permettent aux insectes de se rencontrer pour se reproduire.
Grâce à cette approche, les scientifiques ont obtenu des nano-anticorps capables de reconnaître spécifiquement SNMP1. Pouvant atteindre des cibles inaccessibles aux anticorps classiques en raison de leur bien plus petite taille, ces nano-anticorps pourraient à terme être utilisés pour bloquer le fonctionnement de SNMP1 et perturber la communication chimique entre les insectes. En limitant leur capacité à détecter les signaux nécessaires à l’accouplement, cette stratégie pourrait réduire leur reproduction et, par conséquent, les populations et les dommages causés aux cultures.
Publiés dans la revue Journal of Extracellular Biology, ces travaux ouvrent la voie à de nouvelles solutions de biocontrôle ciblées et respectueuses de l’environnement. La méthode pourrait en effet être adaptée à d’autres insectes nuisibles dont la reproduction repose également sur la détection de phéromones, offrant ainsi de nouvelles perspectives pour protéger durablement les cultures.
Référence : Dogliani, A., L. Fradale, C. Valeille, et al. 2026. "Generation of Nano-Antibodies Targeting the SNMP1 Membrane Receptor of Spodoptera littoralis Using Extracellular Vesicles.” Journal of Extracellular Biology5, no. 4: e70118. https://doi.org/10.1002/jex2.70118