Des nano-anticorps pour déjouer les ravageurs agricoles

Limiter les insectes ravageurs agricoles sans recourir à des solutions chimiques, c’est l’une des perspectives offertes par les travaux menés par des chercheurs d’INRAE et du CNRS. En développant des nano-anticorps capables de cibler une protéine essentielle à la communication entre certains insectes, l’équipe de recherche propose une approche innovante de biocontrôle. Une avancée prometteuse pour réduire les populations de ravageurs et protéger les cultures de manière plus respectueuse de l’environnement.

Publié le 24 juin 2026

© INRAE, Michel Renou

De nouvelles perspectives s’ouvrent pour lutter efficacement et durablement contre certains insectes ravageurs des cultures. Des chercheurs de l’Institut d’écologie et des sciences de l’environnement de Paris (iEES-Paris) et leurs collègues du Laboratoire d’ingénierie des systèmes macromoléculaires (LISM) ont validé une méthode innovante reposant sur les vésicules extracellulaires, de minuscules enveloppes naturellement produites par les cellules, pour produire des nano-anticorps ciblant des protéines membranaires complexes.

Ces protéines, situées à la surface des cellules, jouent un rôle essentiel dans de nombreux mécanismes biologiques. Mais leur étude reste particulièrement difficile, car elles perdent facilement leur structure naturelle lorsqu’elles sont isolées. Pour surmonter cet obstacle, les scientifiques utilisent les vésicules extracellulaires comme des « présentoirs » biologiques capables de conserver ces protéines dans un état proche de celui observé dans le vivant.

L’équipe s’est intéressée à une protéine membranaire appelée SNMP1, présente chez de nombreux insectes dont Spodoptera littoralis, un papillon de nuit dont les chenilles causent d’importants dégâts aux cultures. Cette protéine joue un rôle clé dans la détection des phéromones sexuelles, les signaux chimiques qui permettent aux insectes de se rencontrer pour se reproduire.

Grâce à cette approche, les scientifiques ont obtenu des nano-anticorps capables de reconnaître spécifiquement SNMP1. Pouvant atteindre des cibles inaccessibles aux anticorps classiques en raison de leur bien plus petite taille, ces nano-anticorps pourraient à terme être utilisés pour bloquer le fonctionnement de SNMP1 et perturber la communication chimique entre les insectes. En limitant leur capacité à détecter les signaux nécessaires à l’accouplement, cette stratégie pourrait réduire leur reproduction et, par conséquent, les populations et les dommages causés aux cultures.

Publiés dans la revue Journal of Extracellular Biology, ces travaux ouvrent la voie à de nouvelles solutions de biocontrôle ciblées et respectueuses de l’environnement. La méthode pourrait en effet être adaptée à d’autres insectes nuisibles dont la reproduction repose également sur la détection de phéromones, offrant ainsi de nouvelles perspectives pour protéger durablement les cultures.

Référence : Dogliani, A., L. Fradale, C. Valeille, et al. 2026. "Generation of Nano-Antibodies Targeting the SNMP1 Membrane Receptor of Spodoptera littoralis Using Extracellular Vesicles.” Journal of Extracellular Biology5, no. 4: e70118. https://doi.org/10.1002/jex2.70118

Arnaud Ridel

Rédacteur

Département Santé des Plantes et Environnement

Contacts

Emmanuelle Jacquin-Joly

Chercheuse

Institut d'écologie et des sciences de l'environnement de Paris (IEES)

Le centre

Le département

En savoir plus

Biodiversité

Une nouvelle cible dans la lutte contre la noctuelle du coton

COMMUNIQUE DE PRESSE - Des chercheurs de l’Inra et de Sorbonne Université - en association avec une équipe chinoise1 - ont identifié une nouvelle famille de récepteurs aux phéromones chez Spodoptera littoralis (noctuelle du coton), un papillon ravageur polyphage. Ces travaux, parus le 3 décembre 2019 dans la revue eLife, mettent en lumière l’apparition multiple au cours de l’évolution des récepteurs aux phéromones sexuelles chez les noctuelles, tout en proposant une nouvelle cible pour le développement de méthodes de biocontrôle.

18 décembre 2019

Agroécologie

Protection contre les ravageurs de cultures : l’effet insoupçonné d’une phéromone sexuelle

COMMUNIQUÉ DE PRESSE - Une étude INRAE menée sur des noctuelles, des papillons ravageurs, révèle le rôle des phéromones émises par les femelles. Elles ont pour effet d’imposer un rythme biologique circadien aux mâles, favorisant la rencontre entre les deux sexes durant les périodes de reproduction. Fait étonnant, l’effet d’un de ces composés chimiques surpasserait celui de la lumière dans la mise à jour de l’horloge interne, une découverte qui pourrait accélérer la mise en œuvre de nouvelles applications de biocontrôle dans les champs.

02 avril 2024

Agroécologie

Stratégie de biocontrôle : l’évolution d’un papillon ravageur de cultures mise en lumière

COMMUNIQUE DE PRESSE - Des scientifiques d’INRAE et de Sorbonne Université, en collaboration avec l’Institut de protection des plantes de Pékin, ont retracé l’évolution d’un récepteur olfactif spécifique de la noctuelle du coton, un papillon ravageur de cultures. Indispensable pour la reproduction du papillon, ce récepteur permet aux mâles de reconnaître le composé essentiel de la phéromone sexuelle de la femelle.

09 mai 2023