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Marie-Benoit Magrini, une clef pour lever les verrous au service de la transition agroécologique

Marie-Benoit Magrini est économiste au sein de l’unité Agroécologie, innovations, territoires (AGIR). Spécialiste de la filière des légumineuses à graines, ses recherches portent sur les processus de changement et d’innovations dans les filières agro-industrielles, via des approches systémiques imbriquant les sciences sociales avec les sciences du vivant et de l’ingénieur. 

Publié le 24 mars 2026

Comment êtes-vous arrivée à INRAE ? 

Marie-Benoit Magrini : « Agrégée de l’École normale supérieure de Cachan en économie-gestion, j’ai poursuivi mes études jusqu’à l’obtention d’un doctorat en sciences économiques à l’Université Toulouse 1 Capitole en 2006. Le statut d’agrégé impliquant une obligation de service, j’étais tenue d’accepter un poste d’enseignante dans le secondaire si je n’en trouvais pas dans l’enseignement supérieur. Sans opportunité alors sur Toulouse où je souhaitai rester, j’ai passé un concours d’ingénieur de recherche à l’INRA. Même si mes travaux initiaux n’avaient rien à voir avec l’agriculture, mon profil méthodologique correspondait aux besoins du poste proposé centré sur le traitement des données et l’économétrie appliquée. En septembre 2007 j’intègre l’institut au sein de l’unité AGIR qui venait de se créer. Puis très rapidement, avec le cadre d’une nouvelle équipe j’ai été amenée à traiter d’enjeux sur la transition agroécologique et animer le groupe filière Légumineuses d’INRAE avec notamment l’organisation des Rencontres Francophones Légumineuses. » 

Quel est votre sujet de recherche ? 

M-B. M. : « Mon sujet de recherche principal porte sur les mécanismes de blocage et de déverrouillage des systèmes agroalimentaires, en particulier autour de la diversification des cultures et du développement de la filière des légumineuses à graines.

Les filières agroalimentaires peinent à diversifier leurs cultures, malgré les enjeux écologiques et économiques. J’ai identifié que ce blocage était lié à des verrouillages technologiques et organisationnels, hérités d’un modèle agricole post Seconde Guerre mondiale, qui a privilégié la simplification des cultures et la dépendance aux intrants chimiques.

Aujourd’hui, mon objectif est d’analyser comment lever ces verrouillages pour favoriser une transition agroécologique, via 3 axes de recherche complémentaires :

  • l’étude des contrats entre agriculteurs, coopératives et industries, pour sécuriser les investissements et encourager la diversification.
  •  l’action collective territoriale, pour fédérer les acteurs locaux autour de projets communs.
  • l’analyse des trajectoires de connaissances scientifiques et industrielles, pour comprendre comment la recherche et l’innovation peuvent accompagner cette transition.

Concrètement, sur le terrain, mon travail consiste à recueillir du « matériel à analyser », c’est à dire des entretiens avec des acteurs représentatifs du secteur et des observations participatives (tensions, contradictions…). Puis grâce à une démarche rigoureuse de retranscription et de codage thématique, ces contenus peuvent être comparés et analysés. 

Je collabore également avec des collègues de l’Institut de recherche en informatique de Toulouse, spécialisés sur la donnée textuelle, avec qui nous analysons des bases de données mondiales sur les publications scientifiques et les étiquettes des produits alimentaires. 

« Ma signature est de travailler avec toutes les sciences et d'arriver à comprendre leurs finalités. »

Depuis plus de 10 ans, ces travaux se concrétisent à travers l’étude de la filière des légumineuses à graines : son avenir dans l’alimentation humaine et le rôle clé qu’elle peut jouer dans la transition agroécologique. En Occitanie, j’ai apporté mon expertise scientifique, notamment sur les relations contractuelles, dans le projet FILEG qui a permis de structurer la filière légumineuse et d’accompagner les changements de pratiques de production pour un modèle agricole rentable, durable et responsable. »  

 

 

Quelles sont vos missions complémentaires ? 

M-B. M. : « Je mène plusieurs activités en parallèle de mes recherches et de l’animation de dispositifs partenariaux. À Sciences Po Toulouse, j’enseigne les enjeux des transitions agroalimentaires et les processus de verrouillage/déverrouillage des innovations, notamment pour le double diplôme Sciences Po/INSA. J’anime des ateliers pratiques, lors de la Semaine des Transitions, où les étudiants réfléchissent à des solutions pour lever les blocages dans différents secteurs.
Je participe également à des concertations au niveau national ou européen, principalement sur les filières des légumineuses. Actuellement dans le cadre des conférences ministérielles de la souveraineté alimentaire, je suis un groupe sur les productions végétales spécialisées. 

Un autre projet qui me tient à cœur est le développement du Dictionnaire d’agroécologie, projet initié par une ancienne collègue maintenant à la retraire, Véronique Batifol, et pour lequel je suis maintenant éditrice en chef pour INRAE. Il s’agit d’un site web, dédié à la définition des termes et concepts de l’agroécologie, co-construits au sein d’un panel d’experts et ouverts aux contributions des internautes. » 

Et après le bureau ?

M-B. M. : « Comme j’essaie de limiter au maximum l’usage de la voiture, je pratique le vélo, notamment pour venir sur le centre en passant par le canal du Midi. Ces trajets sont aussi l’occasion d’écouter des podcasts comme les leçons du Collège de France, la Conversation scientifique ou la Terre au carré. »

Mini CV

  • 2018 : Habilitation à diriger des recherches 
  • 2007 : Ingénieure de recherche INRAE à l’unité AGIR, centre Occitanie-Toulouse
  • 2006 : Doctorat en sciences économiques sur les marchés locaux du travail, Université Toulouse 1 Capitole
  • 2002 : DEA en économie mathématique et économétrie, Université Toulouse 1 Capitole
  • 2001 : Agrégation en économie-gestion de l’École normale supérieure de Cachan