FOREST, un partenariat européen pour la recherche et l’innovation au service de filières forêt-bois durables

Le partenariat européen FOREST a été officiellement lancé le 13 octobre 2026 à Helsinki pour 10 ans. Il rassemblera plus de 100 organisations de 28 pays autour d'un programme de recherche couvrant des sujets allant des leviers de gestion pour améliorer leur résilience vis-à-vis du changement climatique et répondre aux attentes sociétales jusqu’aux nouveaux usages du bois. INRAE participe à l’élaboration du programme et pilote les activités consacrées à faciliter l’accès aux infrastructures de recherche forestière entre pays européens.

Publié le 14 octobre 2026

© Pexels

Ce qu’il faut retenir :

  • Qu’est-ce que FOREST ? Il s’agit d’un partenariat européen qui fédère plus de 100 organisations de 28 pays autour d’un vaste programme de recherche sur les forêts.
  • Quelle est l’implication d’INRAE ? L’institut participe à la forte mobilisation de la France pour FOREST afin de contribuer à l’élaboration du programme. INRAE pilote en outre la facilitation de l’accès aux infrastructures de recherche forestière pour tous les pays européens.
  • Quels sont les enjeux de FOREST ? Le changement climatique et les attentes sociétales confrontent la gestion des forêts à de nouveaux risques et de nouvelles questions, plus complexes. Pour y répondre et trouver des pistes de solution, l’échelle européenne, en associant les parties prenantes, est la bonne échelle de travail.

Adaptation des arbres et des forêts au changement climatique, préservation de la biodiversité, suivi des dommages causés par les tempêtes, les sécheresses, les feux, les ravageurs et maladies… sont des questions auxquelles sont confrontées de nombreux pays. Coordonné par le ministère finlandais de l'Agriculture et des Forêts, ce partenariat vise à rapprocher les recherches et à favoriser les collaborations européennes. FOREST financera des projets et des actions réunissant des équipes issues de plusieurs pays. Il permettra de comparer leurs observations d'un massif à l'autre, de mettre en commun leurs méthodes de mesure et de travail ainsi que leurs pratiques et leurs solutions de préservation et de gestion. Un premier appel à projets est ouvert jusqu'au 2 décembre 2026.

La France dans le partenariat FOREST

La France y est représentée par le ministère chargé de la Recherche, celui de la Transition écologique et l'Agence nationale de la recherche (ANR). INRAE, le CNRS, le Cirad, l’université de Lorraine, AgroParisTech, l'IGN, l’ONF, le CNPF et le GIP Ecofor figurent également parmi les organismes français impliqués dans ses activités.

Un programme commun dans le cadre de EUFORE

L’agenda scientifique du partenariat a été élaboré dans le cadre du projet européen EUFORE, à partir de plus de 2 000 contributions de chercheurs, de forestiers, d'industriels et de décideurs. Il définit les grandes priorités de recherche sur le fonctionnement des écosystèmes forestiers et leur adaptation au changement climatique, en intégrant les pratiques de gestion et les usages du bois ainsi que les attentes de la société vis-à-vis des forêts.

Écophysiologiste à l'unité Silva de Nancy, Oliver Brendel étudie la façon dont les arbres réagissent à leur environnement. Il a coordonné le groupe chargé de la partie de l'agenda consacrée à l'écologie forestière. « Dans EUFORE, nous avons demandé aux différents acteurs si chaque thème de l'agenda relevait d'un niveau européen ou plus régional. Le retour, c'est que pratiquement tout était d’intérêt européen. Très peu de thèmes ont été vus comme uniquement locaux », rapporte-t-il. Le chercheur participera également à la révision de l'agenda scientifique du partenariat, prévue à mi-parcours.

Les grands ensembles forestiers dépassent en effet les frontières nationales. Qu’il s’agisse des forêts méditerranéennes, de montagne ou du Nord de l’Europe, plusieurs pays sont confrontés aux mêmes questions d’adaptation au changement climatique, de gestion des forêts et de l’utilisation des ressources en bois. 

Partager des outils et des résultats

Étudier une forêt suppose de mesurer pendant des années les mêmes arbres sur les mêmes parcelles, de comparer dans des expérimentations différentes essences ou modes de conduite, de disposer de laboratoires spécialisés et de bases de données, ce que peu d'équipes peuvent réunir seules. Catherine Bastien est directrice de recherche INRAE et spécialiste de la génétique des arbres forestiers. Au sein de FOREST, elle pilote les travaux visant à recenser ces dispositifs dans chaque pays et à faciliter leur accès aux chercheurs européens.

INRAE participe déjà à plusieurs grandes infrastructures de recherche européennes. L’institut coordonne IN-SYLVA, consacrée aux forêts et inscrite sur la feuille de route européenne des grandes infrastructures de recherche (ESFRI). Il coordonne également le volet français d’ICOS, qui mesure les échanges de gaz à effet de serre entre les écosystèmes et l'atmosphère. L’institut porte aussi, avec le CNRS et l’université de Grenoble, le volet français d’AnaEE, qui permet de mener des expériences sur plusieurs écosystèmes forestiers. 

À partir de 2027, des projets pilotes du partenariat FOREST, réunissant 6 à 7 partenaires pour 18 à 24 mois, permettront d'harmoniser des protocoles de mesure et de mettre en commun des données. « Des équipes pourront par exemple suivre, avec une approche commune, la biodiversité le long d'un gradient de forêts allant du Sud du Portugal au Nord de la Finlande, ce qui n'était pas possible jusqu'ici », explique Catherine Bastien.

FOREST cherche également à harmoniser et adapter les inventaires forestiers nationaux (IFN). Ceux-ci sont réalisés en France par l'IGN, avec lequel des équipes INRAE collaborent déjà sur les méthodes de suivi des dégâts causés par les tempêtes ou les maladies ainsi que sur les indicateurs de biodiversité. « La recherche peut nourrir l'amélioration de ce suivi, pour que les données servent ensuite aux gestionnaires, publics ou privés, dans leurs décisions », ajoute Catherine Bastien.

Travailler avec d'autres pays

Les scientifiques INRAE pourront ainsi travailler avec des collègues européens sur des priorités qui rejoignent celles de l'institut. « Dans nos programmes nationaux, des partenaires européens ne pouvaient pas être financés pour travailler avec nous sur des sujets communs. FOREST apporte ce complément. Cette dynamique de recherche européenne se traduit souvent par des co-publications à visibilité internationales », souligne Catherine Bastien. Des projets déjà financés en France pourraient ainsi être prolongés avec des travaux voisins menés ailleurs en Europe. Ces collaborations doivent également aider les équipes à préparer des projets encore plus ambitieux dans le prochain programme-cadre européen de recherche (FP10).

Quelle place pour les équipes INRAE ? 

Les équipes d'INRAE susceptibles de contribuer à FOREST travaillent principalement sur l'écologie forestière, mais aussi sur l'économie des risques, la modélisation, la santé des forêts ou la transformation du bois. Elles pourront y prendre part de deux manières. Les appels à projets lancés annuellement financeront des recherches menées avec des équipes d'autres pays, la part française étant prise en charge par l'ANR. Les activités communes du partenariat telles que le partage des infrastructures ou la création d’un réseau de living labs, seront quant à elles programmées au fil des années. De nouvelles équipes pourront s'y engager à partir de 2027.

Le partenariat prévoit également la création d’un réseau européen de Living labs. Chercheurs et gestionnaires forestiers pourront y expérimenter ensemble de nouvelles pratiques en conditions réelles et s’assurer qu'une méthode issue de la recherche répond aux besoins réels du terrain. Plusieurs sites retenus sont pilotés par des équipes INRAE, notamment en forêt de Chantilly ou dans les Landes de Gascogne.

FORESTT et FOREST, comment les deux programmes peuvent-ils s’articuler ?

Le PEPR FORESTT est le programme national de recherche consacré à la résilience des forêts. Doté de 40 millions d'euros par France 2030 pour la période 2024-2030 et piloté par INRAE, en lien avec le CNRS et le Cirad, il finance des équipes françaises travaillant sur les forêts tempérées et tropicales. Le partenariat européen FOREST soutient, de son côté, des projets associant des équipes de plusieurs pays européens, ce qu'un programme national ne permet pas. Les priorités des deux programmes se recoupent. Des projets engagés dans le PEPR pourraient ainsi être rapprochés de travaux comparables menés ailleurs en Europe. Le réseau de Living labs, constitué par le PEPR et ses doctorants, pourrait être également associé à ses équivalents européens.

Note :

Forest : European Partnership for FOrests, forestry, and the forest-based sector: REsearch and innovation for a Sustainable Transition

Anna Mutelet

Rédactrice

Contacts

Oliver Brendel

Contact scientifique

UMR Sylva

Le département

En savoir plus

Changement climatique et risques

Quel rôle pour les forêts et la filière forêt-bois françaises dans l’atténuation du changement climatique ?

Cette nouvelle étude restituée le 27 juin 2017 s’intéresse au potentiel des filières forêt-bois françaises dans l’atténuation du changement climatique. Elle a été réalisée par l’Inra (Délégation à l'Expertise scientifique collective, à la Prospective et aux Etudes) et l’IGN et à la demande du ministère chargé de l’Agriculture et de la Forêt.

16 décembre 2019

Changement climatique et risques

Décryptage - Préparer les forêts de demain

Les forêts offrent de multiples services écosystémiques (puits de carbone, protection de la ressource en eau et des sols, production de bois, etc.) mais sont menacées par de nombreux aléas (sécheresses, canicules, incendies, attaques de bioagresseurs, vent et tempêtes, épisodes de fortes pluies, etc.) qui s’accumulent et s’intensifient avec le dérèglement climatique et le commerce international, p

Changement climatique et risques

En Gironde, les vulnérabilités des forêts ne disparaîtront pas avec la fumée des incendies

ARTICLE REDIGE AVEC THE CONVERSATION. Le feu qui s’est déclenché le mercredi 22 juillet 2026 sur la commune de Saumos, en Gironde, a brûlé plus 42 000 hectares de forêt, plus de 200 habitations et entraîné l’évacuation de plus de 224 000 personnes en moins d’une semaine. Quand les fumées se seront dissipées, elles vont révéler l’étendue de la catastrophe. Celle-ci est non seulement écologique, mais également sociale et économique.

06 août 2026