Agroécologie 4 min

Conscience animale : des connaissances nouvelles

Les animaux peuvent-ils éprouver des émotions ? Ont-ils une histoire de vie ? INRAE (Direction de l'Expertise scientifique collective, à la Prospective et aux Etudes) s’est saisi de ces questions en réalisant une expertise scientifique collective sur la conscience animale, à la demande de l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA). Les résultats ont été présentés aux représentants des pays membres du réseau européen sur le Bien-Etre animal et de l’EFSA le 11 mai 2017 à Parme (Italie).

Publié le 12 mai 2017

illustration Conscience animale : des connaissances nouvelles
© INRAE

 La question de la conscience tant humaine qu’animale est à la fois un débat de société et un vaste sujet de recherche. En 2009, l’Inra avait déjà produit, à la demande des ministères en charge de l’Agriculture et de la Recherche, une expertise scientifique collective sur les douleurs animales qui avait défini la douleur comme associant une double dimension : la sensation douloureuse (nociception) et la conscience qui interprète cette sensation et met l’individu en situation de réagir. Cette première expertise s’inscrivait dans un plan d’action issu des Rencontres animal-société tenues en 2008. Les relations homme-animal sont inscrites depuis plus longtemps encore dans les recherches et le dispositif de l’Inra, avec une dimension européenne grâce à la coordination de programmes de recherche européens ou encore de l’ERA-Net Animal Health and Welfare (ANIHWA). Plus de 80 scientifiques Inra animent un réseau national pluridisciplinaire « Agri Bien-être animal » (AgriBEA) associant recherche, développement et formation. En 2015, le comité commun consultatif d’éthique Inra-Cirad a travaillé sur la question du bien-être des animaux d’élevage et formulé des recommandations dont l’institut s’est emparé. C’est fort de ce dispositif et de l’expertise de ses chercheurs que l’Inra s’est saisi de la question de la conscience animale à la demande de l’EFSA en mobilisant 17 experts dont 7 appartenant à d’autres instituts de recherche. L’expertise sur la conscience animale vient éclairer et actualiser les connaissances sur un périmètre que n’avait pas pu prendre entièrement en compte l’expertise sur les douleurs animales.

 

La conscience animale est un sujet de recherche philosophique depuis l’Antiquité, avant d’être une question de réflexion pour les naturalistes du XIXe siècle, puis des éthologistes et psychologues comparatifs. Déjà ces travaux anciens penchaient en faveur de l’existence d’une conscience animale. La biologie et la psychologie ont ensuite permis des avancées conceptuelles majeures qui ont établi la conscience comme le résultat de processus cérébraux. Depuis janvier 2015 le Code civil français reconnait les animaux comme des « êtres sensibles ».

Un sujet de recherche au carrefour de nombreuses disciplines

Mis au défi de tests cognitifs, les animaux expriment des comportements qui montrent leur capacité à éprouver des émotions, à reconnaître les limites de leurs connaisances mais aussi à gérer leur passé et leur futur. L’étude des comportements sociaux des animaux et des relations entre l’Homme et l’animal a permis de compléter ces connaissances en témoignant de formes de conscience animale à des degrés parfois élevés de complexité.  La conscience pourrait être décrite comme le produit émergent de l’interaction des différentes couches fonctionnelles des compétences à percevoir, à mobiliser de l’attention, à mémoriser, à éprouver des émotions, et à évaluer une situation.

 

Des recherches en neurobiologie explorent en particulier le lien entre un comportement et un substrat ou un circuit neuronal. Les structures biologiques permettant ces compétences cognitives sont associées à un noyau central qui gère les règles impliquées dans les rythmes biologiques ou la vigilance et permettent l’émergence de la conscience. La perception d’un stimulus active plusieurs de ces structures qui vont interagir pour produire des interprétations et des intentions et, qui se concrétisent par la mise en place d’actions conscientes. Ces réponses conscientes sont plus complexes que s’il n’y avait qu’une simple juxtaposition des réactions des différentes structures.

 

Selon leur espèce, les animaux montrent des aptitudes variées en termes de conscience. Les aptitudes cognitives engendrant la conscience pourraient être le résultat de processus phylogénétiques. Elles pourraient également résulter de convergences évolutives chez des espèces non reliées phylogénétiquement, donc avec des ressources neuronales différentes, mais faisant face à des contraintes environnementales similaires. Cependant, une démonstration formelle de ces hypothèses manque encore.

Douleurs animales et sensibilité

On peut affirmer que les vertébrés au moins sont équipés de systèmes nerveux qui traitent consciemment les processus d’informations complexes, et en particulier les émotions négatives causés par les stimuli propres à la douleur, dits nociceptifs.

 

Bien que la sensibilité (capacité de ressentir la souffrance ou le plaisir) puisse être présente chez les animaux, des contenus plus élaborés n’ont été inférés que chez un petit nombre d’espèces dont les primates, corvidés, rongeurs et ruminants. Ces derniers disposent d’une mémoire autobiographique – ou épisodique - et peuvent ainsi avoir des désirs et des objectifs qui concernent le passé ou l’avenir. Ils peuvent être encore plus affectés par des expériences aversives.

Des besoins de recherche

Cette expertise multidisciplinaire analysant un vaste corpus d’études comportementales, cognitives et neurobiologiques tend a montrer l’existence de contenus élaborés de conscience chez les espèces étudiés jusqu’à présent. Elle  a également permis d’identifier de nouveaux besoins de recherche. En particulier, il serait souhaitable d’élargir les recherches actuelles à une plus grande variété d’espèces animales, d’élaborer des dispositifs expérimentaux qui permettent de mieux distinguer les comportements conscients des automatismes acquis, et de mieux connaître l’univers mental des animaux d’élevage. L’étude du développement des formes de conscience chez les jeunes animaux est importante pour les animaux d’élevage qui ont souvent une vie brève. La façon dont les animaux se représentent le monde et évaluent leur environnement pourrait donner des pistes pour améliorer leur bien-être et la façon dont ils sont traités. Chez les espèces domestiquées, la nature des relations des animaux avec les humains qui les élèvent sont aussi à étudier.

BD conscience animale avec un chien sur un canapé
La conscience animale : explications en BD

Une expertise scientifique collective

Cette expertise scientifique collective Inra se fonde sur une revue critique de la littérature internationale sur la conscience animale. 659 références sélectionnées dans le Web of Science (WOS) ont été étudiées par 17 experts (dont 10 Inra) biologistes, cogniticiens et philosophes. 75 % de ces publications sont issues de revues scientifiques internationales, un tiers sont postérieures à 2010. L’expertise a été pilotée par la Direction de l’Expertise, à la Prospective et aux Études d'INRAE.

 Rapport complet de l’expertise, publié par l’Efsa sur la plateforme Wiley, doi:10.2903/sp.efsa.2017.EN-1196

 

La conscience des animaux

VIENT DE PARAITRE

La conscience des animaux

Cet ouvrage synthétise les résultats d’une expertise scientifique collective réalisée par l’Inra à la demande de l’Autorité européenne de sécurité alimentaire. 

Coordination éditoriale, les auteurs :

Pierre Le Neindre est spécialiste du bien-être animal, expert pour l’EFSA et l’ANSES. Ancien directeur de recherche Inra, il a présidé le centre de recherche de Tours.
Ancienne directrice de recherche Inra, Muriel Dunier a travaillé à la Délégation à l'expertise scientifique collective, à la prospective et aux études. 
Sociologue, ancien directeur de recherche Inra, Raphaël Larrère est chargé de cours sur l’éthique environnementale.
Ancien directeur de recherche Inra, Patrick Prunet a dirigé le Laboratoire de physiologie et génomique des poissons (Rennes).

 

Editions Quae - Matière à débattre et décider, 120 pages, 18 octobre 2018 – 24 euros.
doi:10.35690/978-2-7592-2871-3

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