Dermatose nodulaire contagieuse : quand la surveillance devient un enjeu stratégique pour les élevages

Depuis l’été 2025, la France fait face à une nouvelle crise sanitaire animale : la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), une maladie grave et sans traitement qui touche les bovins. Sa progression rapide illustre l’importance cruciale de la détection précoce et de la coordination des acteurs pour limiter les impacts sanitaires, économiques et sociaux sur les filières d’élevage.

Publié le 19 décembre 2025

© INRAE

En quelques mois, la DNC a traversé plusieurs frontières européennes avant de s’installer sur le territoire français, touchant plusieurs départements. Cette maladie virale bovine, transmise principalement par des insectes piqueurs, rappelle que les épizooties émergentes ne sont plus des événements exceptionnels. Elles s’inscrivent désormais dans un contexte durable, marqué par les changements climatiques et l’intensification des mouvements de biens, d’animaux vivants et de personnes, induisant une circulation accrue des agents pathogènes.

Une maladie difficile à anticiper, mais pas inconnue

La dermatose nodulaire contagieuse n’est pas une maladie nouvelle. Une grande épidémie avait déjà traversé les Balkans en 2016-2017, fournissant des données précieuses aux scientifiques pour mieux comprendre ses modes de propagation. Pourtant, prévoir précisément son arrivée en France restait complexe.

« Certaines maladies progressent de manière relativement continue, ce qui permet d’anticiper leur arrivée. Pour la DNC, on est plutôt face à des événements exceptionnels, probablement liés à des activités humaines, qui sont beaucoup plus difficiles à prévoir », expliquait, en octobre 2025 dans une interview donnée au Sommet de l’élevage, Xavier Bailly, directeur de recherche en épidémiologie à INRAE.

Une fois introduite, la maladie se diffuse à la fois localement, via les insectes piqueurs (mouche, taon), et à plus longue distance, notamment à travers les mouvements d’animaux. Cette double dynamique complique la gestion sanitaire de cette maladie réglementée de catégorie A, et impose des décisions rapides, souvent lourdes de conséquences pour les éleveurs.

Détecter tôt pour agir vite : la clé de la maîtrise sanitaire

Dans ce contexte, la surveillance sanitaire devient un levier central de la lutte contre les épizooties. Repérer les premiers signaux d’alerte permet de déclencher rapidement des mesures adaptées : abattage sanitaire des animaux des troupeaux détectés, restrictions des mouvements d’animaux, vaccination, et renforcement strict de la biosécurité.

Pour Xavier Bailly, le rôle des scientifiques est d’éclairer ces décisions collectives :

« On collecte des données, on décrit comment la maladie se propage, et on utilise des modèles pour essayer de comprendre ce qui pourrait se passer demain. L’objectif est d’aider à prendre des décisions proportionnées et efficaces. »

La plateforme ESA, un maillon essentiel du dispositif français

Au cœur de ce système de vigilance se trouve la Plateforme d’épidémio-surveillance en santé animale (ESA). Créée en 2011, elle constitue un dispositif unique en Europe par son mode de fonctionnement : elle réunit services de l’État, scientifiques, vétérinaires, représentants des filières et acteurs de terrain.

Sa mission est double : surveiller et anticiper. La plateforme analyse en continu des données issues de sources officielles mais aussi non officielles – médias, web, réseaux sociaux – enrichies par l’expertise de spécialistes nationaux et internationaux. Le recours à l’intelligence artificielle permet aujourd’hui de détecter plus précocement des signaux faibles, parfois avant même l’apparition de foyers déclarés.

« La plateforme ESA permet de travailler ensemble, dans une logique de consensus, pour produire des informations directement utiles à la gestion des crises. »
Pauline Ezanno, directrice de recherche et cheffe du département Santé animale à INRAE, au micro de France Inter le 17/12/2025.

INRAE, un acteur clé entre recherche et action publique

En tant que co-pilote de la plateforme ESA, INRAE joue un rôle central à l’interface entre recherche, surveillance et appui aux politiques publiques. Les équipes de l’institut travaillent sur l’ensemble de la chaîne sanitaire : compréhension des mécanismes de propagation, développement de modèles épidémiologiques, amélioration des dispositifs de surveillance et conception de stratégies de prévention et de lutte.

Ces travaux s’inscrivent dans une vision de long terme, où la santé animale est indissociable de la durabilité des systèmes d’élevage.

« Aujourd’hui, on fait face à davantage de crises sanitaires qu’il y a 10 ou 20 ans. Cela nous oblige à renforcer nos capacités de surveillance et d’anticipation. »
Pauline Ezanno, cheffe du département Santé animale

En renforçant les liens entre recherche et surveillance, la plateforme ESA et les travaux menés par INRAE et ses partenaires, contribuent à mieux protéger les élevages, tout en préparant les réponses aux crises sanitaires de demain.

DNC : une crise suivie pas à pas par la plateforme ESA

Dès avant l’arrivée de la DNC en France, la plateforme ESA a assuré une veille sanitaire internationale renforcée. Elle a alerté sur la progression de la maladie en Europe, suivi son évolution de manière hebdomadaire et informé rapidement les autorités sanitaires de la détection du premier foyer français fin juin 2025. 

  • Un premier foyer a été détecté en Europe le 21/06/2025 en Italie (Sardaigne).
  • La circulation de la DNC en Sardaigne se poursuivra jusqu’à ce jour. Un seul foyer sera détecté en Italie continentale, le 25/06/2025 lié à un mouvement de bovin depuis la Sardaigne.
  • Le premier foyer sera confirmé en France le 29/06/2025 en Savoie avec ensuite une extension à la Haute-Savoie le 09/07/2025 puis à l’Ain le 23/08/2025, le Rhône le 17/09/2025 et le Jura le 11/10/2025.
  • L’Espagne a détecté son premier foyer le 01/10/2025 à 20 km de la frontière française.
  • Le 13/10/2025, un premier foyer était détecté dans les Pyrénées-Orientales.

Depuis le 29 juin*, 113 foyers ont été détectés en France au total : Savoie (32), Haute-Savoie (44), Ain (3), Rhône (1), Jura (7), Pyrénées-Orientales (21), Doubs (1), Ariège (1) et Hautes-Pyrénées (1), Haute-Garonne (1), Aude (1).

Ce travail d’anticipation a permis de mobiliser rapidement les experts et d’appuyer la mise en œuvre de la vaccination, puis de préparer les modalités de surveillance post-vaccinale exigées au niveau européen.

Consulter les bulletins de veille de la plateforme : https://plateforme-esa.fr/fr

*Chiffres à date du 19/12/2025.

La plateforme ESA en chiffres 

  • 11 organismes membres composant son comité de pilotage, organe décisionnaire des travaux à mener : Adilva, Anses, FNC, GDS France, INRAE, La coopération agricole, ministère chargé de l’agriculture, OFB, Cirad, SPF, SNGTV
  • 36 groupes de travail (GT)
  • 375 experts techniques provenant de 66 organismes différents, dont 26 experts INRAE
  • 9 agents assurant un appui transversal aux différents GT dont 8 agents INRAE
  • Une équipe de coordination (Anses, DGAl, INRAE) assure le lien entre Copil ESA, GT et équipe en appui transversal.

Pour aller plus loin 

https://www.anses.fr/fr/content/dermatose-nodulaire-contagieuse-maladie-virale-bovine-a-surveiller 

https://agriculture.gouv.fr/dermatose-nodulaire-contagieuse-des-bovins-dnc-point-de-situation

Contact scientifique

Pauline Ezanno

Cheffe du département Santé Animale

Le département

En savoir plus

Alimentation, santé globale

Epidémiosurveillance en santé animale : signature de la plateforme ESA

La nouvelle convention-cadre de la Plateforme d’épidémiosurveillance en santé animale (Plateforme ESA) a été signée le 20 juin 2018 par le directeur général de l’Alimentation, en présence des huit autres membres, rejoints par l'Inra. Ce renforcement marque un nouveau départ pour la plateforme mise en place en octobre 2011, et qui a fait la preuve depuis de son utilité et de son efficacité.

27 février 2020