Le trichogramme, une solution de biocontrôle efficace contre la pyrale du maïs

Initiées dans les années 1970 à Antibes, les recherches d’INRAE sur les trichogrammes ont transformé une piste scientifique en solution concrète afin de lutter contre la pyrale du maïs. Une étude menée pour retracer les impacts de ces travaux révèle une trajectoire qui dépasse largement le champ de la recherche. Innovations scientifiques, création d’une filière industrielle, réduction de l’usage des pesticides et évolution des pratiques agricoles témoignent des effets multiples produits par ce minuscule insecte devenu un allié des cultures.

Publié le 01 juillet 2026

© INRAE, Pascal Thiebeau

Papillon de quelques centimètres d’envergure, la pyrale du maïs (Ostrinia nubilalis) reste le principal ravageur des cultures de maïs en France. Ses larves s’attaquent d’abord aux feuilles puis creusent des galeries à l’intérieur des tiges, fragilisant les plantes et provoquant des pertes de rendement. Elles favorisent aussi le développement de champignons pouvant produire des mycotoxines et rendre les grains impropres à la commercialisation. Jusqu’aux années 1990, la lutte contre cet insecte reposait essentiellement sur des insecticides chimiques.

Chenille d'Ostrinia nubilalis (pyrale du mais) sur feuille de mais
Chenille d'Ostrinia nubilalis (pyrale du mais) sur feuille de mais © INRAE, Jeannine Pizzol

Face à ces enjeux, des recherches sont lancées dès 1973 au laboratoire de zoologie et de lutte biologique de l’Inra à Antibes, devenu depuis l’Institut Sophia Agrobiotech à Sophia Antipolis. Une étude de cas menée selon la méthode ASIRPA (Analyse des impacts sociétaux de la recherche), développée par INRAE, montre comment ces travaux ont progressivement produit des effets dépassant largement le cadre scientifique.

Les chercheurs développent alors une stratégie de biocontrôle utilisant Trichogramma brassicae, un minuscule insecte qui parasite les œufs de la pyrale et empêche son développement. Ces travaux conduisent à des avancées majeures sur la connaissance de la diversité des trichogrammes, les méthodes d’élevage industriel, les outils de prévision du risque ou encore le développement d’innovations protégées par brevets.

Trichogramma brassicae parasitant une ooplaque d'Ostriania nubilalis (pyrale du mais)
Trichogramma brassicae parasitant une ooplaque d'Ostriania nubilalis (pyrale du mais) © INRAE, Jeannine Pizzol

Les impacts sont également économiques et sociétaux. Le partenariat engagé dès 1977 entre l’Inra et l’UNCAA, l’Union nationale des coopératives d’approvisionnement, permet de transformer les résultats scientifiques en solution opérationnelle et conduit à la création de la société BIOTOP en 1991, devenue ensuite Bioline Agrosciences, première unité européenne de production industrielle de trichogrammes. Cette dynamique a contribué au développement d’une véritable filière autour du biocontrôle.

Aujourd’hui, environ 120 000 hectares de maïs sont protégés chaque année en France grâce à cette méthode. Elle contribue à réduire l’usage des pesticides ainsi que les risques pour l’environnement et les organismes non ciblés, tout en améliorant les conditions d’intervention au champ pour les agriculteurs. Devenue une référence dans les politiques de réduction des produits phytosanitaires, cette réussite illustre la capacité de la recherche publique à produire des réponses concrètes face aux défis agricoles et environnementaux.

Référence : Christine Douchez, Nicolas Ris, Cécilia Multeau, Jacques Frandon. Lutte biologique contre la pyrale du maïs : efficacité et succès des trichogrammes. INRAE. 2026, pp.28. ⟨hal-05662275

Arnaud Ridel

Rédacteur

Département Santé des Plantes et Environnement

Contacts

Nicolas Ris

Chercheur

Institut Sophia Agrobiotech (ISA)

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