Agroécologie 3 min

Elevage de porcs en plein air avec des races locales : il faut adapter l’alimentation !

Les races locales porcines sont plus souvent élevées en plein air que les races dites améliorées, en particulier durant la phase d’engraissement. Pour évaluer les impacts environnementaux des élevages porcins en plein air, il est nécessaire d’adapter les modèles de calcul des impacts environnementaux par Analyse du Cycle de Vie, développés initialement pour des élevages en bâtiments. Il s'agit notamment de prendre en compte les émissions associées au pâturage et l'atténuation de l’impact sur le changement climatique grâce à la séquestration de carbone dans les sols.

Publié le 08 janvier 2020

illustration Elevage de porcs en plein air avec des races locales : il faut adapter l’alimentation !
© Gilles Cattiau

L'évaluation des impacts environnementaux des systèmes de production porcine en plein-air avec des races locales est encore mal documentée dans la littérature. Jusqu'à présent, les études ne prenaient pas en compte les spécificités de l'élevage en plein air.  

Pour comparer les impacts environnementaux obtenus avec différentes races locales de porcs élevés en plein air ou en systèmes de production plus conventionnels, les chercheurs ont pris en compte les émissions associées au pâturage et l'atténuation de l’impact sur le changement climatique par la séquestration de carbone dans les sols, en complément des critères habituels de l'analyse de cycle de vie. Cette étude a été effectuée dans le cadre du projet européen multi-acteurs H2020 TREASURE *.
Les impacts environnementaux ont été estimés pour 48 exploitations utilisant des races de porc locales: 25 en France (race Gascon : filière AOP Noir de Bigorre), 8 en Italie (race Mora Romagnola) et 15 en Slovénie (race Krškopolje).
Les données ont été obtenues à partir d'enquêtes en fermes.
Les systèmes impliquant des porcs Gascon présentent les impacts les plus faibles par kg de poids vif, pour le réchauffement climatique et la consommation d'énergie, en raison des moindres impacts associés à la production des aliments. Le potentiel d'acidification apparait plus élevé pour les porcs Krškopolje, en raison d’une plus forte teneur en protéines dans les aliments. L’impact d'eutrophisation est plus élevé pour les porcs Gascon (28% supérieur à la moyenne des autres fermes) en raison de la teneur plus élevée en phosphore des aliments. Lorsque les impacts sont exprimés par hectare de terre utilisée, ce sont les systèmes gascons qui ont les impacts les plus faibles (sauf concernant l’eutrophisation), en raison d'une plus grande surface disponible par porc.  
La séquestration du carbone dans les sols ne contribue que faiblement à l'atténuation du réchauffement climatique (4,7 % en moyenne). Cependant, cette contribution peut être substantielle pour les systèmes les plus extensifs.  
Les émissions de gaz à effet de serre résultant du pâturage contribuent peu au potentiel de réchauffement de la planète (4 %) et à l'eutrophisation (3 %), mais plus fortement à l'acidification du milieu (9 % en moyenne).
Les éleveurs enquêtés dans le cadre de cette étude distribuent davantage d’aliments commerciaux à leurs animaux que dans certains systèmes extensifs étudiés dans la littérature, ce qui explique la contribution modérée des émissions liées au pâturage.
Ainsi, cette étude met en évidence que les leviers majeurs pour réduire les impacts environnementaux négatifs de ces systèmes de production porcine sont la composition des aliments, les quantités d’aliments distribuées, et l’origine des ingrédients alimentaires. Elle montre ainsi que la conception des systèmes porcins extensifs doit tenir compte de l’alimentation des animaux, qui peut annuler le bénéfice engendré par la séquestration du carbone dans les prairies.

*Le projet multi-acteurs H2020 TREASURE (https://treasure.kis.si) a porté sur la diversité des races locales de porcs et des systèmes de production pour des produits traditionnels de qualité élevée et des filières porcines durables. Il a réuni 24 partenaires (recherche académique, développement, service-conseil, PME, associations de producteurs…) de 9 pays européens. INRAE (Unités PEGASE, GenPhySE et GABI) et l’IFIP-Institut du Porc ont notamment travaillé en partenariat étroit avec la filière AOP Noir de Bigorre (porc de race Gascon) pour une caractérisation multidimensionnelle et multi-échelle des animaux, de leurs produits et des systèmes de production (du gène… au territoire).

Sylvie André rédactrice

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