Société et territoires 6 min

1874-2024 : un siècle et demi de recherches agronomiques et viticoles à Colmar

En 2024, le centre INRAE Grand Est-Colmar célèbre 150 ans d’innovation et d’excellence en recherches agronomiques et viticoles. Établi en 1874, le centre a été un pionnier dans l’évolution de l’agriculture, passant de méthodes traditionnelles à des approches techniques et scientifiques. Avec des contributions majeures dans la lutte contre les maladies de la vigne, la promotion d’une viticulture durable et son adaptation au changement climatique, la bioéconomie territoriale dans le cadre de la transition agroécologique, et depuis très récemment sur les enjeux de l’eau, le centre reste un acteur clé dans le développement de l’agriculture en Alsace. Retour sur 150 ans d’histoire…

Publié le 06 juin 2024

illustration 1874-2024 : un siècle et demi de recherches agronomiques et viticoles à Colmar
© INRAE Grand Est-Colmar

1874-1965 : création de la station et développement des activités de recherche

L’initiative de fonder une station d’essais agricoles en Alsace remonte à 1868, lorsque Louis Grandeau fut mandaté par le gouvernement pour créer une station agronomique. Le site envisagé était Rouffach, où un collège agricole fut établi en 1869, ancêtre de l’actuel lycée agricole et viticole. La guerre de 1870-1871 interrompit ce projet français, mais il fut repris par les autorités allemandes, aboutissant à l’inauguration de la station impériale d’essais agricoles pour l’Alsace-Lorraine (Kaiserliche landwirtschaftliche Versuchsstation für Elsaß-Lothringen) le 13 octobre 1874. Les recherches se concentraient sur la physiologie végétale, l’amélioration des cultures et la formation des agriculteurs.

Dès 1876, la station entreprit la plantation de vignes américaines pour combattre le phylloxéra. En 1896, la station déménagea à Colmar, dans l’ancien couvent des Catherinettes, mis à disposition par la ville de Colmar. La recherche fut intensifiée, notamment pour soutenir la viticulture alsacienne en crise (phylloxéra, maladies fongiques, intempéries).

Après le retour de l’Alsace à la France, la station fut réorganisée en Station agronomique d’Alsace, puis intégrée à l’Institut de recherches agronomiques (IRA) en 1921, et renommée Centre de recherches agronomiques d’Alsace en 1929. Il comprenait 4 stations : recherches chimiques, amélioration des plantes, pathologie végétale et entomologie agricole, œnologie et viticulture. Les recherches s’orientaient vers l’amélioration des céréales, l’agronomie et la protection de la vigne contre les maladies et les insectes ravageurs.

En 1946, la France crée l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) auquel le Centre de recherches agronomiques d’Alsace sera parmi les premiers rattachés. Le centre de Colmar comportait à cette époque 3 stations : recherches viticoles et œnologiques, agronomie, pathologie végétale. Un domaine expérimental accompagnait ces stations. En 1947, la station de zoologie est venue renforcer le centre.

Le centre déploie alors ses recherches sur divers problèmes rencontrés en agriculture. La station de pathologie végétale concentre ses efforts sur la virologie de la vigne et de la betterave. Celle de zoologie mène des travaux sur la biologie du hanneton, ainsi que sur la faune des vergers, l’écologie chimique, les pucerons vecteurs de virus, les limaces et la lutte biologique (maïs, vigne). La station d’agronomie travaille sur la culture du maïs et du houblon, la fertilisation azotée, les cultures pièges à nitrate. La station de viticulture et œnologie, étudie la génétique de la vigne, les modes de culture et les levures.

 

1965-2024 : installation sur le biopôle de Colmar

Afin de rassembler toutes les activités dans un même lieu, y compris le domaine expérimental avec ses terrains agricoles et viticoles, de nouveaux bâtiments furent construits Rue de Herrlisheim à Colmar en 1965, formant le futur Biopôle de Colmar. Il faudra attendre 1999 et la construction par la ville de Colmar du bâtiment Vigne & Vin pour achever le regroupement avec l’installation des laboratoires de viticulture et d’œnologie ainsi que les activités de vinification.

Les années 2000-2022 ont vu un recentrage des recherches sur la santé de la vigne et l’adaptation au changement climatique, les relations virus–vecteur–plante, sur l’évaluation de la durabilité des systèmes agricoles et plus récemment sur l’agroécologie et la bioéconomie territoriale ainsi que l’installation de diverses structures sur le biopôle*, créant un site unique en Alsace pour l’enseignement, la recherche, le développement d’innovations en agrosciences.

(* sont regroupés sur le biopôle : l’UHA (IUT de biologie et laboratoire de recherche sur la vigne), le centre de ressources technologiques sur les intrants en agriculture RITTMO, le pôle Alsace de l’Institut français de la vigne et du vin, les laboratoires du CIVA, une représentation de la chambre d’agriculture, l’ONF, ARVALIS et l’APRONA.)

La nouvelle unité Mixte de Recherche (UMR) INRAE–Université de Strasbourg Santé de la Vigne et Qualité du Vin (SVQV) a réorganisé les forces scientifiques pour répondre à quatre enjeux majeurs : la réduction de l’usage des pesticides, le dépérissement du vignoble, les relations virus-vecteurs-plantes, l’adaptation au changement climatique. Le programme RESDUR lancé en 2000 aboutit à l’inscription au catalogue d’une dizaines de nouvelles variétés de vignes résistantes au mildiou et à l’oïdium, qui nécessitent jusqu’à 90% de moins de traitements phytosanitaires. Ces travaux ont nécessité des approches combinées de génétique, de métabolomique, d’analyses phénotypiques (serres et vignoble) et œnologiques, pour partie réalisées en collaboration avec les partenaires IFV et CIVA. En 2022, le Laurier INRAE « Impact de la recherche » a récompensé ce travail. Par ailleurs, SVQV avec l’IFV a lancé le défi du séquençage systématique des virus de la vigne, qui s’est concrétisé en 2023 par la création du laboratoire partenarial associé INRAE-IFV Vitivirobiome hébergé dans le centre.

La station d’agronomie a évolué pour devenir membre de l’UMR INRAE-université de Lorraine Laboratoire Agronomie et Environnement (LAE) et a lancé des travaux pionniers sur l’évaluation multicritères de la durabilité des systèmes agricoles puis territoriaux, reconnus au niveau national et international. Son objectif est d’accompagner le développement de la bioéconomie territoriale dans le cadre de la transition agroécologique. L’une de ses forces réside dans le développement de méthodes et d’outils, dont la plateforme de modélisation et d’évaluation intégrées des territoires agricoles MAELIA. Le chercheur à l’origine de MAELIA a reçu le Laurier INRAE 2023 de l’Innovation. Une start-up, MAELAB, est issue de cette équipe.

En 2023, le centre s’est agrandi d’une nouvelle UMR INRAE-ENGEES Gestion territoriale de l’eau et de l’environnement (GESTE), localisée à Strasbourg. En janvier 2024 GESTE a fusionné avec l’UMR UNISTRA-CNRS Société, acteurs, gouvernements en Europe (SAGE). Au sein de SAGE, GESTE étudie les situations de gestion environnementale qui relèvent du fonctionnement des cycles de l’eau urbaine et des déchets, de la mise en valeur et de la protection des ressources en eau et des services associés, des risques et nuisances liés à l’eau et aux déchets.

Enfin, l’unité d’expérimentation Agronomique et Viticole constitue un support important aux programmes scientifiques du centre, par exemple le phénotypage dans le vignoble, la gestion des serres. Cette unité participe également à des projets de dimension nationale tels que l’expérimentation de stratégies pour limiter les intrants chimiques et l’évaluation des impacts du recyclage agricole de produits résiduaires organiques (exemple : boues des stations d’épuration, digestats de méthaniseurs).

 

Le centre INRAE Grand Est-Colmar en 2024

Les recherches du centre INRAE Grand Est-Colmar visent à répondre à 6 grands enjeux majeurs, dont 4 liés à la viticulture : la réduction de l’usage des pesticides, le dépérissement du vignoble, les relations virus-vecteurs-plantes, l’adaptation au changement climatique, la bioéconomie territoriale liée à la transition agroécologique et, depuis 2023, la gestion territoriale de l’eau et de l’environnement.

En quelques chiffres, le centre, c’est plus de :

  • 4000 m2 de laboratoires, bureaux, salles de réunion, serres ;
  • 66 ha de terres (dont 12 ha en culture viticole) ;
  • environ 150 personnels dont ¾ de titulaires INRAE, des enseignants-chercheurs et ingénieurs des universités de Strasbourg, de Haute-Alsace et de l’ENGEES, ¼ de contractuels (doctorants, post-doctorants, ingénieurs, techniciens) ;
  • un budget consolidé d’environ 13 M€ dont ~25 % en recettes externes et subventions ;
  • des infrastructures collectives performantes (serres, métabolomique, phénotypage haut débit en serres et vignoble, séquençage haut débit de virus de plantes, plateformes d’élevage de pucerons et de nématodes, web-MAELIA en bioéconomie territoriale).

En savoir plus

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Visite des experts européens du Groupe de Recherche du Conseil européen (GRC)

Dans le cadre de la Présidence française du Conseil de l’Union européenne (PFUE), le centre de Colmar accueillait, ce lundi 11 avril 2022, les experts européens du Groupe de Recherche du Conseil européen, Jean-François Soussana, INRAE et Anne Puech, Ministère de l’Enseignement Supérieur de la Recherche et de l’Innovation. Cette visite a permis d’exposer les thématiques scientifiques d’INRAE et de mettre en avant le projet ResDur pour la production de cépages résistant aux maladies.

12 avril 2022