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Quand les microplastiques s’installent à la table du microbiote des petits et des grands

COMMUNIQUÉ DE PRESSE - Présents partout autour de nous, les plastiques représentent une menace pour l’environnement, mais aussi pour les humains. Dégradés sous forme de microplastiques, ces composés se retrouvent dans notre alimentation. Des scientifiques d’INRAE, en collaboration avec l’université Clermont-Auvergne, ont réalisé des travaux pionniers pour évaluer leurs impacts sur le microbiote intestinal. Des résultats parus en deux temps, d’abord chez l’adulte, puis chez l’enfant, dans Journal of Hazardous Materials.

Publié le 06 octobre 2022 (mis à jour : 15 novembre 2022)

illustration Quand les microplastiques s’installent à la table du microbiote des petits et des grands
© AdobeStock

Apparu au début du XXe siècle, le plastique a révolutionné le quotidien de milliers de familles. Mais sa production massive ces 50 dernières années a abouti à une pollution environnementale tout aussi importante.

 

Les plastiques se dégradent en particules de plus petite taille, appelées microplastiques. Ils sont présents dans tout l’environnement, notamment dans la chaîne alimentaire. Nous en mangeons donc forcément. Mais alors quel impact sur notre sphère digestive ?

 

Pour répondre à ces questions, des scientifiques INRAE et de l’université Clermont-Auvergne ont utilisé un modèle in vitro original qui reproduit l’environnement du côlon humain, l’élément final de la digestion. Ils ont pu ainsi étudier le devenir du plastique le plus largement fabriqué au monde, le polyéthylène (PE). Les interactions possibles de ces microplastiques de PE ont été passées au crible : avec les processus de digestion, avec le microbiote intestinal, mais aussi avec la barrière intestinale1.

 

Une première analyse sur les adultes

Ces analyses permettent une conclusion claire : les microplastiques de PE modifient le microbiote intestinal in vitro. Les effets varient en fonction des individus, mais une tendance se dégage. On constate une augmentation de bactéries pouvant être néfastes et une diminution de bactéries bénéfiques pour la santé. Une nouvelle encourageante cependant : ces changements n’impactent pas l’intestin dans sa fonction de barrière. Il conserve son imperméabilité et ne présente pas d’inflammation.

 

Le cas particulier des enfants de moins de 3 ans

A ce jour, aucune étude n'avait évalué les conséquences d'une ingestion de microplastiques sur la sphère digestive des enfants. Avant 3 ans, leur tractus digestif et leur microbiote sont immatures. Ils sont considérés comme une population à risque.

 

Pour étudier le cas de l'enfant de 6 mois à 3 ans, les scientifiques ont adapté leur modèle in vitro déjà disponible chez l'adulte.

Comme observé chez l'adulte, il y a une augmentation de l'abondance de bactéries pouvant être néfastes. Mais le cas des enfants se distingue sur un point : ces changements de bactéries s’accompagnent de la diminution d’un composé reconnu pour ses effets bénéfiques sur la santé. Il s’agit du butyrate. Enfin, comme pour l'adulte, ces changements n’impactent pas l’intestin dans sa fonction de barrière protectrice.

Ces premiers résultats fournissent des informations pionnières capitales pour comprendre les interactions entre microplastiques et corps humain. Une piste supplémentaire pour une meilleure évaluation des dangers et risques sanitaires liés aux plastiques et microplastiques.

 

1 La barrière intestinale comprend l’épithélium (peau tapissant l'intestin) et le mucus, qui joue un rôle fondamental dans la fonction barriere de la muqueuse intestinale.

Le polyéthylène : de sauveur à ennemi

Simple et peu cher à fabriquer, le polyéthylène est la matière plastique la plus commune. En moyenne, 100 millions de tonnes sont produites chaque année, dont la moitié pour fabriquer des emballages comme les sacs plastiques pour les courses. En plus d’être un produit pétrosourcé, il faut entre 100 et 400 ans pour qu’il se dégrade dans la nature.

Références
Fournier E., Leveque M., Ruiz P. et al. (2023). Microplastics: What happens in the human digestive tract? First evidences in adults using in vitro gut models. Journal of Hazardous Materials, 442, 130010, https://doi.org/10.1016/j.jhazmat.2022.130010

Elora Fournier, Jeremy Ratel, Sylvain Denis, Mathilde Leveque, Philippe Ruiz, Carine Mazal, Frederic Amiard, Mathieu Edely, Valerie Bezirard, Eric Gaultier, Bruno Lamas, Eric Houdeau, Erwan Engel, Fabienne Lagarde, Lucie Etienne-Mesmin, Muriel Mercier-Bonin, Stéphanie Blanquet-Diot, Exposure to polyethylene microplastics alters immature gut microbiome in an infant in vitro gut model, Journal of Hazardous Materials, 443, Part B (2023), 130383, https://doi.org/10.1016/j.jhazmat.2022.130383.

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