Changement climatique et risques 10 min

Le marché carbone pour lutter contre le changement climatique

Réduire ses émissions de gaz à effet de serre, financer des pratiques plus durables, telle est l’idée qui sous-tend le marché carbone auquel l’agriculture participe. Un défi qui passe par la mise en place de méthodologies robustes pour mesurer et suivre le carbone séquestré dans les sols agricoles ou forestiers avant de valider les initiatives sociétales dans lesquelles INRAE est engagé, de la recherche à l’appui aux politiques publiques et aux projets privés, à l’échelle de la France jusqu’à l’international. Explications de Suzanne Reynders, chargée de mission auprès du directeur scientifique Environnement et du vice-président International INRAE.

Publié le 17 mai 2021

illustration Le marché carbone pour lutter contre le changement climatique
© INRAE

Face au changement climatique, l’agriculture, si elle émet des gaz à effet de serre, peut également être un levier en matière d’atténuation, en limitant les émissions de gaz à effet de serre (ou GES) ou en séquestrant du carbone dans les sols au travers de pratiques agricoles plus vertueuses.

Une potentialité qu’INRAE a fait sienne et que détaille pour nous Suzanne Reynders, chargée de mission auprès du directeur scientifique Environnement et du vice-président International INRAE.

Stocker du carbone dans les sols agricoles

Lancée par la France le 1er décembre 2015 lors de la COP 21, l’initiative internationale "4 pour 1000" dont INRAE est partenaire, vise à accroître la séquestration de carbone, à travers la mise en œuvre de pratiques agricoles (p. ex. agroécologie, agroforesterie, agriculture de conservation, gestion des paysages...) adaptées aux conditions locales. Elle invite ses partenaires à faire connaître ou à mettre en place des actions concrètes sur le stockage du carbone dans les sols et les pratiques pour y parvenir.

Marché carbone : répondre à la demande sociétale par rapport au changement climatique et démontrer combien l’agriculture peut être une solution

En 2019, INRAE a conduit une expertise scientifique collective sur le potentiel de stockage de carbone de l’agriculture française, à la demande de l’Ademe et du Ministère de l’alimentation et de l'agriculture. Elle hiérarchise notamment les mesures qui peuvent être mises en place avec une estimation de leurs coûts et fait office de référence dans les échanges de l’Institut avec le monde socio-économique.

Récemment, dans le cadre d’un partenariat avec l’initiative internationale PlanetA, des travaux complémentaires ont été engagés. Ils comportent un volet national, qui consiste à ré-exploiter les données de l’étude 4 p. 1000 pour évaluer la corrélation entre la durée de couverture du sol et le stockage de carbone dans le sol, et un volet international, dont l’objectif est de quantifier par télédétection, au niveau mondial, la durée de couverture des sols, à l’échelle de la parcelle agricole, par les cultures annuelles (En savoir plus...).

A l’échelle européenne et internationale, le projet Circasa – en anglais, Coordination of International Research Cooperation on Soil Carbon Sequestration in Agriculture (EU, 2017-2021), coordonné par INRAE vise à développer des synergies internationales autour de la recherche et de l'échange de connaissances dans le domaine de la séquestration du carbone dans les sols agricoles aux niveaux européen et mondial. Dans son prolongement, le montage d’un Consortium International de Recherche sur le carbone des sols est à l’étude.

Compenser les émissions de carbone

Dès 2018, la France s’est engagée dans la mise en œuvre d’un marché carbone dit volontaire, dans la perspective d’atteindre les objectifs climatiques décidés lors de la COP21. Un engagement auquel INRAE contribue de par son expertise.

L’Etat, au travers du Ministère de la transition écologique et solidaire, accompagne cette démarche au travers d’un cadre de certification des méthodes qui permettent de quantifier les quantités de carbone évitées ou séquestrées : le Label bas carbone, lancé en 2019.  Celui-ci vise à favoriser des projets volontaires de réduction d’émission de GES et de séquestration du carbone dans les sols et la biomasse, notamment les forêts et les arbres. Une fois labellisés, ces projets peuvent prétendre à une rémunération pour les tonnes de CO2 équivalent évitées ou séquestrées par des entreprises, des collectivités ou des citoyens volontaires qui veulent compenser leurs émissions. INRAE contribue à l’élaboration des méthodes de calcul des crédits carbone (p. ex. pour l’élevage - méthode Carbon Agri, les haies, les plantations de vergers, les grandes cultures).

Le Ministère de l’agriculture et de l’alimentation accompagne également cette démarche au travers des « bons diagnostics carbone ». Cette mesure offre aux agriculteurs, récemment installés, la possibilité de réaliser un diagnostic et de mettre en place un plan d’actions carbone de leur exploitation. Un appel à projets, à la préparation duquel INRAE a été associé, est en cours.

En Europe, l’Institut européen d’innovation et de technologie (ou EIT) rassemble plusieurs communautés de connaissance et d'innovation dont EIT Climate-KIC (en anglais, Knowledge and Innovation Community) qui soutient la transition vers une économie zéro carbone. Suzanne Reynders en est depuis plusieurs années, la cheville ouvrière pour INRAE et, depuis octobre 2020, membre du Conseil d’administration. Elle contribue notamment à la construction de projets et de collaborations, avec des partenaires de EIT Climate-KIC pour travailler sur l’adaptation et l’atténuation du changement climatique par l’agriculture (p. ex. projet Friendly Fruit, coordonné par INRAE).

Quantifier les quantités de carbone séquestré et suivre leur évolution

Estimer et suivre dans le temps les quantités de carbone séquestré dans les sols… il convient de disposer de méthodes de mesures, reproductibles, fiables et transparentes et de mettre en place des mesures d’accompagnement des acteurs de cette transition. L’Institut est fortement impliqué dans cette dynamique, œuvrant à élaborer des connaissances et à contribuer aux échanges des savoir-faire. Il apporte son expertise au développement de démonstrateurs territoriaux de séquestration de carbone dans les sols.

Dans une étude récente conduite avec un financement de l’Ademe, Suzanne Reynders et ses collègues explorent les méthodologies destinées à mesurer le stockage additionnel de carbone dans les sols, c’est-à-dire le carbone nouvellement stocké dans les sols par des pratiques adaptés, et analysent les modèles économiques susceptibles de l’accompagner.

L’imagerie satellitaire a une très grande place pour quantifier le stockage additionnel de carbone dans les sols. Des travaux menés au Centre d’études de la biosphère (CESBIO) auquel INRAE est associé depuis 2018, sont au cœur du projet « Naturellement Popcorn » dont INRAE est partenaire. L’objectif, rémunérer les producteurs de maïs à pop-corn pour leur impact positif sur l’environnement et le climat. Localisé dans le Sud-Ouest, il est partie prenante du projet européen Carbon Farming, dont il constitue un des pilotes.

Initié en 2019 et soutenu par l’EIT Climate-KIC, Carbon farming utilise une approche systémique pour augmenter la séquestration du carbone dans le sol, tout en tenant compte des besoins de multiples parties prenantes et partenaires, ainsi que du contexte local. Il met en réseau les sites de démonstration en Europe et favorise les partages d’expériences tant sur les pratiques agricoles, les outils de mesure ou encore les conditions de financement ou d’assurance : en d’autres termes les conditions d’un environnement favorable pour le passage à l’échelle de ces démonstrateurs.

Et demain ?

Pour l’Institut, l’enjeu du marché carbone est de répondre à la demande sociétale autour du changement climatique. L’agriculture est une des solutions et le marché carbone, pierre angulaire d’une politique européenne énergie-climat, est une des voies de réduction d’émissions des GES et de lutte contre le changement climatique. Dans cette dynamique, les dossiers que Suzanne Reynders porte comme les fonctions qu’elle remplit, s’insèrent dans la démarche globale de l’Institut sur l’adaptation et l’atténuation du changement climatique dans l’agriculture, à l’échelle nationale, européenne et internationale.

Recherche, formation, appui aux politiques publiques… INRAE accompagne les ministères dans les démarches en mettant son expertise au service du développement des méthodes de demain, qui permettront de changer d’échelle, comme le sont les cadres de certification.  Fort de sa participation à de nombreux projets et initiatives européens, l’Institut participe désormais à la réflexion autour d’un Label bas carbone européen.

Une feuille de route à la hauteur des défis que la recherche doit relever face au changement climatique.

Catherine Foucaud-ScheunemannRédactrice

Contacts

Suzanne Reynders Chargée de mission auprès du directeur scientifique Environnement et du vice-président International INRAECollège de direction

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